« To the Unknown », d’Omer Klein, Théâtre Chateaubriand à Saint‑Malo

Omer Klein © Simon Hegenberg

Omer Klein le charmeur

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Pour la première fois, le festival Jazz à l’Étage démarre à Saint-Malo. Le Théâtre Chateaubriand l’accueille pendant trois jours en ce début mars. Les Malouins bénéficieront encore de deux évènements pendant la période rennaise du festival.

C’est à Omer Klein et à son trio qu’il incombe d’ouvrir les festivités. Le concert de ce jeune pianiste (tout juste la trentaine) emprunte beaucoup à son dernier et bel album, To the Unknown (Plus loin Music / Abeille Musique, 2013). C’est son premier concert en Bretagne.

Fear of Heights (To the Unknown) est la première occasion d’apprécier ce trio acoustique complété par Amir Bresler (batterie) et Haggai Cohen‑Milo (contrebasse). La pièce commence par une introduction d’allure très classique, digne d’une étude pour piano. L’entrée de la contrebasse et de la batterie nous introduit directement dans l’univers du jazz. On apprécie dès ce premier titre la fluidité qu’on retrouvera dans le suivant, Bliss (qu’Omer Klein définit comme le bonheur au-delà du bonheur), issu du même album. Bliss commence par une envolée de notes légères qui nous évoquent Debussy puis vient un délicat solo de contrebasse légèrement accompagné de quelques accents de batterie et de piano avant que la batterie ne s’avance au premier plan, accompagnée du piano. Amir Bresler s’y distingue par une grande envolée crescendo marquée par une grande vélocité d’exécution avant un délicat retour au calme.

Azure (Ellington / Mills) est une exquise ballade tout empreinte de douceur qui fut chantée par Ella Fitzgerald. Le sens mélodique d’Omer Klein y fait des merveilles, et l’on apprécie ici aussi le travail d’Amir Bresler qui fait des percussions manuelles sur sa batterie.

Complicité musicale et humaine

On change ensuite d’univers avec Yemen (Heart Beats, 2009), dont Omer dit avec humour, une qualité dont il est largement pourvu, qu’il a donné la dénomination du pays ! C’est une pièce au rythme dansant que ne renierait pas Squiban et qui nous renvoie à d’autres influences que le jazz. Peu à peu, le discours musical se fait plus complexe et l’improvisation au piano est étourdissante. Haggai Cohen‑Milo nous montre ce qu’il sait faire en pizzicato et en frappant ses cordes à l’archet tandis qu’Amir Bresler allie vélocité éblouissante et polyrythmie. C’est dans Yemen que se sent peut-être le mieux la complicité musicale et humaine qui unit les trois hommes. Dans l’esprit, ¾ Manta (Introducing Omer Klein, 2008) paraît proche de Yemen. Omer y laisse une large place à la contrebasse mélodique et Amir Bresler y montre toute l’étendue de sa technique et la variété de ses sources d’inspiration.

Avec Niggun (Heart Beats), qu’Omer Klein dit avoir reçu « comme un mail », on perçoit une part de son héritage juif. La mélodie s’y déploie, s’y étoffe jusqu’au paroxysme avant un retour à la pure simplicité. On retrouve ces qualités de mélodiste dans One for the Road (To the Unknown) où Omer Klein fait notamment un usage intéressant de la main gauche. Le programme comporte aussi deux nouvelles pièces, encore sans titre, très mélodiques. La première est une ballade lente au rythme comme suspendu et la seconde, plus énergique, déploie un jeu aérien très prenant.

Au public enchanté mais insatiable, Omer Klein offre en bis deux solos. The Thrill Is Gone, un blues popularisé par B. B. King, prend sous les doigts d’Omer Klein l’allure d’une méditation. C’est aussi une bonne illustration de sa technique pianistique impeccable qui n’efface pas la musicalité. Enfin, I Will (Lennon / McCartney) clôt ce concert sur une note plus légère qui témoigne aussi de l’éclectisme du pianiste.

Tandis que la tempête se déchaînait contre les remparts de Saint-Malo, les festivaliers, bien à l’abri dans le cocon du Théâtre Chateaubriand, avec la complicité de La Fabrique à concert, inauguraient sous les meilleurs auspices la cinquième édition de Jazz à l’Étage. Le concert d’Omer Klein, ce soir, illustrait encore une fois cet adage qu’un bon disque (c’est le cas ici) ne vaudra jamais un concert. 

Jean-François Picaut


To the Unknown, d’Omer Klein

Un album Plus loin Music / Abeille Musique, 2013

Avec : Omer Klein (piano), Amir Bresler (batterie) et Haggai Cohen‑Milo (contrebasse)

Photos : © Simon Hegenberg, Philippe Colliot, Jean‑François Picaut

Théâtre Chateaubriand • 6, rue Grout-de‑Saint‑Georges • 35400 Saint‑Malo

Le 28 février 2014, à 21 heures

Durée : 1 h 30

15 € | 10 € | 15 €

Jazz à l’Étage 5e édition, 2014

http://jazzaletage.com/

Du 28 février au 2 mars puis du 21 au 29 mars 2014

À Rennes, dans diverses villes de Rennes-Métropole, à Guer et Saint‑Malo