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 « Les Gratitudes », Delphine de Vigan, Théâtre des Célestins, Lyon 

Les-Gratitudes- Fabien-Gorgeart © Jean-Louis-Fernandez

Que se passe-t-il quand les mots nous fuient ?

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Aux Célestins, le rideau vient de tomber sur la série de représentations des « Gratitudes », mis en scène par Fabien Gorgeart, sur un texte de Delphine de Vigan avec Catherine Hiegel dans le rôle principal. Mais le spectacle court encore, et vite ! À juste titre.

C’est un spectacle singulier, intime et émouvant sur un sujet rarement évoqué, car il fait peur : la perte du langage chez certaines personnes âgées qui, par voie de conséquence, perdent en autonomie et en communication et sont, dès lors, placées en Ehpad. Mais le spectacle n’est en aucune manière sociologique, il aborde la question de manière détournée : Catherine Hiegel entre par une porte dérobée, observant la scène où un musicien enchaîne sur un piano numérique des mélodies connues.

C’est lui, Pascal Sangla, qui va reprendre la main et nous entraîner dans ce qui semble de prime abord une séance de karaoké. En réalité, c’est une expérience visant à la prise de conscience : saurons-nous chanter sans nous tromper Une chanson douce (Henri Salvador) ? Le Sud (Nino Ferrer) ? Mistral gagnant (Renaud) ? Pour presque tous les spectateurs, l’exercice révèle les failles de la mémoire. Et entrouvre la porte sur l’histoire de Michka.

Délicatesse

Nous voici chez une ex-parolière, c’est dire qu’elle fut experte en mots. Et voici qu’ils lui échappent. J’ai peur, dit-elle à la personne qui lui répond de l’autre côté de l’alarme qu’elle a déclenchée. Elle est le personnage principal des Gratitudes, roman écrit essentiellement sous forme dialoguée, adapté pour le théâtre par Fabien Gorgeart, lequel s’empare du texte avec infiniment de délicatesse.

L’histoire commence quand Michka accepte l’idée d’aller en maison de retraite et se termine dans un dernier geste de liberté. Mais si elle est le centre et l’axe de la pièce, celle-ci raconte bien d’autres choses, par l’intermédiaire des deux personnages : Marie, interprétée avec justesse et vivacité par Laure Blatter, et l’orthophoniste, dans lequel nous retrouvons avec plaisir Pascal Sangla.

Ce tissu de relations dévoile ces gratitudes que nous annonçait le titre. Où l’on découvre que la perte des mots n’occulte pas l’essentiel : ce qu’on veut pour l’autre vient souvent de ce qui nous a construits nous-mêmes ; le droit de mourir est une question épineuse et violente à prendre avec des pincettes.

Catherine Hiegel, immense actrice

Le spectacle de Fabien Gogeart tient en grande partie sur les épaules de Catherine Hiegel, immense comédienne, femme forte, même quand elle rend les armes, personnage complexe dont le passé s’inscrit dans les espaces vacants de la mémoire. Mais les deux autres personnages ont aussi une vraie histoire que leur relation avec Michka va faire apparaître. Et celle-ci, à son tour, interagit avec les autres.

Cela pourrait tomber dans la sensiblerie, voire la mièvrerie, mais l’évite avec pudeur en abordant des questionnements importants autour de la fin de vie. Point de leçon, point de mélo, grâce à un traitement tout en finesse. D’ailleurs, les spectateurs ont fait un bel accueil. 🔴

Trina Mounier


Les Gratitudes, d’après Delphine de Vigan

Le roman est édité aux éditions JC Lattès
Mise en scène : Fabien Gorgeart
Avec : Laure Blatter, Catherine Hiegel, Pascal Sangla
Assistante à la mise en scène : Aurélie Barrin
Adaptation : Fabien Gorgeart, Agathe Peyrard
Création sonore et musique live : Pascal Sangla
Création lumière : Thomas Veyssière
Dramaturgie : Agathe Peyrard
Scénographie : Camille Duchemin
Costumes : Céline Brelaud
Régie son : Romain Pignoud
Durée : 1 h 30

Théâtre des Célestins • Salle Célestine • 4, rue Charles Dullin • 69002 Lyon
Du 29 novembre au 9 décembre 2023
Réservations : 04 72 77 40 00 ou en ligne

Tournée :
• Le 12 décembre, Théâtre de Choisy-le-Roi
• Les 14 et 15 décembre, Théâtre d’Angoulême
• Les 19 et 20 décembre, Espace 1789, à Saint-Ouen
• Les 12 et 13 janvier 2024, Théâtre de la Coupe d’or, à Rochefort-sur-mer
• Les 16 et 17 janvier, Espaces pluriels, à Pau
• Les 19 et 20 janvier, Le Meta, CDN de Poitiers
• Les 23 et 24 janvier, Le Grand R, scène nationale de La Roche-sur-Yon
• Le 27 janvier, Le Bateau-Feu, scène nationale de Dunkerque
• Du 30 janvier au 1er février, Théâtre Sorano, scène conventionnée de Toulouse

Photos : © Jean-Louis Fernandez

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