« les Cavaliers », d’après Aristophane, Théâtre des Clochards‐Célestes à Lyon

Farce efficace

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

D’une comédie du poète comique grec Aristophane, la Cie Autochtone tire une farce salutaire sur la démagogie contemporaine.

La fable, redoutablement efficace, tient en quelques mots. Deux esclaves exploités par leur maître lui subtilisent un oracle. Il y est annoncé que leur tyran domestique devra céder la place à un homme du peuple pire que lui, un charcutier ! Une joute sans merci s’engage entre celui qui s’accroche à ses privilèges et son inattendu adversaire, expert en rouerie. Sur l’agora d’Athènes commencent à souffler les vents violents d’un débat impitoyable mettant en péril le fragile équilibre de la démocratie. Tous les coups sont permis. La manipulation du peuple s’impose comme l’arme décisive employée par les candidats au pouvoir suprême. Mensonges, grossièretés, corruption et calomnies constituent le menu d’une campagne électorale qui fait écho, hélas, aux empoignades politiques d’aujourd’hui.

Ce qui fait l’intérêt et la force de cette adaptation du texte d’Aristophane, c’est à la fois la fidélité à la vis comica et au style farcesque de l’auteur hellène et la pertinence de l’actualisation des situations dramatiques. Loïc Puissant, le metteur en scène et ses comédiens font le choix judicieux d’un théâtre de tréteaux permettant d’alterner jeu distancé sous la lumière des projecteurs et adresses au public avec salle éclairée. Ainsi, se succèdent en souplesse séquences en costumes citant les spectacles de foire du xvie siècle et scènes de débats publics telles que la télévision les montre. La scénographie elle-même est à l’unisson du parti pris de base. Un portique de rideaux blancs pour illustrer les colonnes du Parthénon suffit pour signifier les origines antiques de l’œuvre. Un praticable de contreplaqué brut et quelques accessoires contemporains, et c’est assez pour installer la tribune sur laquelle s’affrontent les démagogues. Reste enfin, dans un souci de cohérence, le style bien maîtrisé d’une interprétation bouffonne qui autorise toutes les facéties, mystifications et autres brutalités. Ceci pour dénoncer avec les armes de la satire l’escroquerie de ceux qui flattent les masses pour gagner leurs suffrages et continuer sans vergogne de les asservir.

Les Cavaliers, forme théâtrale légère et riche de sens, méritent absolument de connaître une longue carrière en ces temps où certains bonimenteurs politiques font un pari cynique sur la haine et l’ignorance de leurs électeurs pour satisfaire leur soif de pouvoir. Grâce aux talents de ses acteurs, la Cie Autochtone sait avec humour et engagement faire passer un message d’intelligence invitant chaque spectateur à se méfier de ceux qui le défient impunément. Les quatre comédiens sont à féliciter pour la qualité de leur travail d’interprétation. Mention toute particulière aux performances de Pol Tronco, inénarrable figure d’Arlequin dans les rôles de Démosthène et du Cavalier, et à Steven Fafournoux en Charcutier obscène et matois. Public, jeune ou adulte, prends garde au théâtre comme dans la vie à ceux qui te promettent le changement dans la continuité ou de te servir pour mieux s’enrichir. 

Michel Dieuaide


les Cavaliers, d’après Aristophane

http://www.compagnie-autochtone.com/

Mise en scène : Loïc Puissant

Comédiens : Lodoïs Doré, Steven Fafournoux, Franck Fargier, Pol Tronco

Costumes : Julie Lascoumes

Lumières : Guillaume Rimet

Décor : Roland Puissant

Accessoires : Clémentine Aguettant

Production : Cie Autochtone

Théâtre des Clochards-Célestes • 51, rue des Tables‑Claudiennes • 69001 Lyon

www.clochardscelestes.com

Tél. 04 78 28 34 43

Courriel : billetterie@clochardscelestes.com

Représentations : du 31 janvier au 11 février 2017, les mardi, mercredi, vendredi à 20 heures, le jeudi à 19 heures, le samedi à 17 heures

Durée : 1 h 10

Tarifs : 15 €, 11 €, 8 €