« Un Élixir » d’après Gaetano Donizetti, au Théâtre des Champs-Élysées

un-elixir-tce-©-vincent-pontet © Vincent Pontet

Un élixir de jouvence qui fait retomber Donizetti en enfance

Par Maxime Grandgeorge
Les Trois Coups 

Adapté d’Un Élixir d’amour de Donizetti, cet opéra participatif jeune public remplit parfaitement sa mission en faisant découvrir aux plus jeunes l’art lyrique, avec intelligence et humour, tout en proposant un joli moment de divertissement. Un spectacle qui sera à découvrir en famille sur la plateforme Lumni.

Les préjugés sur l’opéra ont la peau dure. Trop élitiste, trop long, trop compliqué… Autant d’adjectifs auxquels échappent cet Élixir revigorant. Pour sa nouvelle production jeune public, le Théâtre des Champs-Elysées nous invite à redécouvrir L’Élixir d’amour (1832), célèbre opéra de Gaetano Donizetti, dans une version conçue à destination des enfants. Une adaptation qui a nécessité quelques modifications, sans porter atteinte à l’esprit de l’œuvre originale.

Composé en moins de deux mois par Donizetti pour combler la programmation d’un théâtre milanais concurrent de la Scala, cet opéra bouffe propose une intrigue amoureuse digne de la Commedia dell’arte. Risquant de se faire ravir Adina, riche et belle héritière, par un militaire de passage, le jeune villageois Nemorino tente de conquérir celle qu’il aime, en achetant un soi-disant élixir d’amour à un charlatan ambulant. Une trame compréhensible quel que soit l’âge du public, que le metteur en scène Manuel Renga a gardée telle quelle, ajoutant ici et là quelques ingrédients afin de rendre cet Élixir plus doux pour le palais des plus jeunes.

Charlot et la chocolaterie

À mi-chemin entre Les Temps modernes de Charles Chaplin et Charlie et la chocolaterie de Mel Stuart, cette version nous plonge dans un univers haut en couleurs flirtant avec le monde de l’enfance. L’intrigue est transposée dans les années 1930, dans une usine où est fabriqué un sirop contre la toux, tristement célèbre pour son amertume. À partir de cette situation se développe une seconde trame narrative, parallèle à l’intrigue principale, au cours de laquelle les ouvriers de l’usine tentent maladroitement d’améliorer la recette du sirop.

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© Vincent Pontet

Drôle et inventive, la mise en scène de Manuel Renga multiplie les gags, naviguant entre cinéma burlesque et cartoon. Elle s’appuie avec intelligence sur la partition de Donizetti, dont elle souligne avec justesse les effets comiques. La scénographie sobre, mais réussie, d’Aurelio Colombo nous fait pénétrer dans une drôle d’usine, remplie de gigantesques rouages mécaniques, d’alambics fumants et de rangées de bouteilles de sirop. Une usine stylisée tout en courbes à laquelle des lumières colorées donnent des airs de grande confiserie.

Habitué des opéras jeune public – il avait déjà travaillé l’année dernière sur Les Petites noces, d’après Les Noces de Figaro de Mozart –, Henri Tresbel signe ici une adaptation / traduction efficace, élégante et fidèle du livret italien original, tout en étant compréhensible au plus grand nombre. Une traduction en français bienvenue qui, d’une certaine manière, rend à César ce qui est César, le librettiste Felice Romani s’étant très largement inspiré du Philtre, opéra français d’Auber, pour écrire le livret de L’Elixir d’amour.

Un casting enjoué pour une partition enlevée

Le ténor Sahy Ratia campe un Nemorino gaffeur, ingénu et timide, digne héritier de Charlot avec sa gestuelle expressive et sa salopette de travail. On se laisse charmer par sa voix agile et séduire par son timbre clair, qui se fait particulièrement émouvant lors du célèbre air « Une furtiva lacrima ». Face à lui, la soprano Norma Nahoun incarne une Adina capricieuse et coquette aux aigus puissants et éclatants, éconduisant ses prétendants à l’aide de ses vocalises riantes.

Le baryton Jean-Christophe Lanièce s’en donne à cœur joie dans le rôle du Sergent Belcore, militaire grimé en explorateur, flanqué de deux troufions bêtas. Il se glisse avec malice dans la peau d’un Cador de pacotille, arborant fièrement sa voix ronde et pleine et son vibrato puissant, tantôt brave, tantôt menaçant. La basse Thibault de Damas incarne un charlatan savoureux, marchand de glace aux airs de Maurice Chevalier dans son costume à rayures rouges et blanches, coiffé d’un canotier. Son phrasé dynamique et son élocution parfaite sont complétés par un jeu clownesque, particulièrement lorsqu’il joue les vieillards. Le casting est complété par un trio d’ouvrières enlevé faisant montre d’une belle expressivité tant musicale que dramatique (Sara Gouzy, Natalie Pérez et Norma Nahoun).

Les chanteurs sont accompagnés par l’orchestre des Frivolités parisiennes, en effectif assez réduit, qui délivre une interprétation enlevée et pleine de nuances de la partition de Donizetti, dirigée avec entrain par Marc Leroy-Calatayud. Ce dernier joue également les chefs de chant, invitant à plusieurs reprises le public, depuis son canapé, à participer au spectacle en donnant de la voix. Les artistes en herbe peuvent préparer leur prestation en lisant le livret d’apprentissage des chants disponible sur le site du Théâtre des Champs-Elysées et en regardant les vidéos pédagogiques publiées sur la chaîne YouTube. Une expérience à vivre en famille ! 

Maxime Grandgeorge


Un Élixird’après Donizetti
Livret : Henri Tresbel d’après le livret original de Felice Romani

Direction musicale : Marc Leroy-Calatayud

Mise en scène : Manuel Renga

Avec : Norma Nahoun, Sahy Ratia, Jean-Christophe Lanièce, Thibault de Damas, Sara Gouz, Natalie Pérez, Dina Bawab, Raffaella Gardon, Julien Chaudet, Romain Valembois

Interprété par les Frivolités parisiennes

Théâtre des Champs-Elysées • 15 avenue Montaigne • 75016, Paris

Spectacle capté en février 2021

Diffusion prévue sur la plateforme Lumni

Durée : 1 h 15

À découvrir sur Les Trois Coups :

Don Pasquale de Gaetano Donizetti, par Jean-François Picaut

L’Amour vainqueur et Blanche-Neige, histoire d’un Prince d’après Grimm, par Lorène de Bonnay

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