« Death Breath Orchestra » d’Alice Laloy, Nouveau Théâtre de Montreuil

« Death Breath Orchestra » d’Alice Laloy © Jean-Louis Fernandez « Death Breath Orchestra » d’Alice Laloy © Jean-Louis Fernandez

La poétique des tubes

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Avec « Death Breath Orchestra », Alice Laloy nous offre un nouvel opus post apocalyptique et saugrenu. Inclassable mais toujours aussi inventif, il fait entendre une musique qui lui ressemble. À voir, à écouter, en s’extasiant devant chaque surprise.

Quand on sait que Death Breath Orchestra est une commande de Mathieu Bauer, le directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil si féru de musique, on ne s’étonne pas de découvrir des musiciens comme protagonistes de la nouvelle création d’Alice Laloy. Mais œuvre de commande ne signifie pas œuvre d’allégeance, et nous retrouvons pour notre plus grand plaisir, la petite musique spécifique de la metteure en scène. Loin de se réduire à une dimension musicale, la proposition est en effet encore une fois plurielle et délicieusement inclassable.

Comme elle l’avait fait avec Sous ma peau Sfu.ma.to, variation géniale sur une technique picturale, Alice Laloy s’empare de fait d’un concept, le souffle, pour l’interroger. Il est à la fois ce que sculpte l’instrument à vent, ce qui menace quand les cieux grondent, ce qui fait vie. Les Anciens déjà méditaient sur ce pneuma, animus/a, spiritus qui, s’échappant à la dernière heure, emporte peut-être l’âme sur ses ailes. Vaste programme, assez mystérieux et philosophique pour interdire une simple déclinaison formelle, mais tenter l’artiste.

C’est aussi ce souffle qui nous a tant manqué deux ans durant, quand nous étions cloitrés pour éviter la maladie. Nous sommes tels les lointains cousins des cinq musiciens qui, comme des rescapés d’un Tchernobyl planétaire, sont retranchés dans un hangar que prend d’assaut sporadiquement le souffle délétère de l’extérieur. Cette étrange coïncidence de la création n’est heureusement pas soulignée : on nous laisse construire en toute liberté des passerelles et errer entre burlesque et science-fiction.

« Death Breath Orchestra » d’Alice Laloy © Jean-Louis Fernandez
« Death Breath Orchestra » d’Alice Laloy © Jean-Louis Fernandez

Beckett et Tati sont dans un hangar…

En définitive, plus que l’air fétide du temps, on perçoit un air de famille entre ce spectacle et « ces grands frères ». Ici, comme dans Pinocchio live, par exemple, on s’interroge sur la frontière entre l’animé et l’inanimé, la vie et la mort… ou la naissance. Les personnages tentent désespérément parfois d’insuffler la vie à leurs doubles, totem et seules effigies d’un monde humain anéanti : on oscille souvent entre burlesque et absurde. Ici encore, tout sur scène fait partie de la partition  : humains et objets, scénographie et costumes, sons et images.

À ce titre, il faut souligner qu’Alice Laloy a su s’entourer d’une formidable équipe. Non seulement, les musiciens ont des dégaines mais ils démontrent un sens du tempo burlesque et de réelles qualités de jeu. Les mannequins à taille humaine, doubles des musiciens, sont, eux saisissants. Les trouvailles de scénographie, les costumes, objets et jeux d’orgue pneumatique sont des pépites. Chapeau à Jane Joyet, Louise Digard, Anne Yarmola, Carole Allemand, Julia Diehl, Laurent Huet, Einat Landais, Alexandra Leseur-Lecocq, Benjamin Hautin, Benjamin Vedrenne, Sarah Dureuil, Xavier Tiret et à tous les autres !

Résultat : un spectacle saugrenu, glaçant et joyeux, familial tout en étant éminemment philosophique. On vous laisse découvrir les innombrables surprises (jusque dans la distribution), les joies. En tout cas, ne passez pas à côté de cet objet théâtral non identifié ! 

Laura Plas


Death breath orchestra, d’Alice Laloy

Site de la compagnie

Écriture et mise en scène : Alice Laloy

Composition musicale : Éric Recordier

Avec dans l’orchestre : Hanno Baumfelder, Tom Caudelle, Augustin Condat, Jérôme Fouquet, Abel Huré, Fanny Meteier,

Durée : 1 heure

À partir de 14 ans

Nouveau Théâtre de Montreuil • 63, rue Victor Hugo • 93100 Montreuil

Du vendredi 8 octobre au dimanche 24 octobre 2021, du mardi au vendredi à 20 heures (sauf le  8 et le 12 à 19 heures), samedi à 18 heures, dimanche à 18 heures (relâches les lundis et le dimanche 10 octobre)

De 8 € à 23 €

Réservations : 01 48 70 40 71 et sur la billetterie en ligne du théâtre

Tournée :


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