La Nuit du Cirque 2021, 3e édition, organisée par Territoires de Cirque

L-Hiver-Rude-La-Générale-Posthume © Alain-Julien.jpg « L’Hiver rude », de la Générale Posthume © Alain Julien

« Sois phare », cher public… nous ferons le reste !

Par Florence Douroux
Les Trois Coups

Après le format numérique de l’année dernière, la Nuit du Cirque revient au triple galop, les 12, 13, et 14 novembre, dans une dimension internationale. Voici une (petite) sélection.

Où en est le cirque ? Que raconte-t-il ? Sa Nuit se profile. Celle-ci sera de chair et d’os. Quelle joie ! Tellement révélatrices sont les quatre injonctions proposées dans cette immense programmation : « Embrasse-moi », « libère-moi », « embarque-moi », « égare-moi ».

Territoires de cirque, avec le soutien du ministère de la Culture, et en partenariat avec Circostrada, Circusnext et l’Institut Français, a donné une réelle envergure à l’événement, créé en 2004 dans l’élan de l’Année des Arts du cirque. Au-delà de son réseau (50 structures – dont les 13 Pôles nationaux cirque), de nombreuses structures se sont associées à cette nouvelle édition, partout en France et à l’étranger : scènes nationales ou conventionnées, théâtres de ville, services culturels, festivals, lieux de patrimoine, ou établissements de production, etc. Les futurs professionnels sont présents, eux aussi, avec la participation active des écoles de cirque.

Une photographie du paysage circassien va donc se dévoiler, forte dans son propos, son originalité, sa vérité. Démontrer que le cirque est « un art en phase avec les réalités du monde contemporain, un formidable outil pour initier des politiques culturelles ambitieuses, car il agrège et relie », tel est l’un des objectifs annoncés par Philippe Le Gal, président de Territoires de Cirque et directeur du Carré Magique (pôle national cirque en Bretagne).

Explorer l’humain, son intimité, son rapport à l’autre

Est-ce la période que nous venons de vivre ? Beaucoup de nouvelles créations s’interrogent sur l’humain. Sa fragilité physique et psychique est le fil rouge dOmbres portées, de la compagnie l’Oublié(e) (Raphaëlle Boitel). Fragilité encore avec le Poids de l’âme, dans lequel Chiara Marchese, alliant fil souple et marionnette, joue avec la notion de l’instabilité (lire la critique ici). Le sillon émotionnel est exploré par Sanja Kosonen, dans Cry me a river : la « rivière profonde » de l’être humain, ses maladresses, ses pleurs sont ici décryptés, dans une forme pluridisciplinaire alliant danse, arts du cirque et arts plastiques.

Intimité profonde avec la question du genre, et la tension d’une réalité qui vous rappelle à l’ordre : le Projet Faille (Léa Lepêtre, en trapèze ballant basse hauteur, Martin Richard, Johannes Holme Veje, en portés et cadre coréen) montre des individus décalés dans un monde qui les dépasse : comment s’extraire de certaines normes pour exprimer son identité ? Un terme choisi avec soin : la « faille évoque cette petite faiblesse de celui qui rate, et à qui on veut rendre hommage, et elle signifie aussi l’ouverture… alors restons-y, il ne faut pas abandonner ! ».

Le spectacle Cross, de la compagnie Kiaï (Cyrille Musy) et de Fekat Circus (cirque éthiopien) vient illustrer le thème de la rencontre. Il présente les portraits croisés de ses interprètes avec cette question : « Qui es-tu, artiste de cirque » ? Mât chinois, acrobatie, roue cyr, un mix des cultures porté par quatre acrobates.

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« Cross », de la cie Kiaï et Fekat Circus © Joseph Banderet

Inévitable rencontre, avec Tiempo, où Justine Berthillot et Juan Ignacio Tula évoluent à l’intérieur d’un espace clos tournant sur lui-même. On ne s’évade pas d’une telle histoire, sauf par projection ou phantasme. C’est le thème de cette ronde hypnotique.

« Une rencontre tissée serrée où chacun lance en écho son intimité », c’est ce que nous donne à voir la Mondiale Générale, dans Rapprochons-nous. Alexandre Denis et Frédéric Arsenault sont ces acrobates au bastaing dont l’immobilité « collée-serrée » semble la seule issue pour éviter la chute (lire la critique ici).

Aller au-delà

Le dépassement de soi est un incontournable au cirque. Évoquons ici le spectacle Barrières, de la compagnie Bêstîa, fondée par Wilmer Marquez (co-fondateur de la compagnie El Nucleo). Penser les barrières non comme des freins, mais comme des déclencheurs, dépasser les limites physiques et rêver d’abolir toute frontière. Une recherche sur les corps, et les portés acrobatiques, inspirée par l’univers musical de la chanteuse Lhasa De Sela.

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« Barrières », de la compagnie Bêstîa © Sylvain Frappat

Au-delà de nos habitudes aussi. Avec l’Hiver rude, de la Générale Posthume. Gwen Buczkowsky et Bambou Monnet, au trapèze fixe, se penchent sur la notion d’absurdité : dépasser nos conventions humaines, en laissant l’aléa décider de l’ordre des numéros, juste avant la représentation. Le jeton est dans la main du spectateur.

Aller au-delà de notre champ visible, c’est le souhait d’un mentaliste. Dans The space in between / Réalités, Kurt Demey utilise tous ses « trucs » pour nous confronter aux notions de trous noirs et particules et nous donner accès à une grande illusion : jouer avec le présent, le passé, le futur.

Poésie de l’imaginaire, du rire et de la fête

L’Attirail, de Thierry Simonneaux (cie La Plaine de Joie) nous entraînera droit dans l’imaginaire. Car lorsque disparait tout un cirque, et que seul reste le garçon de piste, mieux vaut imaginer et se laisser porter. Poésie de l’imaginaire encore avec Inbal Ben Haim, dans Pli : l’artiste explore les croisements inédits entre cirque et arts visuels en faisant du papier la substance essentielle de son processus créatif. Le papier devient matière à danser, à se suspendre, à voltiger, à rêver (lire la critique ici).

Cabaret Rock (cirque Baraka) nous convie à un moment festif pour célébrer le 50anniversaire de la mort de Jim Morrisson. Acrobates, danseurs, jongleurs et musiciens entendent bien « allumer un feu de joie, inviter au voyage, au bonheur de partager un moment unique », dans une « interprétation subjective et viscérale des Doors ».

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« Qui demeure dans ce lieu vide ? », Emma la Clown, de Meriem Menant © Wahib

« Sache, Madame, Monsieur, que je vais totalement plonger dans le vide et que tout va bien se passer », annonce Emma la Clown (Meriem Menant) pour sa nouvelle création Qui demeure dans ce lieu vide ? : « Comme tu n’es pas loin, tu seras comme une lumière dans ma nuit, dans ce vide tout sec ». « Sois Phare », demande-t-elle au public.

Et à revoir absolument

On ne peut pas citer tous les spectacles qui vont illuminer la Nuit. C’est dommage ! Évoquons Möbius de la compagnie XY. Inspiré du phénomène des murmurations, du vol des étourneaux interdépendants et totalement connectés, ce spectacle est une ode au vivant. Les corps qui se propulsent et se reçoivent disent que « sans l’autre, on ne vole pas haut ». C’est le credo de la compagnie.

La jonglerie virtuose et burlesque de Guillaume Martinet et Éric Longequel (compagnie Defracto), nous montre comment cette discipline, avec son lot de règles et d’enjeux, offre aux artistes la possibilité de construire une démarche de transgression : c’est le spectacle Flaque.

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« Pleurage et Scintillement », de Jean-Baptiste André et Julia Christ (Association W) © Blandine Soulage

Il est des duos inoubliables. Julia Christ et Jean-Baptiste André reviennent avec l’histoire sans parole et éternelle de la rencontre, dans Pleurage et scintillement : « Courtiser la sincérité des présences, explorer l’équilibre entre les corps et les émotions. Se tenir à la lisière d’une réalité concrète et d’une fiction qui advientIl y a du clown, de l’absurde et de l’émerveillement dans ce duo ». On ne saurait mieux dire.

Virtuose et si touchant, Le Cirque Trottola revient nous faire vibrer : deux personnages en quête de lumière arrivent d’un ailleurs. Ils ont connu la lueur des tréfonds, ils cherchent l’éclat des sommets. Titoune et Bonaventure Gacon sonnent la cloche : c’est Campana (lire la critique ici).

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« Le Chant du Vertige », de la cie Lapsus © Ian Grandjean

Plus que jamais – et la programmation de la Nuit du Cirque le montre bien – la création circassienne est vaste, innovante, immensément créative.  Vivante, aussi, et résolument connectée à la planète. En témoigne la compagnie Lapsus, qui revient avec son nouveau spectacle le Chant du vertige : « Réinventer un rapport poétique et sensible au vivant. Le vertige c’est quand les certitudes s’échappent. Le vertige c’est quand les repères se distordent. Et le vertige, c’est aujourd’hui ». 

Florence Douroux


La Nuit du Cirque, organisée par Territoires de cirque

3édition, du 12 au 14 novembre 2021

Toute la programmation est en ligne sur lanuitducirque.com

À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ Rallye urbain, Nuit du Cirque 2021, Pôle Cirque Le Mans, par Léna Martinelli

☛ Cuir, de la cie Un loup pour l’homme

☛ Un soir chez Boris, d’Olivier Debelhoir

☛ Vol d’usage, de Jean Charmillot et Jérôme Galan

☛ Les Hauts Plateaux, de Mathurin Bolze

☛ 080, de la cie HMG

☛ Campana, du Cirque Trotolla

☛ Le Poids de l’âme, de Chiara Marchese

☛ Oraison, de la cie Rasposo