Portrait de Sylvie Mongin‑Algan, metteuse en scène et comédienne à Lyon

Sylvie Mongin-Algan © Carmen Mariscal

Poète et engagée

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

Membre du collectif artistique Les Trois‑Huit qui anime le Nouveau Théâtre du Huitième à Lyon, Sylvie Mongin‑Algan est metteuse en scène et comédienne. Depuis plus de trente ans, sa passion pour le théâtre trouve sa source dans sa fascination première pour les pratiques dramatiques, d’abord à l’école, puis pour les spectacles qui ont enthousiasmé son adolescence. Formée au conservatoire de Lyon et aux ateliers du Théâtre du Huitième, centre dramatique national dirigé par Robert Gironès, elle cite volontiers et avec une grande émotion quelques-unes des créations décisives pour enraciner son désir de devenir une comédienne : 1789 du Théâtre du Soleil, Lettre pour la reine Victoria de Robert Wilson, la Classe morte de Tadeusz Kantor, Électre de la Mama de New York.

Sa rencontre avec l’équipe de l’Attroupement interprétant la Nuit des rois conforte son envie de s’essayer aussi à la mise en scène. Pour une jeune artiste qui ne se reconnaît pas explicitement de maîtres, l’esprit et la méthode de travail des membres de l’aventure de l’Attroupement la séduisent et lui permettent de poser les premiers jalons de son parcours théâtral personnel : mobilité des rôles de chacun, rapport au public définissant la scénographie, modèle de vie communautaire. Sylvie Mongin-Algan utilise une simple et belle métaphore pour évoquer le temps de ses années de découvertes : « Avancer dans la forêt pour tracer son chemin jusqu’à l’apparition d’un rayon de lumière ».

Aujourd’hui, forte d’une expérience solide, elle exprime avec une douceur passionnée les orientations principales de ses recherches et de ses réalisations. Non sans humour, elle dit son attachement au travail collectif qui fait un retour remarqué ces derniers temps. C’est une valeur à laquelle elle tient, tout en se souvenant qu’en 1992, elle et ses compagnes et compagnons furent traités de has been parce qu’ils annonçaient leur volonté de créer un collectif ! Sylvie Mongin-Algan croit à la fois au rassemblement des jeunes forces et au mélange des générations. La longue et riche durée d’une compagnie comme Les Trois‑Huit en est l’illustration. Ce choix du collectif, vécu comme une non‑valeur en soi, permet d’échapper à une dissolution rapide, d’inventer son outil de création et d’entretenir selon les moments dialogue ou distance avec les institutions. Elle regroupe ses convictions dans une intelligente formule : « La solitude rend annexable ».

Artistiquement, Sylvie Mongin-Algan aime donner du temps au temps. Elle laisse germer, infuser les textes qu’elle décide de monter. Ainsi est-elle passée tout en souplesse des œuvres antiques et classiques (Euripide, Sénèque, Corneille, Racine, Shakespeare, Marivaux) aux contemporaines (Strauss, Zadek, Durif, Picq, Escalante). Sa démarche est principalement poétique et onirique. Ce qu’elle nomme les déclencheurs de son écriture scénique l’aide à s’affirmer plus elle-même, la poussant jusqu’à s’engager dans l’apprentissage d’une langue étrangère comme l’espagnol pour se placer au cœur des mots. Son très prochain spectacle, Grito-Je crie de la dramaturge mexicaine Ximena Escalante rend compte de sa recherche de déplacer sa propre pensée en s’investissant dans une autre culture. Lectures mais également voyages (Chili, Espagne, Mexique).

Poète de la scène, adepte d’un théâtre métissé, capable de se réinventer à partir des autres arts (poésie, peinture), elle n’en est pas moins impliquée dans les débats qui agitent notre société. Un point fort de son engagement concerne l’inlassable lutte des femmes pour la reconnaissance de leur droit légitime à l’égalité avec les hommes. « L’ignorance ne rend pas libre », dit-elle. L’attente d’une position politique radicale traîne en longueur. Sylvie Mongin-Algan poursuit sans relâche en exposant ses travaux son aspiration à voir changer, dans le milieu théâtral y compris, ce qui à l’origine a été conçu par des hommes. Un signe concret et positif toutefois. Les Trois‑Huit, sa compagnie, collectif artistique à la direction du N.T.H. 8 (Nouveau Théâtre du Huitième) est composée en majorité de femmes. 

Michel Dieuaide

Lire aussi « Une chambre à soi », de Virginia Woolf, Nouveau Théâtre du Huitième à Lyon.


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Photo : © Carmen Mariscal