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Musidrama-The-show-must-go-one « The Show must go one », par Musidrama

Musiciens confinés mais inspirés

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

De nombreux artistes font entendre leur voix à travers les réseaux sociaux. Ils ne sont pas forcément inspirés par le coronavirus, mais ils adaptent leurs activités. Commençons donc nos recommandations par un focus sur les musiciens, les premiers à s’être mobilisés. 

Combien de concerts annulés ou reportés ! Qu’à cela ne tienne ! Pour assurer la sortie de son nouvel album, Nightsongs (Label Tôt ou tard), l’autrice, compositrice et chanteuse Yael Naim a eu l’idée de partages privés via Instagram. S’il a pu promouvoir son actualité, Michel Jonasz a dû, quant à lui, agencer sa tournée. En contact étroit avec ses fans sur sa page officielle, il a profité de « C’est ça le blues », joué sur son piano, pour délivrer un message chaleureux. On y apprend qu’il saisit l’occasion de ressortir ses vieux cahiers afin de préparer un hommage au genre musical qu’il aime tant. Cette période triste ne pouvait que l’inspirer.

Michel-Jonasz-album-2019

Si certains ont la chance d’être soutenus par des boîtes de production aux reins solides, d’autres s’organisent comme ils peuvent. Des alternatives plus ou moins modestes ont vu le jour un peu partout, très spontanément. Pas besoin de matériel sophistiqué. Un home studio, dans le meilleur des cas, un instrument pour un concert acoustique, et même la voix suffisent. En revanche, le smartphone s’impose pour relayer images et son.

Sérénades sur balcon et rave-party à domicile

Commençons par l’Italie, qui nous a devancés sur le confinement. À Florence, c’est le ténor professionnel Maurizio Marchini qui a illuminé le crépuscule toscan, grâce à sa remarquable interprétation de « Nessun Dorma », tiré du Turandot de Puccini. En hommage au peuple italien, le chanteur lyrique Stéphane Sénéchal, a d’abord entonné Caruso de Lucio Dalla, depuis la fenêtre de son appartement parisien, avant la Marseillaise, pour l’urgentiste décédé. « Ma fenêtre est à vous », écrit-il sur sa page.

Cela prend une toute autre dimension lorsque des DJ italiens ont mis des platines sur leurs balcons pour le Son mix de Corona, avec, entre autres, le tube planétaire du groupe Corona, l’une des vitrines de l’Eurodance entre 1993 et 1996. Pour limiter les nuisances sonores, des DJ chinois avaient activé, dès février, leurs caméras pour se produire en direct sur des plateformes et applications, mais dans leur chambre ou dans un club vide.

Un exemple suivi, par Valentin Augis, alias VGS, qui s’est filmé à Lamorlaye où il est confiné. Depuis qu’il est au chômage technique, ce professionnel habitué à des sets dans de grands hôtels ou clubs parisiens, mixe parfois, à distance, pour des amis, ce qui lui a donné une idée : « Pourquoi ne pas tenter un marathon pour inciter les gens à rester chez eux ? Pour danser, on n’a pas forcément besoin de sortir. » Il s’est alors astreint à une sérieuse préparation (physique et psychologique) afin de tenir 24 heures non stop. Une performance diffusée en direct sur sa page Facebook et sur YouTube.

Concerts privés

Entre la voix nue et l’électro, les initiatives fleurissent, des balcons aux caves, à tel point qu’un nouveau format apparaît : le concert confiné, dont la proximité, voire l’intimité, plaît beaucoup aux fans. Jean-Louis Aubert est un habitué du Facebook live. Ouvertes à tous, ces sessions sont très populaires. Le 15 mars, ses paroles se prêtaient parfaitement à la situation : « Je veux chanter, je veux te faire oublier… ». Sans parler d’Un autre monde , reprise du tube de Téléphone. Sans chichi, ni tralala, le leader de ce groupe mythique sait s’adapter aux nouvelles technologies, avec un naturel désarmant. Face à la caméra, mobile et disert, il a prévenu : « On ne va pas se prendre la tête ». En effet, le concert improvisé ne manquait pas de charme, entre braguette malencontreusement ouverte et digressions amusantes.

Ensemble-a-la-maison

Pour écouter des concerts live donnés de chez eux par des artistes privés de public, Facebook et Instagram ont lancé le hashtag #ensembleàlamaison. Dans plusieurs pays, le réseau social recense les prestations des participants. Sur le groupe public Together At Home, on découvre notamment les « sessions au coin du feu » de Neil Young. Si le vieux rockeur est amateur des nouvelles technologies depuis longtemps, il en a inspiré d’autres, à cette occasion.

Des vedettes internationales (presque) chez nous !

Ce fut une première pour Chris Martin, davantage habitué aux concerts monstres. Seul au piano, le leader de Coldplay a interprété des titres demandés, tout en réagissant aux commentaires des fans qui défilaient en instantané. Certes, les applaudissements n’étaient pas au rendez-vous. Mais les chiffres attestent du succès : le 16 mars, l’enregistrement a cumulé plus d’1,4 millions de vues et près de 60 000 commentaires.

La générosité a-t-elle des limites ? Si la musique permet de surmonter l’épreuve et de porter un message d’espoir, de telles audiences encouragent l’appel aux dons. D’ailleurs, les Anglo-saxons sont rompus à ces initiatives caritatives. Ainsi, Elton John a-t-il organisé un concert solidaire afin de lever des fonds pour deux associations qui aident à combattre le COVID-19 outre Atlantique. Parmi les invités : Mariah Carey, Billie Eilish ou encore Alicia Keys. The iHeart Living Room Concert for America, diffusé le sur la chaîne américaine Fox et l’application iHeartRadio, est à suivre en France dans la nuit du 29 au 30 mars. Décidément, les concerts à domicile abolissent les frontières.

Tous les styles

Réunir plusieurs artistes représente un défi technique. À situation exceptionnelle, dispositifs… exceptionnels. Alors qu’il attendait ses fans à l’AccorHotels Arena à Paris, le 13 mars, Tryo a maintenu le spectacle, mais sans public, le tout filmé dans les conditions du direct et diffusé sur Youtube. Le groupe n’a pas fêté son 25anniversaire comme prévu, mais est ainsi devenue précurseur des « shows privés » sur les réseaux sociaux.

Depuis, les mesures de confinement se sont renforcées et il a fallu trouver d’autres astuces. Grâce à l’application NomadPlay, qui permet à un instrumentaliste d’être accompagné virtuellement d’un orchestre, le violoniste Renaud Capuçon continue de nous épater. Pour les duos, Guillaume Bellom a enregistré la partie pianistique, de son côté, au tempo et avec les indications du violoniste. Quant à la violoncelliste Astrig Siranossian, elle a préféré (et surtout pu) être accompagnée, pour un bel enregistrement en images (Après un rêve de Fauré). Thomas Leleu (tuba) et Lucienne Renaudin-Vary (trompette) devaient jouer ensemble au Festival de Pâques de Deauville le 25 mars. Ils ont interprété en duplex leur Stay home French German rumba

Plus que d’autres styles, le jazz s’appuie sur l’interaction avec les publics, notamment pour l’improvisation. C’est la scène qui a forgé les plus grands. Qu’importe ! Recluse chez elle, Norah Jones prend, comme tant d’autres artistes, son mal en patience. Sa reprise acoustique d’un vieux hit des Guns N’Roses est donc fort à propos : « Need a little patience… Just a little patience ». Depuis le 21 mars, le pianiste Chick Corea donne une session quotidienne. Celle du 24 mars durait presque une heure. Pour sa part, le saxophoniste Julien Soro a imaginé une série de solos virtuels, intitulés Drones de confinement, proposés par les membres de Pegazz et l’Hélicon

Parmi les contributions qui imposent le respect : le pianiste Edouard Leys a composé une mélodie, l’a envoyée à ses collègues, sollicitant des propositions et leur participation à un clip, depuis chez eux. Le résultat est bluffant : du batteur au guitariste, de la chanteuse à la danseuse, 65 musiciens et 30 danseurs se sont enregistrés. Chacun était libre de se mettre en scène comme il le souhaitait. Il a ensuite fallu trier plus de 150 fichiers musicaux et les mixer à distance avec un ingénieur du son, pour préserver la singularité de chacun dans un patchwork d’influences et de styles. Soit huit jours de travail pour aboutir à ce beau résultat !

Prouesse tout aussi impressionnante : en seulement deux jours, 135 artistes issus de Musidrama (compagnie de théâtre musical) ont réalisé une remarquable reprise de The Show must go one de Queen, chacun chez soi, avec des arrangements et un montage efficace. 

Pandémie musicale

La musique relie donc les hommes en toutes circonstances. Les artistes ne manquent pas de ressources, mais c’est quand même appréciable d’avoir des moyens, ou de mutualiser les outils. PEM (Pierre-Marie Braye-Weppe ) et NANO (Arnaud Nano Méthivier) ont eu l’idée originale d’organiser un évènement créé pour l’occasion. Sur Agora-off, le Festival des arts confinés propose un fil d’actualité alimenté par des créations artistiques inédites (toutes disciplines).

D’autres structures – et pas des moindres – mettent à profit la situation. Pour visionner les live de vedettes musicales, la Fnac et SK live ont lancé Sofa festival, « festival musical et interactif en direct depuis chez toi », les 26 et 27 mars, 2 et 3 avril. À l’origine de cette initiative : Warner Music France, associée à la Fondation Paris-Hôpitaux de France. La major saisit donc une opportunité, mais pour la bonne cause : la lutte contre le Covid-19 et l’aide aux soignants. Toutefois, il semble essentiel que les institutions soient parties prenantes. D’ailleurs, ces dernières ont su développer d’intéressantes activités à domicile (lire d’autres recommandations ici). 

Léna Martinelli

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☛ The Show must go on, par Léna Martinelli