« le Conte d’hiver », d’après Shakespeare, Théâtre‑du‑Parc à Andrézieux‐Bouthéon

« le Conte d’hiver » © Élian Bachini

Un conte qui déménage !

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Logique : quand la compagnie de Philippe Car, Les Voyages imaginaires, s’empare d’un texte, ça déménage ! Et ce n’est pas l’honorabilité de l’auteur, Shakespeare en personne, qui va les intimider. Ils s’emparent de la pièce, en conservent l’intrigue, puis colorient le tout, y mêlent musique et masques, du sel, du poivre, pimentent la mixture pour le plus grand plaisir des spectateurs.

La pièce, déjà, n’est pas banale. Elle commence comme une tragédie pour finir en comédie. Le roi Léontes a tout pour être heureux : une femme belle qu’il aime (à la folie, hélas !) et un ami fidèle, le roi Polyxènes (qu’il soupçonne de trahison et donc de rendre sa femme infidèle). Hélas, rongé par la jalousie, il condamne sa femme à mort, ainsi que, plus tard, la petite fille qu’elle mettra au monde (mais de quel père est l’enfant ?), et son ami s’enfuit, rongé par le ressentiment. Voilà pour la tragédie.

Mais… un serviteur compatissant va désobéir à son maître et sauver la jeune princesse Perdita, qui sera élevée cachée loin des fastes de la cour. Mais le Temps passe et il joue un rôle important dans la distribution ! Or le roi Polyxènes a un fils, et le petit dieu aveugle pourrait bien faire se rencontrer les jeunes gens. Mais la reine Hermione, finalement, n’est pas morte. Cette seconde partie, au lieu de donner matière à une dernière scène expédiée à l’emporte-pièce, occupe bien la moitié du spectacle.

Voici donc l’occasion pour cette inventive compagnie de passer du chaud au froid, de l’hiver à l’été, de faire défiler les années en un clin d’œil, et de s’amuser à tous les saute-mouton, travestissements, chausse-trapes et autres folies que lui permet ce conte. Qui en est bien un tant il regorge d’invraisemblances et de rebondissements rocambolesques plus jubilatoires les uns que les autres. D’autant qu’un des personnages du Conte d’hiver est ce Temps qui se soucie de la chronologie comme d’une guigne et aime plus que tout disserter sur ses fonctions et responsabilités avec un rien de ridicule et beaucoup de poésie.

« le Conte d’hiver » © Élian Bachini
« le Conte d’hiver » © Élian Bachini

Cette compagnie a plus d’un tour dans sa poche et exerce avec talent tous les métiers du théâtre : les six comédiens, dont Philippe Car, savent tout faire : ils chantent, ils dansent, ils jouent chacun de plusieurs instruments, sont un peu jongleurs, beaucoup funambules, clowns à la folie et prennent un plaisir évident à jouer la comédie. À eux six, ils sont la quinzaine de rôles que comporte la pièce, et sont capables de nous faire croire qu’une foule investit le plateau.

Au pays des voyages enchanteurs

André Ghiglione et Pierre Baudin qui ont conçu le décor et les accessoires, en compagnie de Christian Burle pour les costumes, s’en sont donné à cœur joie pour illustrer le conte : ils font, par exemple, pousser de grosses fleurs bigarrées en un clin d’œil comme s’il en pleuvait, voguer sur des mers déchaînées des bateaux de papier, fabriquer des maquillages outrés comme au cirque et des vêtements chatoyants et bigarrés. Tout semble surgir du néant comme par un coup de baguette magique, à l’instar de la reine Hermione qui sort de sa gangue de pierre fraîche comme une rose…

Un mot encore de l’avant et de l’après-spectacle. Dans le hall du théâtre, les loges sont installées. Pourvues de vitres, elles permettent aux spectateurs de voir les comédiens se préparer avant que ces derniers ne les entraînent dans la salle. À la fin, après les applaudissements, les acteurs invitent le public à partager un verre, histoire de continuer encore un peu la magie du théâtre. Quelques spectateurs, prévoyants, ont réservé aux Tables nomades où leur seront servis un vrai repas et surtout un Cabaret Shakespeare.

Grâces en soient rendues à cette troupe énergique et généreuse : le spectacle est vivifiant, joyeux et passe comme l’éclair, à un rythme qui ne laisse guère le temps de s’appesantir. C’est un vrai divertissement de qualité. Et il vaut le détour ! 

Trina Mounier


le Conte d’hiver, d’après Shakespeare

Mise en scène : Philippe Car, assisté de Laurence Bournet

À partir de 10 ans

Avec : Valérie Bournet, Francisco Cabello, Philippe Car, Nicolas Delorme, Susanna Martini ou Lucie Botiveau, Vincent Trouble

Adaptation : Yves Fravega et Philippe Car

Musique et direction d’orchestre : Vincent Trouble

Costumes : Christian Burle

Décor et accessoires : André Ghiglione et Pierre Baudin, avec la contribution de Sophie Rigaud et Luki Millet, restaurés par Jean‑Marie Berget et Benjamin Olinet

Création lumière : Julio Étiévant, assisté de Clément Jardon

Création son : Pedro Theuriet

Régie lumière et son : Jean‑Yves Pillone

Régie plateau et régie générale : Jean‑Marie Bergey

Réalisation des loges-expo : Jean‑Marie Bergey, Julie Bordenave, Éric Lemaire, Benjamin Olinet

Crédit photos : © Élian Bachini

Production : Agence de voyages imaginaires (production déléguée)

Coproduction : Théâtre du Jeu-de‑Paume à Aix‑en‑Provence, le Cratère à d’Alès, espace Diamant à Ajaccio

Avec le soutien de la Spedidam et de l’Adami

L’Agence de voyages imaginaires est conventionnée par le ministère de la Culture et de la Communication / Drac et la ville de Marseille, subventionnée par la région Paca et le département des Bouches‑du‑Rhône

Durée : 1 h 35

Théâtre du Parc • 1, avenue du Parc • 42160 Andrézieux‑Bouthéon

04 77 36 26 00

www.theatreduparc.com

Les 13 et 14 janvier 2017 à 20 heures

Tournée :

  • le 28 janvier 2017 au Reflet à Vevey (Suisse)
  • le 31 janvier et le 1er février 2017 à la Maison des arts du Léman (Thonon‑les‑Bains)
  • le 4 mars 2017 au Théâtre André-Malraux (Chevilly‑Larue)
  • les 9 et 10 mars 2017 à l’espace Lino‑Ventura (Garges‑lès‑Gonesse)
  • le 14 mars 2017 à la Renaissance (Mondeville)
  • les 17 et 18 mars 2017 aux Passerelles (Pontault‑Combault)
  • le 5 avril 2017 au Théâtre Jean‑le‑Bleu (Manosque)
  • les 9, 10 et 11 avril 2017 à Bonlieu (Annecy)
  • les 16, 17, 18 et 19 mai 2017 au Théâtre de la Renaissance (Oullins)