Michel Vinaver lance Christian Schiaretti sur le « Bettencourt Boulevard » au Théâtre national populaire à Villeurbanne

Michel Vinaver © Michel Cavalca Michel Vinaver © Michel Cavalca

« Il n’y a pas de “méchant” »

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

À 88 ans, Michel Vinaver peut se targuer d’avoir écrit l’un des gros succès d’édition avec sa pièce publiée chez L’Arche éditeur.

Et pourtant, au départ l’idée d’écrire sur cette affaire aux ressorts familiaux, politiques, judiciaires, au parfum de scandale ne lui est pas venue comme ça. La demande serait venue d’Edwy Plenel, à la recherche d’artistes capables de suivre, de leur regard décalé, les investigations de Médiapart. Au temps de l’écriture qui s’est étalé sur trois ans, l’affaire connaissait une pause judiciaire aujourd’hui rompue par de nouveaux rebondissements…

De tout ce matériau accumulé, Michel Vinaver, qui ne voulait surtout pas faire du journalisme documentaire, a tiré une pièce de théâtre livrée à un metteur en scène qu’il connaît bien pour avoir monté avec lui les Coréens et Par-dessus bord il y a quelques années, Christian Schiaretti.

La poursuite d’une collaboration informelle Vinaver / Schiaretti

Michel Vinaver et Christian Schiaretti © Michel Cavalca
Michel Vinaver et Christian Schiaretti © Michel Cavalca

« Il m’a annoncé qu’il prenait la pièce alors que je n’en avais écrit que la moitié. Chacun sait comment l’autre travaille, ça a été facile, une collaboration informelle… », dira l’auteur qui confiait à quelques journalistes mardi 6 octobre dernier les dessous de sa dernière création à quelques semaines de la première au T.N.P.

« Ce qui m’a plu, raconte-t-il, c’est la présence d’une mythologie et le nombre de mondes qui circulent autour de Liliane Bettencourt. Tous les ressorts dramatiques dont je pouvais avoir besoin sont présents : un couple mythique mère / fille, prises dans un conflit, qui sont au-dessus des autres hommes, dans un monde héroïque où elles sont inaccessibles, intouchables. Avec deux personnages tutélaires à l’origine de L’Oréal dont l’opposition même apporte une tension dramatique à l’histoire : le père de Liliane Bettencourt, Eugène Schueller, qui milita dans la Cagoule en son temps d’un côté, et le grand-père rabbin mort à Auschwitz de Jean‑Pierre Meyers, époux de Françoise et gendre de Liliane de l’autre… Et puis il y a l’étranger en la personne de François‑Marie Barbier, le photographe monté au rang d’artiste de cour. Mais il n’y a pas de méchant dans cette pièce.

Un trio tragique de personnages hors norme

« Je n’ai d’ailleurs jamais porté de jugement, je n’aime pas les dénonciations, mon théâtre n’est pas documentaire et j’ai en général une certaine sympathie pour mes personnages. Je me suis laissé porter, je me suis senti libre. Par ailleurs, je ne voulais pas d’une pièce fleuve, je devais donc élaguer fortement ce matériau impressionnant que j’avais réuni. Face à ce trop, j’ai procédé à une déhiérarchisation autour d’un noyau dur (la mère / la fille / François‑Marie Banier), gardé ce qui venait, sans m’interdire quelques éléments de fiction qui sont comme la chair autour de l’os… Je ne me suis posé aucune limite dans la construction des personnages.

« Ce qui m’a intéressé, je le répète, c’est le trio tragique, c’est aussi l’argent qui circule à flots, et avec lui la corruption, l’illégalité… comme sur un boulevard, il coule sans fin, il est infini, magique. Pourtant, il n’est pas au centre de l’histoire d’amour entre François‑Marie Banier et Liliane Bettencourt. Le texte a trouvé un public à Hong Kong, en Israël, etc., ce qui montre que ce n’est pas l’actualité politique, très franco-française, qui en fait l’intérêt. Mais le substrat lui-même qui tient au caractère hors norme des personnages.

« La pièce est écrite en 30 morceaux qui se juxtaposent, sans qu’il y ait une intrigue avec exposition, nœud et dénouement. Des éléments de vie privée et de politique se croisent, s’entrecroisent, comme je l’avais fait dans la Demande d’emploi, petit plaisir d’auteur… Une histoire de France qui va de la fin du xixe siècle à aujourd’hui… » 

Trina Mounier


Bettencourt Boulevard ou Une histoire de France, de Michel Vinaver

Première mondiale le 19 novembre 2015 au T.N.P. de Villeurbanne

Mise en scène : Christian Schiaretti

Avec :

  • Francine Bergé — Liliane Bettencourt, fille d’Eugène Schueller, mère de Françoise
  • Stéphane Bernard — Pascal Bonnefoy, majordome d’André Bettencourt
  • Clément Carabédian — Chroniqueur
  • Jérôme Deschamps — Patrice de Maistre, gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt
  • Philippe Dusigne — André Bettencourt, mari de Liliane et père de Françoise, ancien ministre
  • Didier Flamand — François‑Marie Banier
  • Christine Gagnieux — Françoise Bettencourt‑Meyers, fille de Liliane et André Bettencourt
  • Damien Gouy — Neuropsychiatre
  • Clémence Longy — Dominique Gaspard, femme de chambre de Liliane Bettencourt
  • Élizabeth Macocco — Claire Thibout, comptable de Liliane Bettencourt
  • Clément Morinière — Éric Woerth, ministre du Budget, maire de Chantilly, président du Premier Cercle
  • Gaston Richard — Nicolas Sarkozy
  • Juliette Rizoud — Joëlle Lebon, femme de chambre de Liliane Bettencourt
  • Julien Tiphaine — Lindsay Owens‑Jones, P.-D.G de L’Oréal

(distribution en cours)

Conseillère littéraire : Pauline Noblecourt

Scénographie et costumes : Thibaut Welchlin

Création musicale : Quentin Sirjacq

Lumières : Julia Grand

Coiffures, maquillage : Romain Marietti

Assistant à la mise en scène : Clément Carabédian

Photo : © Michel Cavalca

Production T.N.P.

T.N.P. • 8, place Lazare-Goujon • 69100 Villeurbanne

Tél. 04 78 03 30 40

http://www.tnp-villeurbanne.com/