« Minute papillon », de Denis Mariotte, et « Lard », par La Scabreuse, les Subsistances à Lyon

« Minute papillon » © Louise Mariotte

Deux sons de cloche

Par Élise Ternat
Les Trois Coups

Au week-end de Pâques et à la routine des traditionnelles obligations familiales, les Subsistances rétorquent par « 1 000 excellentes raisons de vous réjouir d’être à Lyon » grâce au dernier temps fort intitulé « Ça cloche ». Quatre jours du 28 au 31 mars 2013 de danse, de performances et de cirque. Parmi les nombreuses propositions, retour sur « Minute papillon » de Denis Mariotte et « Lard » par la compagnie La Scabreuse.

Fidèle complice de Maguy Marin, le musicien, compositeur et performeur Denis Mariotte propose, avec Minute papillon, un brillant solo qui aborde la question de la multiplicité de nos identités.

C’est une bien étrange scène sur laquelle s’ouvre le spectacle. À la manière d’un entonnoir, le fond de scène, rétréci par le biais de panneaux, laisse apercevoir un piano sur lequel un homme joue un morceau de Chopin… Le morceau s’emballe soudain et, tandis que la machine se grippe, l’ambiance bascule soudain dans un univers pour le moins rocambolesque… Puis le noir qui laisse rapidement place à une nouvelle séquence. À travers la succession de noirs et de passages à la lumière, ce sont les diverses identités contenues dans un seul corps que Denis Mariotte tente de saisir. Le dispositif de séquençage, repris tout au long de la performance, en compose l’ensemble. Par ce procédé, on ne peut s’empêcher de penser aux univers des précédentes créations Salves ou encore Faces de Maguy Marin. La question de l’identité, leitmotiv de Minute papillon réapparaît à mesure de la performance et sous diverses formes, par exemple avec l’omniprésence d’une même image sur une dizaine de tableaux accrochés aux murs et dont les cadres diffèrent.

Denis Mariotte, plus connu pour son travail de musicien, offre ici une performance des plus physiques. L’artiste à la stature frêle, dégingandée et agile est tantôt pantin, tantôt masqué, tantôt coiffé d’une perruque. Se renouvelant sans cesse au gré de ces apparitions, il donne à voir la profonde ubiquité de l’individu. À peine disparu de la scène, on le découvre en haut des panneaux de décor, d’un autre côté… jamais tout à fait le même, toujours un peu différent. L’artiste nous rappelle là encore combien l’identité est une et multiple et que, en dépit du temps, elle demeure la même.

Enfin, et comme on pouvait s’y attendre, c’est une large place qui est donnée à la musique, véritable matériau, notamment au moyen de nombreuses vibrations sonores qui réapparaissent à mesure des séquences. Comme autant de persistances hypnotiques, agressives ou envoûtantes, elles alternent et viennent perturber les morceaux joués au piano, semblables à des surgissements d’identités souterraines. Dans cet univers poreux, nous assistons à la construction d’un canevas sans cesse tricoté par l’artiste, « à la manière d’un jacquard » pour reprendre ses termes.

Avec Minute papillon, Denis Mariotte donne à penser la question de l’identité à travers un ensemble de registres. La qualité de sa présence, la musicalité, les éclairages, les décors œuvrent en une même direction qui fait sens et octroie par là même une véritable originalité à son talentueux travail.

« Lard » © Vincent Arbelet
« Lard » © Vincent Arbelet

Du cirque cochon

Autre son de cloche avec Lard. C’est un tout autre univers dans lequel la compagnie La Scabreuse plonge le public. Une succession de rideaux de scène tantôt rouges, tantôt noirs, montre la duplicité d’un univers étrange et envoûtant. La dimension sonore alterne des ambiances inquiétantes avec des musiques légères. Car Lard est une pièce à tiroirs, les séquences s’y succèdent à la manière de faux numéros.

D’un espace à l’autre se laisse découvrir chacun des interprètes de ces drôles de démonstrations. Un Monsieur Loyal cochon très espiègle, un jongleur de massues qui n’arrive pas à mener à bien son numéro, un contorsionniste à qui l’on joue de mauvais tours. L’ambiance de Lard est celle d’une farce poétique et troublante : l’animal, l’humain, le beau, le laid, le sale, s’y mêlent avec volupté. Les situations incongrues et absurdes entre hommes et cochons sont la règle. Les personnages, tout droit sortis d’un univers baroque, sont des précieux qui arborent des costumes de velours avec élégance et raffinement, jusqu’à l’excès parfois puisque la caricature n’est jamais très loin.

Malheureusement, à l’univers enchanteur et à l’ambiance teintée de fantastique s’oppose la temporalité de la pièce. Une fois l’effet de surprise et la découverte des personnages passés, la suite se fait attendre… et n’arrive pas. Rien de sulfureux ici et encore moins de subversif, l’ensemble semble même un peu creux. En outre, le rythme insufflé à la pièce se fait rapidement plombant et la lenteur des numéros étirés à leur maximum ennuient au point que l’on surprend sa pensée à divaguer parfois.

Ainsi, Minute papillon et Lard sont deux spectacles aussi singuliers par leur forme que par leur parti pris artistique. Ils résonnent comme deux sons de cloche bien distincts, mais comme deux reflets de la formidable dynamique artistique des Subsistances, une fois de plus, joliment renouvelée par le biais du week-end « Ça cloche ». 

Élise Ternat

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Minute papillon, de Denis Mariotte et Lard, par la compagnie La Scabreuse ont été présentés à l’occasion du week-end « Ça cloche » du 28 au 31 mars 2013 aux Subsistances

Minute papillon, de Denis Mariotte

Conception et réalisation : Denis Mariotte

Lumière : Manuel Majastre, Denis Mariotte

Costumes, accessoires : Louise Gros

Régie générale : Manuel Majastre

Dispositif de diffusion sonore : Antoine Garry

Production déléguée : Extrapole

Photo : © Louise Mariotte

Les Subsistances • 8 bis, quai Saint‑Vincent • 69001 Lyon

Site du théâtre : www.les-subs.com

Réservations : 01 78 39 10 02

Jeudi 28, vendredi 29, samedi 30 mars 2013 à 21 heures, dimanche 31 mars à 16 h 30

Durée : 52 minutes

Tarifs : 7 € | 5 €

Lard, par La Scabreuse

Auteurs : Nathan Israël, Volodia Lesluin, Paola Rizza

Interprètes : Nathan Israël, Volodia Lesluin

Metteuse en scène : Paola Rizza

Costumes, scénographie : Sigolène de Chassy

Création lumière : Vincent Maire

Création sonore : Pascal Blaison

Construction : Yan Bernard

Régie générale : Vincent Maire

Comédien-manipulateur / régie plateau : Pierre Gros

Régie son : Ivan Roussel, Francisco Aray

Administration : Fred Cardon

Photo : « Lard » | © Vincent Arbelet

Les Subsistances • 8 bis, quai Saint‑Vincent • 69001 Lyon

Site du théâtre : www.les-subs.com

Réservations : 01 78 39 10 02

Jeudi 28, vendredi 29, samedi 30 mars 2013 à 22 h 15, dimanche 31 mars à 20 heures

Durée : 1 h 5

Tarifs : 7 € | 5 €