« Richard III », de Shakespeare, Théâtre des Treize‑Vents à Montpellier

Richard III © Marc Ginot

Un « Richard III »
trop « téléphoné »

Par Marie-Christine Harant
Les Trois Coups

Avec la reprise du diptyque « Richard III » et « le Roi Lear », de Shakespeare, s’achève le règne de Jean‑Claude Fall sur le C.D.N. (centre dramatique national) du Languedoc-Roussillon. Dès le 1er janvier 2010 arrive Jean‑Marie Besset. Un beau cadeau d’au-revoir à son public montpelliérain. Cependant, malgré tout l’amour du metteur en scène pour Shakespeare, on ne peut applaudir sans restriction ce « Richard III », bien inspiré où l’excellent côtoie le moins bon.

Tel Janus, Jean-Claude Fall a deux visages. L’amoureux fou des très grands textes et le pédagogue obnubilé par sa mission : nous rendre plus intelligents. Quand le premier domine le second, c’est superbe, on se dit vive le théâtre, vive Shakespeare, on est heureux. Quand le second l’emporte, alors là, on n’a qu’une envie : piquer un somme ou quitter la salle. Richard III n’échappe pas à ces écueils. Que la pièce montre l’irrésistible ascension du bâtard contrefait rejeté par sa noble famille, cela est vrai. Que, pour parvenir à ses fins, il utilise les moyens les plus radicaux : fourberie, ruse, exécutions en série, trahisons, cela est juste. Bref, qu’il soit l’incarnation du mal et pour tout dire le diable, on ne peut qu’approuver, comme on approuve le choix du comédien David Ayala pour jouer ce monstre.

Trop, c’est trop

Cet artiste truculent aux allures de Falstaff donne toute sa démesure à son personnage. Son jeu physique, très extraverti, met en relief les multiples facettes de Gloucester, plus tard Richard III : enfant facétieux, charmeur cynique, ami jovial, manipulateur roublard, assassin innocent. Mais qu’il use et abuse de son téléphone mobile pour donner ses répliques ou photographier une à une ses victimes, et trop, c’est trop. Bien sûr Shakespeare pointait les travers de son temps, bien sûr aujourd’hui les tueurs en série s’adonnent à ce type de rite. Mais est-ce vraiment la peine d’en rajouter ? Car, si on ne l’avait pas compris, des projections viennent surligner l’horreur de la situation. Le symbolique atteint même les allusions au nazisme. Ne manque que le bruit des bottes, on a déjà le grand manteau de cuir noir.

Toujours dans la dérive, l’abus d’hémoglobine. Certes les cadavres s’amoncellent après le passage de Gloucester-Richard, certes il réclame des preuves des exécutions, mais le sang coule beaucoup trop visiblement. Encore dans le dérapage, les complaisances, toujours les mêmes, pour faire rire les lycéens : les imitations de Jacques Chirac, les tics à la Sarkozy, la distribution de bisous à gogo, indignes d’un grand metteur en scène exigeant. Malgré ces réserves, importantes, le travail de Jean‑Claude Fall demeure cohérent et tout à fait intéressant. Comme d’habitude, on a admiré le soin porté à la création lumière, dont il est l’auteur avec Martine André. La musique de Chostakovitch nous semble utilisée de manière particulièrement pertinente. Le dispositif scénique, qui sert également au Roi Lear, un immense plateau incliné, ouvre en son milieu sur une fosse, très pratique pour recevoir les cadavres. Cette scénographie reçoit des images dansantes, figurant parfois les flammes de l’enfer, les flaques de sang, voire les camps d’extermination.

Outre David Ayala, magnifiquement omniprésent, on remarque particulièrement certains comédiens, dans la distribution assez homogène. Isabelle Fürst campe avec son immense talent une reine Margaret rongée par la douleur jusqu’à la folie. Luc Sabot excelle dans le rôle de Richmond, mais aussi dans ses compositions brèves de Clarence et du roi Édouard. Alex Selmane donne toutes les nuances de Buckingham avec subtilité. Sans oublier Vanessa Lyautey, qui reprend d’une manière très suave le rôle d’Anne créé par Roxane Borgna. Ils font triompher Shakespeare, encore et toujours… 

Marie-Christine Harant


Richard III, de William Shakespeare

Théâtre des Treize-Vents • C.D.N. Languedoc-Roussillon • domaine de Grammont • 34965 Montpellier

04 67 99 25 25 | télécopie : 04 67 99 25 29

www.theatre-13vents.com

cdirection@theatre-13vents.com

Mise en scène : Jean‑Claude Fall

Assistants à la mise en scène : Marc Baylet, Stéphane Laudier

Avec : David Ayala, Marc Baylet, Jean‑Claude Bonnifait, Camille Daloz, Thomas Espinosa, Julien Guill, Vanessa Lyautey, Grégory Nardella, Patrick Oton, Alex Selmane, Fouad Dekkiche, Isabelle Fürst, Fanny Rudelle, Luc Sabot, Christel Touret

Création costumes : Marie Delphin, Gérard Didier

Création lumière : Martine André, Jean‑Claude Fall

Musique : Chostakovitch

Photo : © Marc Ginot

Théâtre des Treize-Vents • C.D.N. Languedoc-Roussillon • domaine de Grammont • 34965 Montpellier

Réservations : 04 67 99 25 00

Les 11 et 12 décembre 2009 à 20 heures, les 15 et 16 décembre 2009 à 19 heures

Durée : 3 h 30, entracte compris

16 € | 13 € | 8 €