« le Songe d’une nuit d’été », de William Shakespeare, les Nuits de Fourvière

Tim Robbins © D.R.

Une bien belle nuit d’été

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Les Nuits de Fourvière commencent cette année sous les meilleurs auspices. Non seulement le programme est alléchant, mais la météo, une fois n’est pas coutume, maintient un ciel d’azur et permet aux spectateurs ravis d’admirer la tombée de la nuit sur les vénérables ruines.

Mardi soir, c’était donc l’ouverture, avec un invité très attendu, l’Américain Tim Robbins, célèbre comme acteur (on se souvient de lui dans Mystic River, par exemple), quasi inconnu comme rocker (mais Dominique Delorme, grand orfèvre des Nuits, offre une réparation de cette injustice) et vraie découverte comme metteur en scène à la tête de son Actor’s Gang, une troupe formidable d’acteurs danseurs clowns…

Tim Robbins avait choisi de monter la féerie échevelée, bucolique et burlesque de Shakespeare, le Songe d’une nuit d’été. Comédie irracontable qui se moque de la logique comme d’une guigne, tant le synopsis, en forme de labyrinthe, semble destiné à perdre le spectateur après l’avoir ensorcelé.

Pour décor : une forêt, magique cela va de soi ; pour personnages : un duc d’Athènes nommé Thésée qui prépare son mariage avec la reine des Amazones, deux paires de jeunes gens aux amours naissantes mais déjà contrariées, Obéron roi des elfes et son épouse Titiana reine des fées, un couple à haut risque ! Au programme : pères autoritaires et scènes de ménage, jalousies infondées et quiproquos divers… Ajoutez à cela la nuit, qui permet les débordements en masquant les visages, et une troupe d’acteurs qui compose une tragédie plutôt ridicule en grand secret pour le mariage du duc et de la reine des Amazones… Tout est prêt pour que le malicieux Puck, elfe malin et étourdi, puisse semer des gouttes de philtre d’amour dans les oreilles des dormeurs inconscients ou téméraires.

Tim Robbins l’enchanteur

Un plateau nu flanqué de deux vestiaires va accueillir les musiciens qui jouent en direct et une douzaine d’acteurs en permanence sur scène qui changent à vue de vêtements et donc de personnage. Dans une ambiance bon enfant et joyeuse, complètement foldingue. Quelques branchages agités en tous sens par les comédiens eux-mêmes autorisent les subterfuges, tours de magie et de passe-passe, créent l’illusion d’une forêt touffue… Presque rien, donc, comme accessoires si ce n’est les masques, et notamment celui de l’âne dont la reine Titania va tomber éperdument amoureuse, à sa grande honte le lendemain ! Une reine qui succombe à un âne, dont la sottise légendaire est compensée par la puissance d’un attribut que la rumeur lui prête, nous voici en pleine bacchanale !

Le plaisir est au rendez-vous pour le public qui, majoritairement, se régale de ces transgressions et de cette naïve folie – il le fera savoir par le classique lancer de coussins. Néanmoins, certains d’entre eux, rebutés par un texte interprété dans sa langue d’origine (et fort bien, il faut le dire) et malgré les surtitrages se sentant perdus en route, ont préféré partir à l’entracte. Il était en effet nécessaire d’abandonner là toute sa raison et de se laisser aller, comme un enfant, à cette histoire sans queue ni tête. Pourtant l’on y retrouve esquissés tous les thèmes shakespeariens importants, et notamment l’idiotie des certitudes, l’inconstance humaine, le grand théâtre du monde… D’autant que Tim Robbins sait diriger à la perfection une troupe qu’il connaît depuis une trentaine d’années, rompue à toutes les formes de spectacle vivant, et qu’il parvient à créer une fluidité tout à fait féerique, harmonieuse, propice à nous laisser envahir par ses divagations. 

Trina Mounier


le Songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare

Spectacle en anglais surtitré en français

Mise en scène : Tim Robbins

Assistante à la mise en scène : Cynthia Ettinger

Avec Pierre Adeli, Sabra Williams, Adam J. Jefferis, Will Thomas McFadden, Ali Grusell, Lee Handson, Bob Turton, Pedro Shanahan, Mary Eileen O’Donnell, Adam Ferguson, Molly Mignon O’Neill, Monica Quinn, Jillian F. Yim

Concepteur lumière : Bosco Flanagan

Régisseuse plateau : Jason R. Lovett

Masques : Erhard Stiefel

Musique : Dave Robbins, Mikala Schmitz

Photo de Tim Robbins : © D.R.

Durée : 2 h 40 avec entracte

Production : The Actor’s Gang et Change Performing Arts en collaboration avec CRT Milano-Fondazione

Dans le cadre des Nuits de Fourvière 2015

www.nuitsdefourviere.com

L’Odéon les 2, 3 et 4 juin à 21 h 30

Plein tarif : 30 € | Jeune : 25 € | Pass : 22,50 €