« Vertiges », d’après « Kant » de Jon Fosse, Théâtre des Clochards‐Célestes à Lyon

Vertiges © D.R. Vertiges © D.R.

Froide adaptation

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

Tous les enfants, dès leur plus jeune âge, et c’est bien connu des parents qui savent les écouter, s’interrogent sur la vie, la mort, l’univers. En 1990, le dramaturge scandinave Jon Fosse écrit « Kant », un court conte théâtral. Titre malicieux permettant d’associer le nom d’un philosophe majeur de l’histoire de la pensée et un mot familier norvégien signifiant « bord ». Dans « Vertiges » d’ailleurs, il est question de bord et de philosophie.

Un garçon de huit ans se demande si le monde a une limite, une fin. Sa peur de tout ce qu’il ne comprend pas le pousse même à redouter ses rêves. Alors, plutôt que de compter sur la lecture du Journal de Mickey pour trouver le sommeil, il fait venir son père. Sorte de Socrate, pratiquant une maïeutique humoristique et délicate, celui‑ci amène progressivement son fils à découvrir le bonheur de penser par soi-même, d’accepter d’être au bord de l’abîme quand les réponses sont infinies. Au terme de leur échange, l’enfant s’apaise et se glisse dans ses songes.

Il y aura beaucoup d’autres soirs pour se livrer à nouveau aux plaisirs légers et graves des interrogations sur les frontières de notre monde, sur les énigmes de la condition humaine. Sur le fond, la pièce de Jon Fosse, traduite par Terje Sinding, est un cadeau rare fait aux jeunes spectateurs. Elle les respecte profondément.

De Kant, Matthieu Loos soumet une adaptation. Un seul comédien au lieu des deux contenus dans l’œuvre originale. Vertiges, nouveau titre choisi, tient plus de la performance que du jeu théâtral. L’acteur, représentant à la fois le père et l’enfant, se contente de dire simplement le texte. Les propositions incises (dis‑je, dit le père) suffisent à reconnaître qui parle. L’attention principale est portée sur la fluidité corporelle des déplacements et sur la manipulation précise des objets délimitant les espaces : des bandes collées au sol pour marquer les bornes arbitraires de l’univers, la maquette d’une chambre, une porte définie par un projecteur en contre-jour, l’évocation de la mère par une paire de chaussures…

Une certaine froideur

Pour accompagner une langue épurée, le metteur en scène opte pour la sobriété des moyens scéniques. Il en résulte une certaine froideur quelque peu contradictoire avec la quête fiévreuse des questionnements de Kristoffer, le jeune garçon. Ainsi en est-il aussi des interventions du père, systématiquement amènes. Distance semble être le maître mot de l’interprétation décidée.

Sensiblement, on finit par se souvenir surtout de l’ouverture du spectacle. Un long moment, la scène et la salle sont plongés dans l’obscurité. Trou noir, celui précisément qui obsède les physiciens et les astronomes. La musique sidérale de Sylvain Freyermuth invite poétiquement à une immersion dans les mystères métaphysiques de notre galaxie que la suite de la représentation ne soutient que par les mots prononcés sans émotion. Dommage.

Dans l’échange proposé au public, sitôt les applaudissements achevés, le metteur en scène, le comédien et un philosophe ami de la compagnie s’essaient à dialoguer avec les jeunes spectateurs. Est‑ce trop tôt ? L’ont‑ils assez préparé ? Ces questions valent la peine de leur être posées pour qu’ils réfléchissent à la meilleure manière de recueillir la parole essentielle des enfants. Difficile d’improviser un café philo. 

Michel Dieuaide


Vertiges, d’après Kant de Jon Fosse

L’Arche est agent théâtral du texte représenté

Traduction : Terje Sinding

Conception et mise en scène : Matthieu Loos

Interprétation : François Tantôt

Création lumières : Mikaël Gorce

Collaboration direction d’acteur : Élise Dano

Scénographie : Mathias Baudry

Costumes : Noémie Edel, Julie Lascoumes

Musique : Sylvain Freyermuth

Production : Cie Combats absurdes

Théâtre des Clochards-Célestes • 51, rue des Tables-Claudiennes • 69001 Lyon

www.clochardscelestes.com

billetterie@clochardscelestes.com

Tél. 04 78 28 34 43

Représentations : du 28 octobre au 6 novembre 2016, mardi, mercredi, jeudi à 14 h 30 et 19 heures, vendredi à 14 h 30 et 20 heures, samedi, dimanche à 17 heures

Relâche : le 31 octobre et le 1er novembre

Durée : 40 minutes + échange avec un invité

Jeune public dès 7 ans

Tarifs : 15 €, 8 €