« Triiio », des Nouveaux Nez, les Subsistances à Lyon

« Triiio » © Alain Simon

En attendant… la suite

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

De la difficulté de réunir l’émouvante imperfection du jeu clownesque et le choix d’une écriture scénique incertaine.

Estampillés irrésistibles dès les années 1980 sur l’autel du « nouveau cirque », Les Nouveaux Nez font toujours figure de référence. On y va confiant, accompagné ou non d’enfants, assuré que la poésie l’emportera sur les poncifs du genre clownesque, persuadé que l’imagination sera au rendez-vous. Problème, déjà posé, par exemple, par les formidables Colombaioni, le gène « irrésistible » se transmet-il d’une génération à l’autre ? Pas si sûr…

Pour ce nouvel opus, les coauteurs de Triiio ont pris le risque de présenter un spectacle qui n’en finit pas de renoncer à commencer. D’entrée de jeu, dans une salle éclairée en permanence face à un plateau toujours en pleins feux, trois clowns multiplient physiquement et verbalement les occasions de différer l’entame de la représentation. Des spectateurs qu’on attend puisqu’ils sont sur la liste des réservations. La nécessité de préparer le vin d’honneur qui sera offert à l’issue du spectacle. Le trio d’artistes franco-argentino-allemand, triplette facétieuse et naïve, s’ingénie à confectionner une sorte de bombe à retardement d’un genre inédit, l’arme de destruction massive de tout propos cohérent.

C’est drôle, voire hilarant, du moins pendant un certain temps. Maîtresse filoute en manipulation de la participation du public, la joyeuse petite bande fait assaut de toute sa virtuosité pour faire accepter l’attente qui se prolonge. Déménagements chaotiques, objets détournés de leur utilisation habituelle, bribes textuelles répétitives destinées à faire patienter l’auditoire, intermèdes musicaux pétris d’humour. Félix, Fritz et Piola – leurs noms de personnages – aux allures de fieffés imbéciles réussissent à tromper leur monde. Ils s’ingénient frénétiquement et malicieusement à tout faire pour ne rien faire. L’acmé de leur « escroquerie » dramatique est atteint quand ils revendiquent de souffler un peu. Pathétique et bouleversante image que celle de leurs corps en sueur empilés sur un coffre étroit, moment d’humanité – le seul ? – qui donne le frisson. Désopilante séquence que celle des trois clowns plaqués au sol pour un insensé numéro de haute voltige sans trapèze ni filet.

On sort de Triiio moins enchanté qu’on ne l’aurait voulu, un brin frustré. Mais, rassurez-vous Alain Reynaud, Heinzi Lorenzen, Gabriel Chamé Buendia, on attend votre prochaine création avec impatience. Vous restez ce que vous êtes, de remarquables artistes. 

Michel Dieuaide


Triiio, de la compagnie Les Nouveaux Nez

Les clowns : Alain Reynaud (Félix Tampon), Heinzi Lorenzen (Fritz), Gabriel Chamé Buendia (Piola)

Mise en scène et écriture : Alain Simon, assisté de Gilles Jolly

Responsables artistiques : Alain Reynaud et Heinzi Lorenzen

Jeu et écriture : Alain Reynaud, Heinzi Lorenzen et Gabriel Chamé Buendia

Écriture des numéros clownesques : Ami Hattab

Lumière : Pascal Chassan

Costumes : Patricia de Petiville

Accessoires : Marie-O. Roux, assistée de Margot Van Haelst

Régie : Pascal Chassan

Photos : © Alain Simon

Production : Les Nouveaux Nez, pôle national des arts du cirque Auvergne ‑ Rhône‑Alpes

Administration : Noëlle Vachon

Diffusion : Fadhila Mas

Coproduction : la Cascade, pôle national des arts du cirque Auvergne ‑ Rhône‑Alpes (Bourg‑Saint‑Andéol), Archaos, pôle national des arts du cirque Méditerranée (Marseille), les Subsistances (Lyon), la Maison des arts du Léman (Thonon‑les‑Bains), le Théâtre du Vellein (Villefontaine)

Résidences : Théâtre des Ateliers (Aix‑en‑Provence), les Quinconces (Vals‑les‑Bains), la Cascade, pôle national des arts du cirque (Bourg‑Saint‑Andéol), les Subsistances (Lyon), Festival d’Alba‑la‑Romaine

Les Subsistances • 8 bis, quai Saint‑Vincent • 69001 Lyon

www.les-subs.com

Courriel : contact@les-subs.com

Téléphone : 04 78 39 10 02

Représentations : du 15 au 18 décembre 2016, les jeudi et vendredi à 20 heures, les samedi et dimanche à 17 heures

Durée : 1 heure

Tarifs : 14 €, 12 €, 10 €