« Spartacus », Villeneuve en scène à Villeneuve‑lès‑Avignon

Spartacus © D.R.

Vive la révolte !

Par Fatima Miloudi
Les Trois Coups

Sur la colline des Mourgues, au festival de Villeneuve en scène, le Théâtre La Licorne nous convie à un péplum lyrique. Deux chanteurs et trois comédiens vont nous ramener en – 73 avant Jésus-Christ et faire revivre devant nos yeux émerveillés la révolte de Spartacus.

Les arènes en miniature attendent leurs quelque deux cents spectateurs. À qui mieux mieux, ils se serreront pour assister aux jeux du cirque. On nous prend pour le public d’un autre temps. Les chefs romains nous jettent du pain rassis à pleines mains. On nous demande de statuer sur le sort de petits gladiateurs en ferraille. La vie ou la mort, mais c’est toujours le doigt baissé du préteur romain qui l’emporte. Roulements de tambour, grandiloquentes trompes au son pourtant étouffé, prisonnier dans une cage, fouetté par un bras mécanique avant l’entrée des vomitoires. Tout est fait pour nous mettre en condition. Les arènes sont combles, les chefs romains en tenue d’apparat, une couronne de lauriers au feuillage doré sur leur auguste tête. Les esclaves, la machinerie humaine comprend-on, ratisse le sable – homme soutenu à l’horizontale par un autre tandis que le premier tient un râteau. Quoi de mieux, effectivement, pour raconter la révolte des esclaves que d’emprunter à l’art marionnettiste et de faire coïncider l’objet et l’homme qui permet de l’humaniser.

L’histoire de la révolte de Spartacus, ce sont des moments clés racontés en quelques tableaux. Les combats dans le cirque romain, la révolte des esclaves, le jugement erroné des chefs romains de Capoue, les défaites des légions romaines tandis que les esclaves, camp de fortune après camp de fortune, séjournent sur le Vésuve jusqu’à la défaite après la trahison des Syriens et la victoire de Rome.

Le corps blanchi et terreux des comédiens, représentants des esclaves, est ceint de fils de fer. La fatigue harassante et la souffrance sont, de cette manière, inscrites à même la peau. Ils manipulent personnages ou objets. C’est quelquefois la partie pour le tout. Ainsi du pied, image de l’esclave mort, récurrent dans l’ensemble du spectacle jusqu’au charnier final des douze mille révoltés massacrés par Rome avec le déversement de monceaux de pieds sur le sable. C’est tout un arsenal de petites machineries qui ouvrent l’imaginaire du spectateur : sabot de cheval au bout d’une canne, bouclier de lances dont le déplacement commandé par un homme illustre l’assaut en nombre des Romains. C’est l’éléphant, réduit à sa gigantesque tête et ses énormes pattes, dirigé à l’arrière par deux comédiens… Voir le jeu et les coulisses du jeu, c’est ce qui permet tous ces instants magiques.

Le ton des scènes est varié et, bien que le thème de la guerre soit le fil conducteur de l’ensemble, le spectateur, comme un enfant, change rapidement d’émotion : presque mélancolique lors d’une halte nocturne quand le veilleur de nuit – si petit – se réchauffe au coin du feu, puis riant lors de la scène des thermes aux références historiques et anachroniques mais toujours cocasses. Vraiment, si tous les moments d’histoire étaient contés de la sorte, je ne connais pas un enfant ou un adulte qui ne perdrait la mémoire des évènements et des dates. 

Fatima Miloudi


Spartacus

Écriture, mise en scène et scénographie : Claire Dancoisne

Avec :

  • comédiens : Gaëlle Fraysse, Gwenaël Przydatek, Maxence Vandevelde
  • chanteurs lyriques : Jean‑Michel Ankaoua (baryton), Julien Veronese (baryton-basse)

Création musicale : Pierre Vasseur

Créations lumières : Hervé Gary

Régie son : Stéphane Zuliani

Régie lumières : Sylvain Liagre

Régie plateau : Frédéric Druaux, Paco Galan

Régie générale de création : Amaury Roussel

Régie générale en tournée : Paco Galan

Conception du gradin « arènes » : Ettore Marchica

Construction des « arènes » : Raymond Blard, Jean‑Marc Delannoy, Alex Herman

Création des objets et machines :

  • plasticiens : Bertrand Boulanger, Grégoire Chombart, Jean‑Baptiste Gaudin, Fred Parison, Olivier Sion
  • constructions : Jean‑Marc Delannoy, Coline Lequenne, Sylvain Liagre, Amaury Roussel, Pierre Pailhes, Ludovic Treny

Création costumes : Claire Dancoisne, Francis Debeyre

Couturières : Annette Six, Charline Deryckere

Ingénieur son : Antoine Pinçon

Avec l’aide technique de Jean‑Michel Douvrin, Benoît Luchier, Pascal Lesage, Johann Pasbecq, Jeanne Smith

Stagiaire construction-décoration : Lolita Barozzi, Caroline Bruniaux, Amélie Feyer, Florence Foix, Manon Mordacque

Collaboration artistique : Serge Bagdassarian, Alex Motte

Photo : © Sylvain Liagre

Production : Théâtre La Licorne

Festival Villeneuve en scène • sur la colline des Mourgues • 30404 Villeneuve‑lès‑Avignon

Réservations : 04 32 75 15 95

Du 3 au 23 juillet 2010 à 22 heures

Durée : 1 h 20

15 € | 12 € | 10 € | 6 €