« Trouble », de la compagnie Turbulences / HVDZ, La Scierie, le Off d’Avignon

Trouble-Les-Turbulents « Trouble » de la compagnie Turbulences © Les Turbulents

Hors catégorie !

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Spectacle inclassable sur la violence de ce qu’on nomme normalité, « Trouble » fait vaciller nos certitudes et notre habituelle perception de spectateur pour nous plonger dans une expérience humaine et spectaculaire forte.

Il est des spectacles ciselés dont l’exécution confine à la perfection : les interprètes coupent le souffle, la scénographie et la mise en scène sont tout aussi impeccables. Disons-le tout de suite, Trouble n’appartient pas à cette catégorie. Plus exactement, il échappe à toute catégorie.

Rien d’étonnant à cela, puisque le spectacle remet en cause les pouvoirs délétères de la norme en créant un dialogue entre les écrits de Michel Foucault et des moments chantés, dansés ou joués. Mixte en ses genres, il défie aussi les tentatives de catégorisation en associant des professionnels à des amateurs. Ajoutons que parmi ces derniers, certains auraient sans doute été embarqués de force dans cette nef des parias et des fous qu’évoque Foucault. En dépit de leur indéniable talent, ils auraient été claquemurés selon les critères les plus variés et les plus contestables dans quelque Salpêtrière.

Trouble-Les-Turbulents
« Trouble » de la compagnie Turbulences © Les Turbulents

Trouble de la perception

Le projet de la compagnie des Turbulents s’avère donc ambitieux, mais il l’est d’une manière quelque peu différente de celle à laquelle nous sommes habitués. C’est d’abord notre perception qu’il trouble. Les questions sont multiples, en effet : comment évaluer l’interprétation d’hommes qui ne sont pas dans l’absolu maîtrise de leur diction ou de leur corps, d’hommes qui ne gomment pas leur singularité au sein d’un collectif ? Quel est la part d’empathie dans notre réception ? Comment apprécier une scénographie conçue autant pour le spectateur que pour le confort des interprètes ? Que faire de ces phrases de Foucault jetées à ma conscience avec une forme affirmée de didactisme ?

Ces questions persisteront sans doute après la représentation, gravées dans la mémoire. Trouble s’impose dans toute sa force car, au cours du spectacle, quelque chose se produit qui tient évidemment de la performance mais aussi de l’humain. La compagnie le revendique et il en résulte de merveilleux éclats. En particulier, le spectacle métamorphose la solitude imposée du reclus en solitude assumée, revendiquée même : il se pare de merveilleux soli de chant, de danse, de cirque. Dans ces moments, c’est le talent qui s’impose, comme la force de vie et la poésie.

À de mortifères listes de critères, Trouble oppose la gerbe des mots insolites et inattendus, des gestes improbables, des visages filmés comme des paysages, des odes à la liberté de courir les centres commerciaux, les rendez-vous. De vivre tout simplement sans garde-chiourme. 

Laura Plas


Trouble, de la compagnie Turbulences / HVDZ

Le texte de Trouble 307.23 de Joël Kerouanton est édité chez Champ Social

Compagnie Turbulences ! et Compagnie HVDZ

Mise en scène : Didier Cousin

Durée : 1 h 15

À partir de 10 ans

Teaser vidéo

La Scierie • 15, boulevard du quai Saint Lazare • 84000 Avignon

Dans le cadre du Off d’Avignon

Du 5 au 14 juillet 2019, à 14 heures, relâche le 9 juillet

De 8 € à 14 €

Réservations : 04 84 51 09 11

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