« les Limbes », d’Étienne Saglio, le Grand Logis à Bruz

les Limbes © Étienne Saglio / Monstre(s) les Limbes © Étienne Saglio / Monstre(s)

Le coup de grâce

Par Aurore Krol
Les Trois Coups

Voyage aux frontières de l’irréel, « les Limbes » est un spectacle sur l’identité, le double et la mort. Étienne Saglio y dépeint un homme luttant avec ses fantômes. C’est aussi et avant tout une singulière démarche graphique et scénographique. De toute beauté.

Magnifique. Le mot est sur toutes les lèvres à la sortie du spectacle d’Étienne Saglio. Ce jeune artiste formé en jonglerie au C.N.A.C. et au Lido de Toulouse, qui développe un univers personnel plein d’enchantement, réussit un impressionnant mélange des genres. Prodige de la magie nouvelle, il théâtralise une discipline traditionnellement plus envisagée d’un point de vue technique que narratif.

Définie comme « un art dont le langage est le détournement du réel dans le réel » *, la magie nouvelle se veut ouverte à d’autres champs artistiques, ici le cirque et la marionnette. Loin de l’enchaînement codifié de numéros, au vocabulaire scénique parfois un peu rigide, elle déploie une dramaturgie recherchée, empreinte d’onirisme. Ainsi, les Limbes dévoilent différentes strates de réel, mais aussi de nombreuses brèches vers le symbolique. Matérialité tangible, visions, cauchemars, projections se superposent et troublent les perceptions du public.

Chez Étienne Saglio, des marionnettes se mêlent à des hologrammes ou à des surfaces plastiques aux formes vagues, sortes d’esprits qui surgissent et disparaissent au gré d’un combat ou d’une danse avec l’interprète. Un crâne, telle une vanité, se juche sur l’épaule du comédien qui semble s’être perdu aux frontières de l’au-delà. Le jeune homme et la mort s’affrontent dans un duel inégal, tissé de symboles et de poésie.

L’inanimé prend vie

Il y a du Horla dans les dédoublements auxquels nous assistons. Don Quichotte et ses moulins ne sont pas non plus très loin de cet affrontement chimérique. La magie nouvelle joue avec nos fantasmes, avec les rêves dont l’humain n’a cessé de nourrir son imaginaire. Soudain, l’inanimé prend vie, la gravité n’est plus l’une des lois fondamentales de ce monde. Lévitations, disparitions et surgissements mystérieux se succèdent, les objets deviennent incarnés, les vivants revêtent des allures spectrales.

En silence ou en musique, sur l’air du magnifique Stabat mater de Vivaldi, l’artiste nous fait valser dans un ballet somptueux mais jamais esthétisant. Le parti pris d’un plateau nu, épuré, ne rend que plus grandiose l’irruption de formes volatiles, mais surtout leur engloutissement quasi instantané dans le sol. Des moments suspendus, éphémères, à la féerie rare. 

Aurore Krol

* Définition donnée en 2010 par Raphaël Navarro, l’un des fondateurs de ce courant.


les Limbes, d’Étienne Saglio

Création et interprétation : Étienne Saglio

Écriture et regard extérieur : Raphaël Navarro

Écriture : Valentine Losseau

Création lumière : Elsa Revol

Régie lumière : Nicolas Joubaud

Régie plateau : Laurent Beucher, Vasil Tasevski, Simon Maurice

Jeu d’acteur : Albin Warette

Composition musicale : Olivier Dorell

Montage et suivi de production : Ay-roop

Photo : © Étienne Saglio / Monstre(s)

Remerciements : Barbara, Mickael, Sandra, Anna et Martin…

En partenariat avec le Grand Logis

Dans le cadre du festival Mettre en scène

Renseignements / billetterie : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Le Grand Logis • 10, avenue du Général-de-Gaule • 35170 Bruz

Du mardi 11 au samedi 15 novembre 2014 (respectivement 20 heures, 19 h 30, 21 heures, 16 heures)

Durée : 55 min

Tarifs : 21 € | 10,50 €