« Ce soir, oui tous les soirs – Jean Vilar, notes de service Tnp 1951 – 1963 », exposition au Théâtre National Populaire à Villeurbanne

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« De Vilar à Bellorini »

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

C’est une toute petite exposition qui surplombe l’immense hall d’entrée du TNP de Villeurbanne. Quelques mètres carrés vitrés qu’on voit d’en bas en arrivant et, dans cet écrin, des pièces rares qui permettent de revenir à l’origine du TNP, comme autant de fils directeurs d’une sorte de filiation à laquelle Jean Bellorini semble être attaché.

Cette exposition est constituée essentiellement des Notes de services, habituellement conservées comme des reliques à la Maison Jean Vilar à Avignon, à deux pas du Palais des Papes. Toutes écrites par Jean Vilar lui-même, de sa main ou dactylographiées par ses secrétaires, elles brossent un portrait fidèle de l’homme de théâtre et de la vie des premières années du TNP, alors en lieu et place du Théâtre de Chaillot (avant d’être décentralisé à Villeurbanne).

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© Margot Laurens – Association Jean Vilar

Tout autant que les vitrines qui les abritent, ces notes de services montrent d’abord un homme transparent qui entend ne rien cacher de ses ressentis, de ses déceptions, de ses attentes par rapport au travail quotidien qu’exige le théâtre. Il s’adresse ainsi quasi tous les jours à tous, qu’ils soient comédiens, costumiers, décorateurs ou ouvreurs. Il livre publiquement comment il a jugé la représentation de la veille, n’hésitant pas à émettre des critiques au vu de toute l’équipe, n’étant pas avare de ses conseils pour les suivantes. Écrites pour être lues par tous, affichées en bonne place dans le théâtre, elles peuvent s’adresser à tel ou tel, jamais blessantes, mais sévères s’il le faut : pas de politesse de bon ton, mais une exigence de loyauté et de vérité. Ainsi, à propos de l’interprétation de Macbeth : Cette pièce commence dans un bain de sang. Elle se termine par une tête coupée. D’où l’importance d’un ton grave, haletant (…). Pas de sourires, pas de grâces, pas de ton chantant. Non plus : pas de ton scrogneugneu, pas de menton en avant, pas de glorioles verbales. Le respect des textes doit passer avant le désir d’être remarqué.

Parcours dans le TNP des origines

Les notes parlent aussi de Vilar attaché au bien public et soucieux qu’on entretienne bien le matériel. Ainsi n’hésite-t-il pas à morigéner ceux qui quittent leur costume dès leur sortie du plateau, le laissant en tas, par terre, quitte à manier élégamment la menace : Ce bon conseil tient lieu, bien sûr, d’avertissement. De la même façon, il n’hésite pas à féliciter tel acteur sur son jeu. Ces notes nous font pénétrer dans l’envers du décor, dans les coulisses du théâtre.

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© Association Jean Vilar

C’est une pensée vivante, spontanée, dont témoignent les innombrables ratures sur ces bouts de papier. On découvre un Jean Vilar attachant, intransigeant, inédit, drôle, incisif, militant, exigeant, mais aussi assumant clairement sa position de chef de troupe et de directeur de théâtre. N’y dit-il pas, sur l’une au l’autre, que seul « le chef » décide des distributions, du programme, etc. ?

Par-delà les relations au sein de la troupe, ces notes en disent long sur les ambitions de Jean Vilar pour un théâtre réellement national (donc un service public. Tout comme le gaz, l’eau, l’électricité) et populaire, ouvert tous les jours – d’où le titre de l’exposition Ce soir, oui, tous les soirs – mais qui commence suffisamment tôt pour que les spectateurs puissent rentrer chez eux, ensuite, à une heure pas trop tardive. Pour lui, faire avec sa troupe du bon et beau théâtre constitue l’essentiel. Ces notes regorgent de remarques sur les textes, sur les personnages, sur le contexte historique pour que tout un chacun soit au même niveau de connaissances que le metteur en scène.

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© Margot Laurens – Association Jean Vilar

L’exposition a fait l’objet d’une mise en scène signée par une architecte scénographe, Maud Martinet, qui les fait dialoguer avec de grandes photos montrant la préparation des comédiens dans leur loge, des répétitions, des instantanés de la vie cachée du théâtre, mais aussi un morceau d’histoire. Les notes, faites pour être lues, sont aussi dites et le visiteur est accompagné par des voix. Cependant, elles ne seront pas cantonnées dans cette exposition appelée d’ailleurs à partir en tournée, mais vont être distribuées par Jean Bellorini à des comédiens pour être ensuite diffusées en vidéo en divers lieux du TNP, dans un couloir, dans une loge, dans les cintres et, ainsi, le peupler, l’animer.

On verra par la suite si Bellorini, dont les mises en scène enchantent et surprennent par leur côté novateur, marche dans les pas de ses illustres prédécesseurs, Vilar bien sûr, mais aussi Vitez, Planchon pour ne citer qu’eux. En tout cas, il multiplie les clins d’œil dans leur direction, comme avec le mensuel, dont le numéro 1 vient de paraître et qui entraîne les spectateurs dans les coulisses de la création. Il lui a donné le titre de sa première parution en 1924 : Bref, instants de la création

Trina Mounier


Ce soir, oui tous les soirs – Jean Vilar, notes de service TNP 1951 – 1963, exposition

TNP • 8, place Lazare Goujon • 69100 Villeurbanne

Du 2 novembre au 19 décembre 2020

Du 15 au 19 décembre 2020, puis du 4 au 20 janvier 2021, ouverture une heure avant le début des spectacles, fermé le lundi

Réservations : 04 78 03 30 00 • Réservation en ligne

Entrée libre

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