« les Chevaliers », de Guillaume Bailliart, l’Élysée à Lyon

les Chevaliers © D.R. les Chevaliers © D.R.

Une farce chevaleresque

Par Élise Ternat
Les Trois Coups

Le collectif Nöjd, fondé il y a un an à l’occasion d’une résidence en avril 2007 au théâtre de l’Élysée, réinvestit les lieux avec « les Chevaliers » écrit et mis en scène par Guillaume Bailliart. Une immersion spectaculaire à travers une farce chevaleresque tout aussi absurde que drôle.

C’est au bar de l’Élysée, tout d’abord, que les spectateurs sont conviés à s’asseoir afin de prendre connaissance de l’intrigue de la pièce. Un air de mandoline samplé accompagne l’intervention d’une comédienne en tenue d’époque. Très vite, les spectateurs comprennent que la pièce n’a pas de début, qu’elle prend la forme d’une chose décalée à vocation visionnaire. De là des interrogations : « Qui sont ces chevaliers ? Que font ils ? Qu’attendent-ils ?… » Tant de questions qui ne trouveront pourtant pas forcément de réponse. C’est justement là tout l’intérêt de cette pièce qui conte « la quête de la dernière mission ».

D’abord quatre personnages assis, de dos, qui rapidement prennent d’assaut la scène du théâtre et l’attention du public. Ces quatre individus sont des chevaliers, des chevaliers sociaux-démocrates. Leur mission ? Ils ne la connaissent pas vraiment. À partir de là, tout s’emballe et nos quatre héros entraînent les spectateurs dans une véritable épopée virant bien souvent au chaos et à l’hystérie.

Les Chevaliers est une pièce qui traite de l’héroïsme, bien sûr, les chants et codes d’honneur de la chevalerie sont là pour le rappeler. Le discours s’aventure parfois dans des délires métaphysiques sur fond d’apocalypse. Pourtant, loin de se limiter à la seule vocation de faire rire, les Chevaliers fonctionne telle une farce. Véritable critique du monde du spectacle enfermé dans un entre-soi réservé à un public d’enseignants, d’amis et de conseillers D.R.A.C… critique d’un théâtre pour les gens du théâtre. Le propos s’en réfère aussi largement au politique, où « ensemble tout devient nuisible ».

La tonalité des Chevaliers est surréaliste, la langue est chargée de calembours et autres quiproquos langagiers. Aphorismes y croisent glissements de propos…Des jeux de mots allant jusqu’à rappeler le vocable employé par le duc d’Auge dans les Fleurs bleues de Queneau. La mise en scène consiste en un décor minimaliste, essentiellement composé de quatre chaises que les chevaliers déplacent au gré de leurs besoins. Au fond, une toile peinte par Sacha Barbieri, figurant une scène d’apocalypse, qui renforce le sentiment de catastrophisme. Puis quelques diapositives en fin de pièce donnent l’aperçu d’un monde auquel il est temps de dire adieu.

Le jeu des comédiens est remarquable. Ce sont des chevaliers comme montés sur ressorts, qui semblent parfois tout droit sortis de sketches des Monty Python. La surenchère de mimiques est parfaitement assumée et semble parfois inépuisable. Chacun des comédiens participe à une véritable hystérie collective. On notera également l’originale prestation de la comédienne dans le rôle de Dieu, invitant le public à participer à une « pause culturelle ». Les Chevaliers, pièce autrement appelée « comique de consternation » remplit parfaitement sa mission, celle de faire rire, tout en critiquant de manière pertinente. Une pièce drôle et décalée qui a le mérite d’être intelligente, une alchimie qui se fait finalement rare en ce moment. 

Élise Ternat


les Chevaliers, de Guillaume Bailliart

Collectif Nöjd

Texte et mise en scène : Guillaume Bailliart

Assistante à la mise en scène : Aurélie Pitrat

Avec : Guillaume Bailliart, Mélanie Bestel, Mélanie Bourgeois, Laurent Dratler, Pierre‑Jean Étienne, Aurélie Pitrat, Gérard Robert‑Tissot

Toile peinte : Sacha Barbieri

Costumes : Cathy Ray

Régies : Jérôme Perez

Administration : Émilie Leloup

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

Tram/métro : Guillotière

Réservations : 04 78 58 88 25

Les 9 et 10 mai et du 12 au 17 mai 2008 à 19 h 30

Durée : 1 h 15

10 € | 12 €