Jazz sous les pommiers 2010, troisième salve, à Coutances dans la Manche

Andre Ceccarelli © Jean-François Picaut

Ceccarelli met
les pendules à l’heure sous les pommiers

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Alors que la France grelotte et que les festivaliers à Cannes se font doucher, un soleil printanier éclaire le ciel normand pour le plus grand bonheur des festivaliers, en plein mitan de Jazz sous les pommiers à Coutances.

Mercredi 12 mai 2010

La soirée débute, au théâtre, avec les Tambours du Burundi. Dix tambourinaires vêtus d’une tenue traditionnelle aux couleurs nationales (rouge, vert et blanc) font leur entrée par la salle en portant leur instrument sur la tête. Ce sont des tronçons d’arbre évidés, dont la face supérieure est fermée par une peau tendue. Neuf tambours se disposent en un arc de cercle dont le centre est occupé par un maître-tambour, symbole du pouvoir. Et c’est parti pour un déchaînement de rythmes endiablés pendant plus d’une heure. Les tambourineurs-danseurs se succèdent autour du maître-tambour pour exécuter des figures acrobatiques et donner des indications de rythme avec les deux bâtons dont ils sont tous munis. On est noyé sous un flot de couleurs, de rythmes et de sons, mais l’espace confiné du théâtre n’est sans doute pas le mieux adapté à ce genre de prestation. Les figures exécutées par les danseurs, des sauts acrobatiques essentiellement, sont spectaculaires mais peu variées. Pour les tambours eux-mêmes, on est loin de la finesse des ensembles conduits par Doudou Ndiaye Rose, le Sénégalais.

Changement de style complet, quelque temps plus tard : après les musiques cousines, retour au jazz, la salle Marcel-Hélie accueille André Ceccarelli. Il y présente le Coq et la Pendule, hommage à Nougaro, également l’objet d’un très bel album (C.D. plus D.V.D.) édité par Plus loin music. Dès le premier morceau, le Coq et la Pendule justement, on sait que le pari va être gagné. C’est un morceau uniquement instrumental (André Ceccarelli à la batterie, Pierre‑Alain Goualch au piano et Diego Imbert à la contrebasse), et pourtant tout Nougaro s’y trouve. Ceux qui doutaient que sa musique appartînt au jazz ne peuvent plus douter. On se prend alors à redouter l’arrivée du chanteur belge David Linx, chargé de la partie vocale. Physiquement, les deux hommes sont aussi dissemblables que possible : Linx est aussi longiligne que Nougaro était trapu, il semble aussi embarrassé de son corps sur scène que Nougaro paraissait habiter l’espace. Ce soir, contrairement à ce qu’on entend sur le disque, Linx peine à incarner le chanteur Nougaro. Il est vrai que la tâche est rude : qui n’a pas encore dans l’oreille la voix, le phrasé, les intonations du disparu ? Néanmoins, ce soir, Linx est apparu plus comme un vocaliste, de grand talent, que comme un chanteur. On retiendra ses joutes avec Pierre‑Alain Goualch au scat ou avec les rythmes de Ceccarelli. Un micro mal réglé ou mal utilisé, une sonorisation parfois approximative, ne l’ont pas aidé, sans doute, à faire passer les textes de Nougaro. En revanche, l’intervention de Stéphane Belmondo au bugle, comme invité, s’est révélée une pleine réussite, et on n’est pas prêt d’oublier son interprétation de Paris mai.

Tineke Postma et Darryl Hall © Jean-François Picaut
Tineke Postma et Darryl Hall © Jean-François Picaut

Nougaro, qui adorait les clubs de jazz, aurait été comblé par cette soirée qui, inspirée de son œuvre, a été un grand moment de jazz : présence, discrétion, rigueur et inventivité du maestro Ceccarelli, inspiration de Pierre‑Alain Goualch, rythmique impeccable et musicalité de Diego Imbert. Ce soir, la musique et sa magie étaient au rendez-vous, servies par la complicité et la cohésion entre le trio Ceccarelli et ses hôtes.

Retour au théâtre pour accueillir un coup de cœur des organisateurs : la jeune saxophoniste hollandaise Tineke Postma (trente‑deux ans) et son quartette. Le public toujours curieux de Jazz sous les pommiers n’aura pas regretté d’avoir fait confiance à Denis Lebas et à ses amis. À l’alto comme au soprano, Tineke Postma possède une sonorité quasi charnelle, particulièrement sensible dans les morceaux lents. Une longue chanson, dédiée à son père, est particulièrement emblématique de son talent empreint d’un véritable lyrisme et de sa complicité avec sa batteuse, la remarquable Terry Line Carrington, qui signe aussi quelques compositions du spectacle. Tineke Postma sait aussi laisser de l’espace à ses partenaires, un peu trop peut-être pour le pianiste Edward Simon, pourtant excellent, mais on apprécie d’entendre longuement Darryl Hall à la contrebasse ou Terry Line Carrington (l’entente de ces deux instrumentistes fait plaisir à voir). Retenez bien le nom de Tineke Postma : on n’a pas fini d’en entendre parler, et c’est si réjouissant de voir des femmes au premier rang des saxophonistes.

La musique n’a pas fini de résonner dans la nuit de Coutances, mais nous sommes déjà à l’aube d’un nouveau jour, et il en reste trois pour réjouir les festivaliers qui continuent d’affluer pour le « pont » de l’Ascension. 

Jean-François Picaut


Festival Jazz sous les pommiers, Coutances (50200) du 8 au 15 mai 2010

Festival Jazz sous les pommiers • Les Unelles • B.P. 524 • 50205 Coutances cedex

Fax : +33 (0)2 33 45 48 36

jslp@jazzsouslespommiers.com

Renseignements : 02 33 76 78 50

Billetterie par téléphone : 02 33 76 78 68

Photos des artistes : © Jean-François Picaut