« Fauxfaire Fauxvoir », Thierry Collet, Critique, Théâtre de Sartrouville et des Yvelines

Faussaire ?

Léna Martinelli
Les Trois Coups

À quoi faire confiance, nos yeux, notre cerveau, les réseaux sociaux ou les intelligences artificielles ? Voir et faire peut aider à déjouer les illusions. C’est en tout cas la démarche du magicien Thierry Collet qui s’évertue à nous (r)éveiller depuis tant d’années. Dans un format original, le Phalène invite le public à un parcours cognitif et connecté qui modifie notre perception de la réalité. Une initiation ludique à la critique médiatique et au doute philosophique.

Dans cette dernière création, adolescents et adultes sont invités à des expériences en trois temps : des « travaux pratiques » pour tester nos sens et notre cerveau ; une performance interactive pour comprendre à quel point les technologies numériques nous influencent aujourd’hui ; un final spectaculaire pour s’émerveiller et, donc se faire avoir.

Le parcours ménage de multiples surprises, jusqu’au final, sorte de feu d’artifice consistant à battre un record monde. Dans les Multiples cartes choisies, le trio déploie, non sans malice, toutes les facettes d’un grand tour du répertoire de la prestidigitation. Car on aime bien se laisser surprendre, aussi. Questionnement sur l’art de la magie, cette conférence / performance est surtout une mise en abîme des travers de nos sociétés.

Se déplacer, c’est changer de point de vue

Afin de mieux maîtriser les outils de manipulation du réel, quoi de plus efficace que de s’en emparer concrètement ? Illusions sensorielles, effets optiques, virtuosité gestuelle et oratoire, mentalisme… Ces expériences nous incitent à inventer, mais pas vraiment dans les règles de l’art. On n’y apprend pas que des trucs. On en sort plus avisé : « Dans mon travail, j’aime que les effets magiques ouvrent des portes philosophiques, politiques et critiques, sans renier bien sûr la jubilation que cet art populaire permet de créer. Je rêve d’une magie qui nous réveille plutôt que de nous endormir », explique Thierry Collet.

1 © Romain Lalire ; 2 et 3 © Julien Helaine

Ici, les magicien·nes ne sont pas des spécialistes de l’arnaque. Ils utilisent leur discipline pour démontrer pourquoi nos sens eux-mêmes nous jouent des tours et comment certains outils (caméras de nos téléphones, nos objets connectés) peuvent façonner notre conception du monde. Depuis ses débuts, Le Phalène dévoile les dessous de son art dans le but de dénoncer le recours facile au mensonge, l’exploitation des failles de notre cerveau, le détournement de l’attention, les pouvoirs illimités des technologies numériques. Chercheur infatigable, curieux, citoyen du monde, Thierry Collet prend en compte les évolutions récentes, notamment l’IA, et l’hybridation de plus en plus grande entre l’humain et les machines, démontrant de façon implacable comment ces dernières sont utilisées pour la fabrication d’images, de rumeurs, de Fakes.

Suivez les guides !

Dans un esprit d’éducation populaire, chacun·e est invité·e à se réapproprier les outils de la création, à changer de perspectives. Alors, dans cette déambulation, on suit les guides tout en restant alerte et critique. Traditionnellement, les magicien·nes font monter les spectateur·ices sur scène, moins dans un esprit collaboratif que pour le bluff. Dans Fauxfaire Fauxvoir, il est autrement mis à l’épreuve : peut-on vraiment se fier à ce que l’on voit ? Décryptons ! Les dispositifs et accessoires sont très bien pensés, dans un esprit artisanal. Pourquoi donc accepter de se laisser ainsi pénétrer, dans nos vies, nos pensées, nos secrets ? Décodons et aiguisons notre regard. Du questionnement à la réalisation, le public est donc vraiment actif.

Une pratique nécessaire, une expérience éclairante qui aide à comprendre la fabrique des faux-semblants. Oui, faut faire et faut voir pour pas se faire avoir par des faussaires !

Léna Martinelli


Site de la cie
Conception et coordination générale : Thierry Collet

Collaboration artistique : Cédric Orain
Interprétation et construction des accessoires : Soria Ieng, Nicolas Gachet, Thierry Collet
Durée : 1 h 30
Tout public à partir de 11 ans / scolaires à partir de 13 ans

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines CDN • Place Jacques Brel • 78500 Sartrouville • Tel. : 01 30 86 77 79
Les 19 et 20 février 2026

Tournée ici :

• Du 26 au 28 février, Théâtre Nouvelle Génération CDN, à Lyon
• Du 18 au 20 mars, Festival Spring / La Brèche PNC de Normandie, en partenariat avec Le Trident, scène nationale, à Cherbourg-en-Cotentin
• Les 8 et 9 avril, La rose des vents scène nationale de Lille Métropole Villeneuve-d’Ascq, dans le cadre du festival 100 % Magie
• Le 14 avril, ECAM Espace culturel André Malraux, avec le soutien de Cirq’Évolution, au Kremlin-Bicêtre
• Le 17 avril, Visages du Monde, à Cergy
• Les 22 et 23 avril, TNN Théâtre national de Nice
• Du 5 au 9 mai, Grande Halle de La Villette, à Paris

Photo de une © Romain Lalire

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