« Série noire », d’après Jim Thompson et Alain Corneau, Théâtre Les Clochards célestes à Lyon

« Série noire » – Mise en scène de Benjamin Groëtzinger et Benoît Peillon © Benoît Peillon

Terreur dans les salles obscures

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Deux jeunes metteurs en scène à peine sortis du Conservatoire de Lyon, Benjamin Groëtzinger et Benoît Peillon, s’emparent du livre de Jim Thompson et du film qu’Alain Corneau en a tiré : « Série noire ». Une adaptation culottée, pleine de références, mais non sans distances.

Série noire est intimement lié à Patrick Dewaere. À la fin des années 1970, l’acteur se jeta à cœur et corps perdus dans le personnage de Franck Poupart, looser sans scrupules et assassin sans génie. Prendre sa suite, ne serait-ce que sur un plateau de théâtre, est osé. Gilles Chabrier s’y est pourtant risqué et il s’en sort plutôt bien. Il compose à merveille l’homme constamment à côté de lui-même, incapable d’assumer ses décisions et ses fautes, halluciné devant ses propres errements. 

Alain Corneau, avec la complicité de Georges Perec pour les dialogues, avait transposé le roman noir de Jim Thompson dans une sinistre banlieue parisienne. Benjamin Groëtzinger et Benoît Peillon emmènent à leur tour Franck Poupart sur les pentes de la Croix-Rousse, à Lyon.

Les spectateurs suivent une course-poursuite dans les escaliers de la rue, depuis une fenêtre, en témoins tout à fait complices. Mona par qui le scandale arrive et Jeanne, son épouse, toutes deux incarnées par la pulpeuse Marie-Cécile Ouakil, (bien vu, car Poupart s’y perd entre ses deux femmes) l’accompagnent dans son errance, ainsi que son patron et son camarade de déveine (là encore tous deux interprétés par Gérald Robert-Tissot, magistral même dans la poisse).

Élisabeth Saint-Blancat prête son talent de comédienne à l’odieuse mère maquerelle, sortie tout droit de l’enfer. Les spectateurs sont donc emmenés du théâtre vers un lieu tenu secret, un bar populaire du vieux quartier. Qu’importe le confort et la technique, on joue la couleur locale.

« Série noire », mise en scène de Benjamin Groëtzinger et Benoît Peillon © Benoît Peillon
« Série noire », mise en scène de Benjamin Groëtzinger et Benoît Peillon © Benoît Peillon

Céline revu par Tardi

Histoire d’actualiser le propos et de jouer sur les mots, les deux metteurs en scène, dont il faut louer la direction d’acteurs, ont choisi le format « série ». Le découpage du spectacle en quatre épisodes montre une bonne maîtrise de la dramaturgie.

Les deux premiers épisodes campent parfaitement cet univers sinistre de minables voyous, assassins prêts à tout pour sauver leur peau et incapables d’y arriver. On se croirait chez Céline revu par Tardi. Le troisième, centré sur une scène de beuverie extrêmement drôle mais affreusement noire, reste trop long et répétitif, pour un intérêt relatif, même si la prestation de Gérald Robert-Tissot est digne d’un clown de haut vol.

En plongeant dans le fantastique, le dernier épisode rattrape tout. Le public est à nouveau attiré dans une arrière-salle obscure. Une lumière portée par les personnages les éclaire d’en-dessous, leur conférant un air cadavérique. La vieille (Élisabeth Saint-Blancat) surgit d’entre les morts comme l’incarnation d’un remords. Elle vient littéralement se coller à Franck, pour l’entraîner dans des slows lascifs dont il est incapable de se défaire. Une scène inoubliable ! Le public ne s’y trompe pas : très rapidement, le spectacle a affiché complet. 

Trina Mounier


Série noire, d’après Jim Thompson et Alain Corneau

Mise en scène : Benjamin Groëtzinger et Benoît Peillon

Avec : Gilles Chabrier, Marie-Cécile Ouakil, Gérald Robert-Tissot, Élisabeth Saint-Blancat

Durée : 45 mn par épisode

À partir de 12 ans

Photo © Benoît Peillon

Compagnie Sans Théâtre Fixe

Théâtre des Clochards célestes • 51, rue des Tables Claudiennes • 69001 Lyon

Du 7 au 25 février 2018, tous les jours sauf mardi à 19 h 30, samedi et dimanche à 16 h 30

Épisodes 1 et 2 les 9, 10, 14, 15, 18 et 19 ; épisodes 3 et 4 les 11, 12, 16, 17, 21, 22 ; intégrales 23, 24 et 25 février à 16 H 30

De 9 € à 12 € pour 2 épisodes

Réservations : 04 78 28 34 43