« Mémoires », de la Cie du Poivre rose, Festival Up 2018, Les Halles de Schaerbeek à Bruxelles

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Mémoire vive

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Avec « Mémoire(s) », la Cie du Poivre rose joue sur le registre burlesque pour traiter de la mémoire qui flanche. Un spectacle présenté dans le cadre du Festival Up ! 2018.

L’oubli, c’est la mort ! Afin de ne pas s’envoler avec nous, les souvenirs doivent survivre, notamment à travers la mémoire collective. Les doux dingues qui font partie de cette compagnie ont donc voulu partir en explorateurs, dans l’océan trouble de nos mémoires, pour y découvrir ce qui disparaît et réapparaît, à la faveur d’un mot ou d’un geste, ce qui s’effrite inévitablement.

La pièce présente alors un ensemble foutraque, un puzzle à reconstituer, dans une esthétique kitsch : entre Tarzan et Davy Crockett, une diva barbue, des danseurs de salon emperruqués, un cowboy prompt à dégainer. Plus salés que pimentés, les clichés, surgis de l’histoire ou issus de la culture populaire, se succèdent, mais plusieurs questions intéressantes sont posées : quels sont les événements majeurs qui fédèrent les hommes ? Pourquoi garder, dans la postérité, un personnage historique plutôt que le quidam ? Quel hommage rendre aux héros ? Quel meilleur souvenir conserver ?

Instantanés

Ce mélange des genres emprunte au cinéma et aux arts plastiques, dans un dialogue fécond. C’est d’ailleurs la photographe et styliste Antoinette Chaudron qui traduit le mieux l’effacement, parfois brutal, en triturant ces images collectées, en direct, par divers procédés, depuis son laboratoire, sur le côté de la scène. Elle revisite toute une galerie de portraits. Un voile, une couche de peinture effacée au pistolet à eau, un duel au fouet, et ces images en voie de disparition révèlent, de façon magnifique, l’amnésie généralisée affectant des moments clés de l’histoire individuelle et collective, parce que tout s’accélère. Trop vite. D’ailleurs, elle aussi est peu à peu contaminée par cette énergie débordante.

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« Mémoire(s) », de la Cie du Poivre Rose © Laure Vilain

En effet, cette cocasse dompteuse d’images finit bel et bien sur le cadre coréen. Le final de voltige aérienne, grandiose malgré (ou plutôt grâce) au nuage de talc, emporte littéralement le public. Peut-être parce que les numéros de cirque sont trop rares. À moins qu’on ait déjà oublié les numéros précédents, pourtant justes (corde lisse, trapèze, mât chinois, hula hoop), sans doute parce qu’ils sont décalés.

L’accumulation de photographies traitées, recyclées, semblait, jusqu’à présent la plus apte à ressusciter, petit à petit, notre archéologie mémorielle. Davantage que les clichés véhiculés par les interprètes, en tout cas. Sauf que l’apothéose finale restera gravée longtemps dans notre mémoire, par sa puissance poétique et comique. Comme quoi le spectacle vivant peut résister à tout : l’oubli comme les préjugés ! 

Léna Martinelli


Mémoire(s), de la Cie du Poivre Rose

Cie du Poivre rose

Mise en scène : Christian Lucas

Avec : Thomas Dechaufour, Antoinette Chaudron, Marcel Vidal Castells, Marine Fourteau et Amauy Vanderborght

Photo : © Toinette Chaudron © Laure Vilain

Les Halles de Schaerbeek • 22a, rue Royale-Sainte-Marie • 22 1030 Schaerbeek Belgique

Dans le cadre du Festival Up ! 2018

Les 13 et 14 mars 2018, à 21 heures

Plus d’infos ici

Réservations : 02 218 21 07