« La Vie (titre provisoire) », de François Morel et Antoine Sahler, Carré Sévigné à Cesson-Sévigné

Francois_Morel © Christophe_Manquillet

Humour, émotion et tendresse avec François Morel

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

François Morel interprète « La Vie (titre provisoire) ». Ce nouveau numéro de comédien-chanteur, mis en scène par Juliette, a été présenté dans le cadre de la 21e édition du festival Mythos, qui s’est tenu à Rennes du 31 mars au 9 avril 2017. 

Le nouveau spectacle de François Morel, La Vie (titre provisoire), créé avec son ami et complice, l’auteur-compositeur Antoine Sahler, repose sur un équilibre entre humour subtil, mélancolie et tendresse, exprimée avec pudeur. Les duettistes ont écrit ensemble plus de la moitié de la vingtaine de chansons. Pour le reste, Antoine Sahler signe seul quatre titres et François Morel a écrit les paroles de tous les autres. Au programme, une unique reprise : Au suivant de Jacques Brel. Le chanteur est accompagné et porté par un quartette de multi-instrumentistes de haut vol, donnant toute sa dimension à la musique d’Antoine Sahler. Il ne contribue pas médiocrement au charme du spectacle.

L’art du comédien au service du chanteur

La Vie (titre provisoire) est parcourue par deux fils rouges : celui d’un chanteur tenté de n’être qu’un simple imitateur (médiocre ici, et c’est peu dire) et celui d’un livre d’or, sorte de Bible, chargé de dicter leur conduite aux uns et autres. Cela permet aux deux compères, Sahler et Morel, de détendre l’atmosphère après un trop plein d’émotion. Le chroniqueur maîtrise parfaitement l’art de trousser une anecdote dans le format d’une chanson. Celles de ce spectacle se répartissent sommairement en deux grandes catégories. Dans les chansons où l’humour domine, il y a les satires des travers de notre société comme les Trucs inutiles, une charge contre le fatras dont nous encombrons notre cerveau et, peut-être, contre certains jeux télévisés dits de culture générale, ou Selon la police dont on voit bien la cible. Il y a de la critique sociale comme dans La Place. Il y a des textes d’humour gratuit, à moins qu’on y décèle une pique contre la crédulité, comme Petit Jésus qui met en regard les miracles évangéliques et notre réalité quotidienne. Et il y a des textes à effet comme Striptease ! On trouve aussi une veine poétique, souvent mélancolique, comme dans La Vieille Dame sur le banc, Celui qui perd ou Ce baiser

Dans tous ces registres, François Morel et Antoine Sahler prouvent qu’ils savent écrire. Alors, on pourra trouver que François Morel n’a pas ce qu’il est convenu d’appeler une « grande voix », c’est exact. Mais il sait chanter, interpréter au sens plein une chanson et il a une véritable puissance vocale, de quoi rendre jaloux quelques noms qui occupent les scènes et les lieux médiatiques. De surcroît, il met au service du chanteur son art exceptionnel de comédien. Ajoutons qu’Antoine Sahler possède un talent de compositeur et d’interprète. Chacun des trois autres membres du quartette brille à un moment ou à l’autre du spectacle. Regard partial d’un amoureux du jazz, je distinguerais les interventions de Sophie Alour, particulièrement aux saxophones. Ses prises de paroles au ténor, son instrument de prédilection, sont des moments de bonheur musical. 

Enfin, la mise en scène de Juliette Noureddine, plus connue sous le simple nom de Juliette, est juste et efficace. Les lumières sont bien conçues, même si elles écrasent parfois le soliste et engendrent des ombres portées disgracieuses. 

La vie (titre provisoire) est un concert cousu main comme on les aime, véhicule d’une chanson française de qualité dont on a parfois quelques raisons d’être nostalgique.  

Jean-François Picaut


La Vie (titre provisoire), de François Morel et Antoine Sahler 

Mise en scène : Juliette Noureddine

Avec : François Morel (voix), Muriel Gastebois (batterie, vibraphone, percussions), Amos Mah (contrebasse, violoncelle, guitares), Antoine Sahler (piano, claviers, trompette), Sophie Alour (saxophones, flûte, clavier) 

Lumières : Gaëlle de Malglaive assistée d’Alain Paradis

Costumes : Elisa Ingrassia

Son : Yannick Cayuela

Direction technique : Denis Melchers

Production déléguée : Valérie Lévy et Constance Quilichini

Photo : Dorsaf Hamdani © Jean-François Picaut 

Carré Sévigné • 4, Mail de Bourgchevreuil • 35510 Cesson-Sévigné 

Réservations : 02 99 83 11 00

Jeudi 6 avril 2017 à 20 h 30

Durée : 1 h 30 

28 € | 26 € | 24 €