« le Petit Prince », d’après Antoine de Saint‐Exupéry, Théâtre de Clermont‐l’Hérault

le Petit Prince © Ariane Ruebrecht

Une émotion princière

Par Dominique Dessein
Les Trois Coups

Au Théâtre de Clermont-l’Hérault, les spectateurs partent pour une heure de voyage dans le si beau – et si douloureux – pays de l’enfance. Mis en scène par Pierre Barayre et interprété par Grégory Nardella, le texte de Saint‑Exupéry révèle à nouveau sa force et sa portée philosophiques.

D’après Saint-Exupéry, le Petit Prince est un livre pour enfants destiné aux grandes personnes. En effet, petits et grands savourent la rencontre de l’aviateur, tombé en panne en plein désert, avec ce petit garçon curieux et attachant, qui s’exprime comme un enfant en interpellant les adultes sur le sens de leur existence. Ce texte, mondialement connu et reconnu, est souvent adapté au théâtre, pour la jeunesse la plupart du temps. Cette fois, il s’agit d’une mise en scène particulière, qui s’adresse aux enfants de plus de 9 ans et aux adultes. La compagnie Cortizone a en effet choisi une mise en scène minimaliste qui met l’accent sur la poésie du texte et la sensibilité du seul et unique acteur.

Dès le début de la pièce, la simplicité du décor marque les esprits : un espace scénique dépouillé, une lumière concentrée sur un avion miniature qui repose sur un petit tas de sable, et surtout un coffre, tel qu’on peut en trouver dans les greniers ou dans les loges des magiciens. Ainsi, l’acteur ouvrira le coffre et en sortira au fil du spectacle les quelques accessoires et costumes dont il aura besoin pour évoquer l’histoire du Petit Prince. Tissus, vêtements, mais surtout des bouteilles contenant de fascinantes peintures qui vont permettre au spectateur de voyager dans les différents univers que traverse le héros…

Le dispositif scénique s’adresse aux sens des spectateurs : couleurs, musique, paroles entendues, mouvements et formes interpellent tout un chacun dans ce qu’il a de plus intime et de plus personnel. Ils interrogent notre vision des personnages, notre souvenir du récit presque mythique, notre compréhension du texte. On ne dévoilera pas ici la fonction des matières et des objets utilisés pour garder leur effet de surprise. Il faut toutefois souligner l’agilité de Grégory Nardella à les utiliser comme vecteurs d’imaginaire et de poésie… comme par un coup de baguette magique. Ainsi, les pérégrinations du petit prince sur les planètes s’apparentent à une allégorie sur la nature humaine, et, au travers de son voyage, se dessine la métaphore de l’existence humaine.

Jouer à corps et à cris

La prise en charge de la parole par un seul acteur pourrait limiter la force de cette fable à la visée universaliste. Ce n’est pas le cas du tout : la force physique de Grégory Nardella impose déjà une présence, celle du narrateur étonné, parfois impatient, qui cherche à réparer son avion pour éviter la mort qui l’attend dans ce désert. Virevoltant, se métamorphosant, occupant l’espace comme autant de personnages qu’il évoque, l’homme sait aussi donner corps aux êtres de passage. Pour ce faire, il use de sa voix comme d’un instrument sensible. Il fait entendre le dialogue vivace entre le pilote et l’enfant, puis entre l’enfant et les différents personnages qu’il rencontre.

Pierre Barayre l’écrit : « Lieu de convocation, le théâtre va devenir surface de réparation. […] Conscient qu’il s’agit de rendre présent un art du souvenir, l’art de l’acteur consiste à nous faire pénétrer dans le mystère de l’âme d’un homme confronté à la solitude, à l’urgence de la survie et qui interroge l’enfant caché, enfoui en lui. Tout à tour, comique et tragique, active et passive, calme et violente, naïve et profonde, joueuse et sérieuse, indifférente et curieuse, innocente et perverse, c’est son / votre / notre enfance qui est mise à la question ». Pour notre plus grand plaisir et notre plus infime émerveillement. 

Dominique Dessein


le Petit Prince, d’après Antoine de Saint‑Exupéry

Folio, Gallimard

Cie Cortizone

Mise en scène : Pierre Barayre

Avec : Grégory Nardella

Lumières et régie générale : Tangi

Création sonore : Henri d’Artois

Vidéo : Cyril Carreres

Photos : © Ariane Ruebrecht

Théâtre de Clermont-l’Hérault • allées Roger‑Salengro • 34800 Clermont‑l’Hérault

Réservations : 04 67 96 31 63

Site du théâtre : http://www.theatre-lesillon.fr/

Jeudi 11 avril à 19 heures

Durée : 1 h 5

5 €