« Sacre » et « Gold », d’Emanuel Gat, Montpellier Danse saison 2015-2016

Sacre / Gold © Emanuel Gat

« Et pour cela préfère l’impair… »

Par Fatima Miloudi
les Trois Coups

De manière inaccoutumée, Emanuel Gat a accepté de reprendre deux œuvres de son répertoire : le « Sacre », créé en 2004, et « Gold », issu d’une chorégraphie initialement pour huit danseurs, intitulée « Goldlanlbergs ». Les interprètes des deux pièces, désormais au nombre de cinq, déclinent une esthétique soutenue par le choix de l’impair.

Emanuel Gat propose, comme nombre de chorégraphes, sa version du Sacre. Sa relecture emprunte à la salsa cubaine, toute de passion avec les corps tourbillonnants et rougis, les chevelures dénouées, les robes virevoltant comme des corolles sombres. Deux hommes et trois femmes s’accordent et se détachent, laissant alternativement seule l’une d’entre elles. L’impair met en relief le jeu de l’union et de la désunion, l’élection et la solitude, l’ordre et le désordre, la continuité et la rupture. Cet entremêlement perpétuel est certes le plus enivrant du Sacre. La chorégraphie de Gold, à l’instar de la partition sonore, faisant se chevaucher et coexister paroles, œuvre chorale, gospel et variation de Bach, joue de la simultanéité. Par conséquent, on remarque peu d’effets d’agglomérat, sinon momentanés, mais tantôt des lignes individuelles, tantôt des duos ou trios, souvent sous l’œil d’un observateur au repos. Le chiffre impair, là encore, provoque la dissémination des danseurs sur le plateau et l’éparpillement du regard du spectateur sommé de tout voir, à la fois l’ensemble et le détail.

Soluble dans l’air

La pensée d’Emanuel Gat semble convoquer l’Art poétique de Verlaine : « Et pour cela préfère l’impair / Plus vague et plus soluble dans l’air / Sans rien en lui qui pèse ou qui pose ». La rétine cristallise, un instant, un placement incongru qui s’efface pour revenir. Il s’agit alors de le surprendre à sa reprise. Parmi les motifs gestuels du compositeur-chorégraphe, on retiendra quelques éléments récurrents : les pouces pointés sur le sol soutenant le corps renversé vers l’arrière ; le menton dans le creux de la main tandis que le coude vrille vers la scène afin de s’y fixer ; la frappe sur l’extérieur de la jambe ; l’affaissement lent des genoux… À profusion, poses et mouvements nous échappent. On les oublie. Mais, par leurs apparitions ponctuelles, ils se manifestent à nouveau. Ainsi, la danse devient-elle l’art de la fugue.

Une attention estompée

Parfois, le spectateur se lasse. Certes, les deux œuvres relèvent d’un raffinement technique prononcé. Cependant, ce minimalisme conjugué, par moments, à un aspect plus primitif et frénétique, peut laisser de marbre. Les passages de course à travers l’espace, notamment, et les allers-retours hors champ deviennent rapidement par trop répétitifs. On est gêné, par ailleurs, par une lenteur qui met à distance et suscite, malheureusement, un certain ennui. Malgré la richesse de l’écriture, on ne sort pas du théâtre tout à fait convaincu, obligé de reconnaître que l’attention s’est, de temps à autre, estompée. 

Fatima Miloudi


Sacre / Gold, d’Emanuel Gat

Emanuel Gat Dance

Sacre

Musique : le Sacre du printemps, d’Igor Stravinsky, London Symphony Orchestra dirigé par Leonard Bernstein

Chorégraphie et lumières : Emanuel Gat

Danseurs : Anastasia Ivanova, Michael Löhr, François Przybylski, Sara Wilhelmsson, Ashley Wright

Coproduction : Suzanne Dellal Center, Festival Uzès Danse, Monaco Danse Forum

Gold

Musiques : J.‑S. Bach, Variations Goldberg. Piano : Glenn Gould

Bande-son : The Quiet in the Land, arrangée et écrite par Glenn Gould

Chorégraphie et lumières : Emanuel Gat

Danseurs : Pansun Kin, Michael Löhr, François Przybylski, Ashley Wright, Daniela Zaghini

Coproduction : Festival Montpellier Danse 2013, Théâtre de la Ville-Paris, deSingel-Campus artistique international-Anvers, Lincoln Center Festival-New York, Centre chorégraphique national de Roubaix-Nord – Pas-de-Calais, direction Carolyn Carlson

Photo : © Emanuel Gat

Montpellier Danse, Opéra-Comédie • place de la Comédie • 34000 Montpellier

Réservations : 08 00 60 07 40

http://www.montpellierdanse.com/

Mardi 17 novembre 2015 à 20 heures, mercredi 18 novembre 2015 à 19 heures

Durée : 1 heure avec entracte

25 € | 20 € | 18 € | 15 €