« Blockbuster », de Nicolas Ancion et du Collectif Mensuel, Nuits de Fourvière, Théâtre de la Renaissance à Oullins

« Blockbuster » © Dominique Houcmant-Goldo « Blockbuster » © Dominique Houcmant-Goldo

Insurrection théâtrale

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

En 1973, à Paris, le sinologue, cinéaste et ex-situationniste René Viénet connaissait le succès avec la projection de La dialectique peut-elle casser des briques ?, film de kung‑fu de Hong‑Kong dont il avait détourné les dialogues en postsynchronisation. Des paysans coréens et des soldats de l’armée japonaise d’occupation s’affrontaient en assauts répétés d’arts martiaux, mais s’exprimaient dans la rhétorique délirante de clans à l’idéologie stalinienne. C’est ce même procédé, augmenté de musique, de bruitages et de la présence physique de comédiens et musiciens sur scène assumant le doublage d’images de films américains en direct, qu’utilise le Collectif Mensuel, venu de Liège, pour réaliser un spectacle détonant et insoumis intitulé Blockbuster. Le résultat : un moment de théâtre exceptionnel d’engagement, d’humour et de performances scéniques.

Pendant une heure et vingt minutes, sous la tutelle de l’effigie léonine et rugissante de la Metro Goldwyn Mayer, se déroule une pièce-film réalisée à partir de 1 400 plans-séquences puisés dans 160 blockbusters hollywoodiens.

À rebours des scénarios habituels, nourris essentiellement d’une trame famélique, de scènes apocalyptiques, de poursuites infernales, d’étalages de la richesse, de situations mélodramatiques et de délires pseudo-scientifiques, se développe une intrigue pirate au contenu subversif.

En résumé, Blockbuster à l’aide de quelques figures emblématiques des superproductions s’attaque aux trois ennemis principaux des démocraties occidentales : un patron des patrons carnassier s’opposant à un projet gouvernemental de taxer les hauts revenus, un magnat de la presse empêchant la publication d’un article d’une jeune journaliste sur les excès de la finance, un Premier ministre veule décidant d’appliquer la loi martiale pour étouffer la rébellion des citoyens. Joyeusement irrévérencieux, allègrement anarchisant, le scénario procède à un véritable jeu de massacre qui libère la parole des plus démunis et de ceux qui militent pour un monde meilleur. Pour dénoncer les crimes du néolibéralisme, on n’est pas loin d’imaginer que le Collectif Mensuel et Nicolas Ancion, coauteur des textes, ont dans leur bibliothèque l’ouvrage de Julien Coupat et du groupe de Tarnac : l’Insurrection qui vient.

Cette création collective est un évènement réjouissant. En dépit de son contenu éminemment dramatique, elle utilise comme arme principale le rire.

Un rire cathartique qui déferle tout au long de la représentation, soutenu par une ironie dévastatrice de tous les clichés de la pensée unique. Une autre qualité est l’absence de démagogie scénique. Le plateau se présente comme un laboratoire artisanal désuet où s’accomplissent avec virtuosité l’interprétation des personnages, les changements de voix, l’exécution de la musique et des bruitages. C’est éblouissant d’inventivité et de précision. Enfin, la création d’un rapport convivial et complice avec les spectateurs évite tout didactisme et toute arrogance.

Tous les comédiens, musiciens et techniciens qui pilotent magistralement l’infernal vaisseau de Blockbuster sont à féliciter. Héros involontaires de ce roboratif détournement, Julia Roberts, Sean Penn, Brad Pitt, Harrison Ford, Judi Dench, Michael Douglas, Tom Cruise et Sylvester Stallone peuvent remercier le Collectif Mensuel de les avoir distribués dans des rôles qui redorent leur image. 

Michel Dieuaide


Blockbuster, écrit par Nicolas Ancion et le Collectif Mensuel

Conception et mise en scène : Collectif Mensuel

Interprétation : Sandrine Bergot, Quentin Halloy, Baptiste Isaia, Philippe Lecrenier, Renaud Riga

Vidéo et montage : Juliette Achard

Assistanat : Édith Bertholet

Scénographie : Claudine Maus

Création éclairage et direction technique : Manu Deck

Créateur sonore : Matthew Higuet

Coach bruitage : Céline Bernard

Régie vidéo : Lionel Malherbe

Photos : © Dominique Houcmant‑Goldo

Administration compagnie : Adrien De Rudder

Création Collectif Mensuel

Production : Cie Pi 3,1415

Coproduction : Théâtre de Liège, Théâtre National Bruxelles

Avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles / Service Théâtre

En partenariat avec Arsenic2

Théâtre de la Renaissance • 7, rue Orsel • 69600 Oullins

www.nuitsdefourviere.com

Billetterie : contact@nuitsdefourviere.com

Tél. 04 72 32 00 00

Représentations : les 15, 16, 17, 18, 19 juin 2016 à 20 heures

Durée : 1 h 20

Tarifs : 25 euros, 20 euros