Occupation Odéon, l’Odéon Théâtre de l’Europe à Paris

Occupation-Odéon © Juliette Meulle © Juliette Meulle

La culture en résistance

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Depuis le 4 mars, l’Odéon Théâtre de l’Europe est occupé par des intermittents. La colère gronde chez les professionnels de la culture et les réponses apportées par l’État n’apaisent pas les inquiétudes.

Les militants attendent la réouverture des lieux culturels. Dans une lettre ouverte, relayée par Le Parisien, le 28 février, les professionnels ont interpelé Emmanuel Macron, tentant à nouveau de le rassurer sur le respect des protocoles sanitaires dans ces lieux. Mais après le rendez-vous manqué du 15 décembre, puis celui du 7 janvier, le gouvernement a décidé de ne plus donner de date de réouverture possible.

« Déconfinons la culture ! »

« Culture sacrifiée », « Gouvernement disqualifié »… Les banderoles hissées au fronton du théâtre donnent le ton. La contestation prend de l’ampleur. D’une cinquantaine de militants emmenés par la CGT-Spectacle, samedi, ils sont aujourd’hui, environ 200 professionnels rassemblés sur la place. Plusieurs sont impliqués dans des syndicats. Certains (élus, artistes) sont venus en soutien et d’autres par curiosité. Beaucoup expriment colère, frustration, peur de voir la culture s’effondrer.

Occupation Odéon © Juliette Meulle
© Juliette Meulle

Actions… Réactions !

Les manifestants veulent agir à présent. Ils n’ont que trop rappelé au gouvernement le caractère essentiel de la culture. En occupant ce théâtre public, ils s’adressent directement à la ministre de la culture. Une tribune efficace puisque Roselyne Bachelot s’y est rendue dans la soirée du 6 mars. Les mains vides…

Lieu hautement symbolique, le théâtre national de l’Odéon a été occupé en Mai 68 par des artistes et intellectuels, en 1992 ou en 2016 pour lutter contre des projets de réforme de l’intermittence. Et, depuis la semaine dernière, il vit à nouveau au rythme des assemblées générales.

Occupation Odéon © @CerveauxNon
@CerveauxNon (Twitter)

Les militants réclament des mesures d’accompagnement, en particulier davantage d’aides financières. Les intermittents du spectacle s’inquiètent des suites de « L’Année Blanche », un dispositif mis en place en mai 2020 qui permet de prolonger la durée de leur indemnisation jusqu’à fin août 2021. Ils exigent une prolongation jusqu’en août 2022.

Ils ont obtenu une réunion du Conseil national des professions du spectacle, le 22 mars, mais souhaitent encore la présence du premier ministre, Jean Castex, pour l’arbitrer. L’acteur et militant de la Coordination des intermittents et des précaires, Samuel Churin, insiste sur le fait que l’occupation de l’Odéon, non limitée aux métiers de la culture, entend défendre « tous les précaires ». « La fermeture des lieux de spectacle et de culture n’est pas sanitaire mais politique, a-t-il déclaré avec virulence. Enfin un théâtre ouvert : celui de l’Odéon ! » ironise François Ruffin, député Picardie Debout ! de la 1ère circonscription de la Somme, rédacteur en chef de Fakir.

Du concret

Le passage de la ministre de la culture a été salué par les organisateurs, mais n’a pas convaincu. Elle a juste rappelé que les réflexions sont en cours.  Mais sur des « cadres », pas sur des calendriers ! À ce jour, seule l’organisation de concerts tests permettrait d’éclaircir l’horizon. Les professionnels, eux, ont su s’adapter dans l’urgence, proposer des solutions. 

Cagnotte odeon © Fnsac-CGT spectacle

« Des paroles, on attend des actes », indique le communiqué de presse des occupants de l’Odéon. Le Syndicat national des professionnels du théâtre et des activités culturelles précise que « l’occupation du théâtre se poursuivra jusqu’à ce que des réponses concrètes soient données ». La contagion à d’autres villes (une trentaine ce week-end) et secteurs (événementiel, tourisme, restauration) devrait (enfin) faire bouger les lignes. 

Léna Martinelli