Vinovalie Jazz Festival, 2e chronique

Maurane © Jean-Ffrançois Picaut

L’âme du swing chantait dans tous les verres

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Chaque fois dans une nouvelle cave, Vinovalie pratique l’alliance du vin, du bien-manger et du jazz. Un programme alléchant où la convivialité et l’esprit festif sont des maîtres mots.

Jeudi 25 juillet 2013

Rabastens : les Jazzpilleurs et un nouveau lieu de réception

Connaissez-vous « loin-de-l’œil », « fer servadou » dit aussi « braucol », « mauzac » ou « malbec » ? Non, malgré leurs noms évocateurs, ce ne sont pas des noms de voyous au grand cœur ou de chefs indiens. Pas plus que « la négrette » ne désigne une gourgandine ! Celle-ci, que l’on dit de caractère difficile, est tout simplement l’un des cépages du rosé qui fait l’orgueil de Fronton, Inès. Ce vin a été couronné au Mondial du rosé à Cannes en 2008 et plusieurs fois vice-roi depuis lors. Les trois premiers sont des cépages typiques du territoire de Gaillac. Mauzac et loin-de-l’œil sont deux des cépages du fameux blanc perlé tandis que fer servadou est le cépage unique du comté Tolosan « So chic » rouge. Malbec, lui, typique de Cahors, donne le Démon noir rouge ou rosé. Voilà, entre autres, ce qu’apprennent (et pas de façon théorique !) les festivaliers de Vinovalie Jazz que la chaleur quasi caniculaire n’a pas empêchés de se retrouver à Rabastens pour la deuxième soirée de fête.

L’apéritif, qui dure quelques heures ici, était animé par les Jazpilleurs, un sextette régional plutôt axé sur le swing et le style New Orleans (en gros de 1910 à 1950). Sous la houlette de leur leader Tim Saour (saxophone ténor et chanteur), ils ont assuré trois sets de bonne venue et fort sympathiques.

C’était aussi l’occasion d’inaugurer le nouveau lieu de réception de la cave de Rabastens, magnifique, il faut le dire. Cette belle rénovation est due à deux jeunes femmes : Mmes Dominique Metarsi (architecte) et Séverine Vedy (économiste). Leur travail a été unanimement loué par les personnalités présentes : MM. Francis Terral (président de Vinovalie), Marc Bretou (président de la cave des vignerons de Rabastens), Christian Malet (président de la cave de Técou), Jean‑Michel Rigal (président de la cave de Fronton), David Girard (président de Côtes-d’Olt), Jacques Tranier (directeur général de Vinovalie), Jacques Valax (député du Tarn-Nord), sans oublier Mme la préfète du Tarn.

Vendredi 26 juillet

Fais-moi un swing par Maurane : le concert d’une grande chanteuse

Maurane a toujours eu une belle voix, mais elle s’est encore bonifiée avec le temps. Sa puissance est aujourd’hui enviable. Elle possède une ample tessiture et elle en joue en artiste consommée, dans tous les registres, léger, humoristique, dramatique, voire pathétique. Le public ne s’y est pas trompé : il est venu en nombre et lui a fait un triomphe. Et il a eu d’autant plus raison que pour ce Fais-moi un swing, dont c’est la deuxième tournée d’été, Maurane a confié la direction musicale au grand guitariste de jazz qu’est Louis Winsberg. Je trouve d’ailleurs que ses qualités de soliste n’ont pas été suffisamment exploitées dans ce concert. Le musicien marseillais s’est entouré de Stéphane Huchard (batterie et boîte à rythmes) et de Jean‑Christophe Maillard (saz et voix).

Le concert commence avec la chanson de Peter Lorne, l’Un pour l’autre, présentée façon grand style avec prélude de Huchard et Maillard et entrée de Maurane en voix off sous les applaudissements du public. Le programme est composé de titres fort anciens comme Toutes les mamas (1989), sans doute son premier tube. On pourrait également citer dans ce registre la Complainte de la serveuse automate qu’elle reprend ici malgré ses rapports difficiles avec le personnage de Marie-Jeanne dans la deuxième version de Starmania (1988). Il y aussi l’inévitable Sur un prélude de Bach (Jean‑Claude Vanier, 1991) qu’elle présente avec beaucoup d’humour. Mais on y trouve aussi des titres de son dernier album Fais-moi une fleur (2010) comme Pas belle sur un texte de François Morel, chanson qu’elle présente avec une grande sensibilité en évoquant l’adolescence de sa fille, ou C’est pas dans ma nature. Parmi les titres tirés de cet album et pour le versant chanson française de ce concert, ma préférence va au Diable dans la bouteille de Juliette que Maurane présente avec émotion et drôlerie, une forme d’autodérision aussi. Elle y montre non seulement ses qualités de chanteuse mais aussi de réels talents de comédienne et… de danseuse !

Pour le côté swing et jazzy, on trouve évidemment quelques titres empruntés au répertoire de son ami Claude Nougaro. Toulouse fait évidemment un tabac dans cette contrée du Sud-Ouest. L’interprétation d’Armstrong, en rappel, déchaînera aussi les bravos. Mais Maurane a également eu le bon goût d’interpréter deux compositions de Louis Winsberg, Se apago una estrella et Différence. Deux titres qui lui ont permis de mettre en évidence ses capacités comme interprète de jazz et ont donné un peu de liberté d’expression à Winsberg.

C’est une véritable ovation qui a accueilli la fin du concert. Malgré une présence sur scène de près de deux heures, Maurane a encore accordé trois rappels à un public insatiable. Pour terminer cette soirée, elle ne pouvait mieux choisir que l’admirable Alfonsina y el Mar, également illustrée très souvent par Avishaï Cohen. Maurane, superbement accompagnée par le seul Louis Winsberg, en a donné une version très sensible. Une émotion à la hauteur de ce grand concert. 

Jean-François Picaut


Vinovalie Jazz Festival, du 21 juillet au 26 juillet 2013

5e édition

Site : www.vinovalie.com

Courriel : jazz@vinovalie.com

Tél. 05 63 57 18 10

Photo : © Jean‑François Picaut