La Nuit du Cirque 2022

Dans-l-espace-Un-Loup-pour-L-homme-©-valerie-frossard

Une nuit de 72 heures pour vivre pleinement le cirque

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Pour la deuxième année consécutive, La Nuit du Cirque s’étend sur trois jours, du 11 au 13 novembre. De quoi décliner la thématique de cette 4édition haute en couleurs : « À corps et à cri ».

Spectacles, performances, cartes blanches, sorties de résidences, ateliers… Les structures rivalisent d’imagination pour témoigner de la vitalité du cirque contemporain, y compris dans ses formats. Parmi les propositions insolites, UP – Circus & Performing Arts propose de composer son propre programme lors d’une Soirée Puzzle. Une formule qui permet à chacun de façonner sa soirée en choisissant des performances parmi une dizaine de formes courtes rejouées plusieurs fois et présentées au sein des 6.000 m² de leurs espaces.

« À corps et à cri »

Le cirque brouille les pistes, brise les frontières, bouscule les genres. À la diversité des esthétiques s’ajoute celle des thématiques. Bien au-delà de la technique et de la virtuosité, le cirque contemporain interroge l’essence de la création, explore la relation à soi, à l’autre et au monde. Il raconte des histoires, tout autant qu’il s’inscrit dans l’actualité. Grâce à sa porosité avec les autres arts et la vie – sa maturité aussi – la discipline permet de traiter de nombreuses questions soulevées par notre société. C’est d’ailleurs pourquoi elle attire tant les jeunes générations, en réflexion sur les questions sociales ou politiques : l’égalité des sexes, le « vivre ensemble », l’anthropocène…

Plus que jamais, le cirque joint la parole au geste. D’où la thématique de cette année : « Le corps, circassien par essence. Le cri à la fois souffle et message. Cri de libération, de colère, de joie, de bonheur, cri du cœur… Un cirque en corps qui crie, décrit, réécrit… Une Nuit du Cirque comme un manifeste. Un cri pour s’extraire des consensus. Une volonté d’affirmer que les maux du temps présent résonnent dans les corps autant que les mots. »

Les événements

À ne pas manquer au Mans : après deux années de construction, le chapiteau permanent du Plongeoir ouvre enfin ses portes. En référence à l’ancienne piscine des Sablons et à son mythique plongeoir, cette nouvelle entité (pôle national cirque en préfiguration) regroupe au sein d’un même établissement les missions de soutien à la création, de diffusion de spectacles, d’enseignements et de pratiques de cirque. Un projet sociétal unique favorisant la rencontre entre artistes et habitants des territoires.

Le Plongeoir – Cité du Cirque, Le Mans © Boxcam

Du 10 au 20 novembre, dix jours de fête sont prévus pour découvrir ce nouveau lieu incontournable, à commencer par une inauguration en fanfare avec Circa Tsuïca (Cheptel Aleïkoum) : s’enchaîneront ensuite spectacles, visites, rendez-vous, projections, ateliers, DJ sets, exposition au sein de la Cité du Cirque… (voir le programme complet). De quoi prendre un bain rafraîchissant !

Les 31 ans des Nouveaux Nez, à La Cascade, à Bourg- Saint-Andéol (07) feront date ! Cette compagnie emblématique de clowns issus du CNAC (Centre national des arts du Cirque de Châlons-en-Champagne) écume les scènes internationales, avec des spectacles pour les enfants comme pour les adultes  (lire la critique de Triiio, par Michel Dieuaide). Elle a contribué à la création de La Cascade, pôle national des Arts du Cirque d’Auvergne-Rhône-Alpes, où elle est en résidence depuis 2008. Un nouvel espace de travail destiné à l’entraînement des artistes, vient tout juste d’y être inauguré dans une chapelle transformée en lieu de vie.

« Suivez le guide », Alain Reynaud – Les Nouveaux-Nez © L’œil de Paco

La compagnie, aujourd’hui composée de Roseline Guinet (Madame Françoise), André Riot-Sarcey (auteur et metteur en scène), Raquel Esteve Mora et Nicolas Bernard (Duo Bonito) et Alain Reynaud (Félix Tampon et directeur de La Cascade) a concocté un réjouissant programme : une soirée festive, imaginative, riche en surprises ; un spectacle déambulatoire excentrique avec Fritz et Félix, « deux augustes guides, professionnels de la visite, maîtres en surgissements poétiques et dérapages baroques » (Suivez le guide) ; « un grand bol de rire dans une leçon de choses », avec Madame Françoise qui rêve de reprendre le chemin de l’école pour retrouver son enfance et ses désirs inassouvis de tout connaître de la vie (Alpha-bête) ; « des mots pour swinguer, pour dénoncer, pour chanter ou simplement pour s’aimer » (Comedia Bonita) ; Franz, pianiste et clown de concert ; la projection du film de Christian Tran sur l’histoire des Nouveaux Nez, Nez quelque part (sortie nationale).

Au Séchoir à La Réunion, on célèbrera un autre anniversaire, les quinze ans de Cirquons Flex. Car cette année, l’événement se déploie en dehors des frontières métropolitaines, particulièrement dans les Caraïbes, avec un focus animé par Métis’Gwa, implanté en Guadeloupe et accélérateur de projets artistiques singuliers, des pratiques pétries de rencontres et de métissages. Voilà de quoi fédérer de nombreux partenaires et révéler des territoires pluriels !

Parmi les spectacles déjà traités par la rédaction

Der Lauf (Vélocimanes Associés et le Cirque du Bout du Monde) au Théâtre du Beauvaisis (60) : à mi-chemin entre David Lynch et Intervilles, sept petites pièces de jonglerie en forme de jeux absurdes (lire notre critique).

Der Lauf-Vélocimanes-Associés-Le-Cirque-du-bout-du-monde © Lena Politowski
« Der Lauf », du Cirque du Bout du Monde © Lena Politowski

Un soir chez Boris (Olivier Debehloir, cie D’un Ours), organisé dans le 84 par La Garance, scène nationale de Cavaillon, en partenariat avec Archaos : un expert en équilibre sur ski, pelle ou échelle, mais surtout un funambule de proximité qui reçoit dans sa yourte (lire notre critique).

Warning (Cirque Inextrémiste), au Théâtre de Grasse (06) : risques naturels, technologiques, de la vie quotidienne, de chute, d’explosion, de noyade, d’arrêt cardiaque, de feu, de contagion… Pourquoi pas expérimenter tout ça ensemble ? (lire notre critique).

Pandax-Cirque la Compagnie © Hervé Ruffieux
« Pandax », Cirque la compagnie © Hervé Ruffieux

Pandax (Cirque la compagnie), au Chapiteau Parking de la Halle des expositions de Delémont (Suisse) : le road trip sous chapiteau d’une fratrie endeuillée avec bascule, mât chinois, lancer de couteaux, échelle libre, escabeau et voltige à mobylette  (lire notre critique).

Le Paradoxe de Georges (Yann Frisch, cie L’Absente), au Plongeoir – Cité du Cirque, au Mans (72) : les cartes valsent, se transforment, puis disparaissent dans un spectacle de magie troublant, unique en son genre (lire la critique de Bénédicte Fantin).

Mousse (cie Scratch), à La Batoude (salle Jacques Brel), à Beauvais (60) : une ode au doute ; une jonglerie intime et punk qui est aussi un spectacle d’amitié (lire la critique de Laura Plas).

Time to tell © Christophe-Raynaud-De-Lage
« Time to tell », de David Gauchard et Martin Palisse © Christophe Raynaud de Lage

Time to tell (Martin Palisse et David Gauchard), au Carré Magique, à Lannion (22) : le récit d’une vie d’artiste sous l’emprise d’une maladie génétique ; un acte de jonglage à la tournure radicale (lire notre critique).

Les Fauves (cie Ea Eo), au Grand T – Théâtre de Loire-Atlantique, à Nantes (44) : dans une station spatiale, un parcours, entre ménagerie et dance floor, nous permet d’explorer le jonglage avec la plante des pieds, sous l’eau, de loin, en transe (lire notre critique).

Parmi les compagnies qu’on aime

Parbleu (Atelier Lefeuvre et André), au Sirque, à Nexon (87), là où on les avait d’ailleurs découverts dans deux autres spectacles (lire notre critique) ; « de facétieux acrobates dont le slow cirque aspire à un minimalisme exploitant jusqu’au trognon les accessoires trouvés au fond de leur atelier (planche, truelle, boule de pétanque, masse de chantier…) ».

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« Ali », Mathurin Bolze et Hèdi Thabet © Christophe Raynaud de Lage

Ali (cie MPTA), au Prato, à Lille (59) : l’occasion d’une séance de rattrapage car nous n’avons pas vu ce spectacle de 2008 ; « une rencontre acrobatique entre deux têtes, trois jambes et quatre bras (Mathurin Bolze a deux jambes et Hèdi Thabet n’en a qu’une). Tour à tour marionnette de l’autre, et avec un sacré humour, ils inventent de nouveaux centres de gravité. Juste les corps, à armes égales ».

Passagers (Les 7 doigts de la main), à la Villette, à Paris (75019) : les usagers d’un train métamorphosent leur compartiment en aire de jeu propice aux confidences ; un spectacle toujours aussi joliment troussé par la fameuse compagnie québécoise (lire la critique d’un précédent spectacle, par Juliette Nadal).

« Passagers », Les 7 doigts de la main © Alexandre Galliez

Le Bal circassien (L’Envolée Cirque), à L’Azimut, Espace Cirque d’Antony (92), puis au Cirque Jules Verne, à Amiens (80) : « Piste de danse, piste de cirque, entrez dans la ronde ! » ; festif, interactif et participatif.

Esquive, de Gaëtan Levêque qui, depuis 25 ans, a fait du trampoline sa spécialité, passe le relais à la jeune génération dans une scénographie inventive et bondissante. Un corpus acrobatique qui nous ramène aux fondements du cirque : l’art de l’envol et de la prise de risque.

Parmi les créations attendues

Dans l’Espace (cie Un Loup pour L’homme), à La Brèche, Cherbourg Cotentin (50) – organisé par La Plateforme 2 Pôles Cirque en Normandie : « un cirque d’attraction, d’oscillation, de gravitation qui replace sans cesse l’humain face au poids de ses décisions. De la nécessité de l’équilibre face à l’imminence du désastre ».

Blanc (Galapiat Cirque – Sébastien Wojdan), au Carré Magique, à Lannion (22) : le dévoilement intime de l’absurdité de nos obsessions et de la difficulté d’être hors cadre.

Waiting for the Sea Eagle (Iona Kewney – Knights of the invisible), aux SUBS : un voyage physique sonore à la frontière des extrêmes et de la fragilité. Une création 2019, mais une première en France.

Blizzard (Flip Fabrique), au Festival des 7 collines, à Saint-Étienne (42) : ce spectacle, de l’une des autres fameuses compagnies québécoises, reprend sa tournée européenne interrompue par la pandémie.

Parmi les spectacles particulièrement diffusés cette saison

Out of the blue, au Cirque-Théâtre d’Elbeuf, organisé par La Plateforme 2 Pôles Cirque en Normandie : Frédéri Vernier et Sébastien Davis-VanGelder, porteurs acrobatiques et nageurs aguerris, font de l’apnée une nouvelle discipline de cirque. Une performance unique, où la réalité du monde terrestre laisse place à la rêverie du monde aquatique.

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« PIC », du Cirque Inextrémiste et Surnatural Orchestra © DR

PIC (Surnatural Orchestra et Cirque Inextrémiste) à Blagnac (31), organisé par Odyssud Spectacles, en partenariat avec CIRCa : 24 musiciens et circassiens sous chapiteau pour une farce utopique à 360° sur l’apesanteur.

Dans cette foisonnante 4e édition, ne pas hésiter à regarder le moteur de recherche géographique qui recense les spectacles, mais aussi la pléiade d’étapes de travail, présentations publiques, restitutions suivies (ou pas) de rencontres. 🔴

Léna Martinelli


La Nuit du Cirque

4e édition, du 11 au 13 novembre 2022
Événement organisé par Territoires de Cirque avec le soutien du ministère de la Culture, en collaboration avec l’Institut Français, Circostrada, circusnext, Buzz (Allemagne) et ProCirque (Suisse)
Toute la programmation ici

À découvrir sur Les Trois Coups :
☛ Entretien avec Philipe Le Gal, président de Territoires de Cirque, par Léna Martinelli
☛ La Nuit du Cirque 2021, Territoires de Cirque, par Florence Douroux
☛ La Nuit du Cirque 2020, Territoires de Cirque, par Florence Douroux
☛ La Nuit du Cirque 2019, Territoires de Cirque, par Léna Martinelli

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