« Escape Game », cie Amélie Poulain, « Solo », Critiques, La Vouivre, CDA, Enghien-les-Bains

Solo © La Vouivre

Métamorphoses numériques

Léna Martinelli
Les Trois Coups

Bonnes formules pour découvrir des petits formats, les Plateaux partagés du Centre des Arts d’Enghien-les-Bains mettent en lumière la rencontre entre la danse et les technologies numériques. Le second opus de la saison a mis à l’honneur les compagnies Amélie Poulain et La Vouivre. Deux univers originaux qui proposent des réflexions sur la place du regard, dans une société en proie au vertige du doute, et du corps, dans un monde de plus en plus standardisé. Deux expériences innovantes sur la place qu’on laisse au vivant.

Qui dit « petits formats », ne signifie pas forcément « petits moyens ». En l’occurrence, il s’agit ici de solos ou de courtes chorégraphies qui permettent de découvrir des univers variés. Si la pratique est courante dans les musiques actuelles ou l’humour, afin de mettre en avant un jeune talent, c’est moins fréquent sur nos scènes. Cette initiative est donc à relever, nous qui aimons découvrir des créations en avant-première, ce qui était le cas ce soir-là.

Amélie Poulain nous invite à repenser l’altérité et l’espace-temps dans un duo d’interprètes qui évoluent comme un seul et même être, hybride et irréel. Dans cet univers inspiré des jeux vidéo, cette sorte de divinité augmentée, fait vibrer des harmonies urbaines, comme par magie. Artiste polymorphe, Amélie Poulain mêle graphisme et surréalisme à une danse influencée par le waacking et le hip-hop.

Cette compagnie récente développe un travail de recherche autour du ludisme et de la métamorphose. Le jeu de prédilection de sa chorégraphe : se transformer. Amélie Poulain, qui dit « questionner l’organique versus le numérique », cherche à révéler les dissonances entre vivant et mystique, entre virtuel et réel. Chacune de ses créations porte d’ailleurs un nom de jeu. Dans Escape Game, les corps résonnent sur du beatbox, dans un écrin de projection numérique qui brouille les repères. La synchronisation relève du travail d’orfèvre, car mouvements, son, vidéo et lumière interagissent parfaitement.

Solo vertigineux de La Vouivre

Le solo de l’autre compagnie joue également sur le trouble entre réel et illusion numérique, mais dans une version plus épurée. Du mystère, il y en a à la pelle, dans ce scénario explorant les notions de seuil et de marge, entre lumière et obscurité. Comment trouver sa place ? Présentée comme de « la danse fiction, dans paysage augmenté », cette création titille notre perception, jouant subtilement sur les apparitions et disparitions, comme sur les irruptions et déformations. Ce qui est visible ne l’est plus la seconde suivante. Or, l’invisible devient tangible. Que voir dans ce qui est caché ? En quoi l’espace définit-il notre identité ?

Par moments, on pense à Limbes d’Étienne Saglio (lire la critique ici) ou Vortex de Phia Ménard (lire la critique ici), surtout pour l’utilisation des bâches plastiques. Chaque tableau est vivant et la plupart sont d’une beauté stupéfiante. On reconnaît la patte sensible d’Adrien Mondot qui transforme le corps de la danseuse grâce à ses projections oniriques. Sur le plan chorégraphique, cette plongée dans l’impermanence se traduit par un dialogue entre mouvement, lumière et numérique. Dans une écriture ciselée, Bérengère Fournier et Samuel Faccioliles font se répondre les disciplines artistiques, avec fluidité et délicatesse.

Chaque traversée de l’espace s’apparente à une errance, entre échec et possibilité de renaissance : une magnifique allégorie de mondes perdus ou à reconquérir. Une ultime une tentative d’habiter le monde ? Remarquable, la composition musicale de Julien Lepreux – une matière sonore qui restitue le chaos – contribue aussi à la réussite de l’ensemble. Cette immersion sensorielle est décidément d’une grande modernité. À suivre de près, car ce solo est la première étape de Vivarium à découvrir en 2026. On a hâte !

Léna Martinelli


Escape Game, cie Amélie Poulain
Compte Instagram de l’artiste
Chorégraphe : Amélie Poulain
Compositrice / beatbox live : Julieta Leca
Avec : Marcell Gressier et Amélie Poulain
Conception digitale : Virginie Premer
Conception lumière : Virginie Galas
Régie lumière : Mehdi Mazouzi
Costumes : Gilles Asquin
Duré : 45 min
Dès 10 ans

Solo, La Vouivre
Site de la cie
Conception et chorégraphie : Bérengère Fournier et Samuel Faccioli
Avec : Bérengère Fournier
Création médias : Jéronimo Roe
Conception numérique : Adrien Mondot
Musique : Julien Lepreux
Régie lumière : Lila Burdet et Jean-François Desboeufs
Conseils dramaturgiques : Gaëlle Jeannard
Régie générale : Laurent Bazire
Durée : 30 min

Tournée ici

Plateau partagé #2 danse et arts numériques
CDA Centre des Arts d’Enghien scène conventionnée d’intérêt national art et création
• 12-16 rue de la Libération • 95210 Enghien-les-Bains
Tel. : 01 30 10 85 59 • Mail
Spectacles vus le 13 mai 2025

Photo de une : Solo © La Vouivre

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