« Le Chat sur la photo », Antonio Carmona, Odile Grosset-Grange, Théâtre de Sartrouville, Odyssées en Yvelines

Le chat sur la photo - Antonio Carmona - Odile Grosset-Grange © C. Raynaud de Lage

Petite futée

Léna Martinelli
Les Trois Coups

Antonio Carmona vient d’écrire une pièce sur la peur et le courage, un polar à hauteur d’enfant, qui a tout d’un grand conte d’initiation, magie comprise. Fantaisie, humour et inventivité sont au rendez-vous. Artiste associée du CDN de Sartrouville, Odile Grosset-Grange présente cette pièce dans le cadre d’odyssées en Yvelines, dont la 14édition se déroule jusqu’au 20 mars.

Anya, quatre ans et demi, attend que son chat revienne à la maison. Il n’est pas rentré depuis dix jours. Depuis, les objets se mettent aussi à disparaître un par un : sa poussette, sa lampe girafe et maintenant la photo ! La photo d’elle avec le chat… Profitant de l’absence de ses parents, Anya décide de mener l’enquête, accompagnée de son doudou. À l’assaut d’une nuit pleine de mystères, ces deux complices auront à affronter la chose la plus terrifiante qui soit : leur imagination.

Or, l’imaginaire n’a pas de limite, comme ce grenier interdit et la forêt de l’autre côté de la grande route, symboles de la perte de repères, lieux de tous les dangers. Car cette petite fille est bien chamboulée par la violence et les non-dits. Ouistiti ne s’est-il pas enfui à cause des cris ?! « Dé-sa-ssa-pa-ru » le chat ! « Il a « pris la poudre d’escarpette ». Et maintenant, elle craint le « séparatisme » de ses parents.

Disparition de l’amour

Le langage revêt ici toute son importance puisque l’on ne parle pas, dans cette famille. De quoi alimenter les fantasmes et attiser la peur de l’abandon. Alors, Anya trouve ses propres explications, extrapole, exagère, et comme les enfants de cet âge, triture (ou plutôt enjolive) le vocabulaire. Les étoiles sont « flippantes », mais pas autant que le « divorçation », l’annonce de « l’apocalypso». Truffée de bons mots et de fantaisie, la langue d’Antonio Carmona est un vrai régal : « Ayant très envie de poursuivre ma recherche esthétique actuelle associant théâtre et magie, j’ai proposé à Antonio d’écrire une histoire autour de l’idée de disparition : elle est au cœur des évènements magiques, et elle fait par ailleurs écho à notre peur de la mort, du changement », explique Odile Grosset-Grange.

Les interprètes s’en délectent. D’une incroyable fraîcheur, ils nous font oublier qu’ils sont adultes. Marie-Camille Le Baccon (tout juste sortie de l’ESCA) campe une petite fille au fort tempérament, qui commet des bêtises, se fait des films, mais voit clair. À travers ses yeux, nous regardons le comportement immature de ses parents. C’est elle qui les aide à grandir ! Tout aussi dynamique et drôle, Guillaume Riant est convaincant dans le rôle du doudou qui s’effraie de tout. Ainsi Anya incarne-t-elle l’audace et le courage. Pas de fée, ni de prince, ici. Plutôt des personnages dans lesquels les enfants peuvent s’identifier.

Démons intérieurs

On suit donc volontiers « l’enquêtatrice et l’inspecteur froussard » explorer l’intérieur et les environs. Un improbable duo qui amuse beaucoup. La mise en scène regorge de trouvailles. Elle détourne les codes du thriller et donne corps aux sortilèges de façon ludique. Les cartons s’envolent et les objets disparaissent. L’aspirateur se transforme aussi en serpent de manière plus artisanale.

Odile Grosset-Grange joue sur le dedans et le dehors, insiste sur les décalages pour faire s’aventurer les personnages sur les chemins de la découverte. Dans un si petit espace, elle parvient à les faire évoluer à tous les étages, comme dans un labyrinthe. Ça déménage ! D’ailleurs, le dispositif s’adapte aux divers espaces pour jouer au plus près des publics, dans les écoles.

Peuplée de monstres, la maison représentée dans un format de poupée, cristallise les angoisses. Astucieuse, la scénographie permet des transformations, des apparitions et de belles images, tel ce canapé qui se divise en deux : « Couic ! » Clins d’œil, effets spéciaux et tours de magie émaillent le spectacle, car de sorcellerie (ou de malice), il est beaucoup question.

Cette très jolie proposition invite les petits à accepter le changement, à cultiver sa curiosité et à braver ses peurs. Un sujet sérieux traité avec légèreté, comme dans beaucoup de mises en scène de La Compagnie de Louise, à l’imagination galopante.

Et ne pas manquer les autres spectacles présentés dans le cadre d’Odyssées en Yvelines. Avec plus de 200 représentations programmées chaque édition, le festival s’appuie sur un grand nombre de partenaires des champs culturel, social et éducatif du département. Éloge de la petite forme, il présente des créations à jouer partout : dans les centres sociaux, conservatoires, bibliothèques, collèges, salles communales. Les 6 spectacles s’adressent prioritairement aux jeunes publics (dès 4 ans jusqu’à l’adolescence) et sont conçus pour être partagés plus largement en famille, toutes générations confondues.

Léna Martinelli


Site de La Compagnie de Louise
Mise en scène : Odile Grosset-Grange
Avec : Marie-Camille Le Baccon et Guillaume Riant
Scénographie : Cerise Guyon
Assistanat à la mise en scène : Camille Blouet
Magie : Père Alex
Régie générale : Thomas Delacroix
Construction décors : Romain Ducher, Henri Mefren
Dès 4 ans
Durée : 35 min

Théâtre de Sartrouville CDN des Yvelines • Place Jacques-Brel • 78500 Sartrouville
Réservations : Billetterie en ligne • Tel. : 01 30 86 77 79 • Mail

Dans le cadre du festival Odyssées en Yvelines,14éditiondu 23 janvier au 20 mars 2024

Tournée ici :
• Du 2 au 7 avril, Lavoir Moderne parisien, dans le cadre du festival Le Lavoir en famille, à Paris
• Les 16 et 17 mai, Théâtre de la Coupe d’Or, à Rochefort
• Du 10 au 12 octobre, Le Grand Bleu, à Lille
• Du 4 au 9 novembre, Théâtre de Sartrouville CDN des Yvelines
• Du 6 au 8 février 2025, Culture commune scène nationale du bassin minier du Pas-de-Calais, dans le cadre de Qu’est-ce qu’on fabrique ? En famille !, à Loos-en-Gohelle
• Les 6 et 7 avril, Les Tréteaux de France, à Aubervilliers

À découvrir sur Les Trois Coups :
« Cartoon », Mike Kenny, Odile Grosset-Grange, par Léna Martinelli

Photos : © Christophe Raynaud de Lage

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