Romain Cottard, Entretien, Festival L’Invisible, Les arts vivants au Collège des Bernardins, Paris

Romain Cottard

« Donner forme à l’inconnu »

Léna Martinelli
Les Trois Coups

Pour son premier festival d’arts vivants, du 20 au 22 mars, le Collège des Bernardins explore le thème de l’invisible par la rencontre entre les arts. Victorine Majani d’Inguimbert, Sophie Vignalou Cottard et Romain Cottard ont conçu un évènement pluridisciplinaire, avec des créations inédites. Une programmation particulièrement inspirée que nous présente Romain Cottard, aussi interprète de « la Vie Invisible », à l’affiche de cette première édition et que nous avons déjà couvert.

Comment s’est présentée l’opportunité de diriger ce festival ?

La direction du Collège des Bernardins nous (Sophie Vignalou Cottard et moi-même) a sollicités il y a environ un an pour nos expertises. Il s’agissait d’imaginer des événements artistiques afin de donner à voir autrement le Collège des Bernardins, notamment en faisant raisonner le spectacle vivant dans ses murs. Nos parcours ont intéressé la direction par notre manière d’interroger les formes de représentation et l’interaction.

Programmatrice et céramiste, ma compagne Sophie a piloté des projets d’envergure, dont les Nocturnes du Louvre. En ce qui me concerne, comédien, metteur en scène et musicien, je développe, avec mon collectif Le Groupe Fantôme, des formes d’art immersives et participatives. Je poursuis également un compagnonnage avec Lorraine de Sagazan depuis 2019 en tant qu’interprète et collaborateur artistique.

Sophie Vignalou Cottard © Ghislain d’Orglandes ; Romain Cottard dans « La Vie invisible » © Christophe Raynaud de Lage

D’abord chargés d’une mission de réflexion sur ce projet aux Bernardins, nous avons ensuite entamé une résidence artistique pour nous immerger dans le lieu, saisir son ADN et aboutir, avec Victorine Majani d’Inguimbert, à une programmation éclectique autour du thème de l’invisible.

Pouvez-vous présenter cette programmation ?

Le Collège des Bernardins sera animé en continu pendant le week-end, avec la Vie invisible, pièce de Guillaume Poix et Lorraine de Sagazan, ainsi qu’OVNI, d’Ivan Viripaev et Éléonore Joncquez ; un concert de Marc Melià, Rêverie électronique, Pièces monophoniques ; une performance danse et chant, le Sacre de La Ville en Feu ; la performance de Mathieu Simonet la Levée des Secrets ; l’installation de Claire Gondrexon et Fanny Laplane ; du cinéma, des ateliers de philosophie et de céramique.

Le thème retenu tient presque de l’évidence. Le festival portera-t-il toujours ce nom ?

Pour la prochaine édition, le titre peut changer, puisque tout se construit de façon empirique. La direction des Bernardins avait vu la Vie Invisible, créé en 2020. Elle a été touchée par cette pièce inspirée de témoignages de personnes ayant perdu la vue, une pièce qui explore notre rapport aux images et au réel, à la mémoire et à ce qui nous échappe.

Quand nous avons décidé d’intégrer ce spectacle à la programmation, le titre du festival s’est imposé car le fil rouge de l’invisible se décline dans toutes les propositions : la quête du beau et du vrai, de l’innommable, qui peut prendre le nom de Dieu (ou pas). Comment partager cette approche de ce qui ne se voit pas, de ce qui se vit intérieurement ? Par exemple, OVNI sème le trouble, avec des témoignages de personnes qui voient leur rapport à autrui, au monde et à eux-mêmes bouleversé. Certains disent avoir vu des extraterrestres, d’autres parlent de Dieu ou d’énergies inconnues… Qui croire ?

« OVNI » © Fabienne Rappeneau

Si ces propositions revêtent naturellement une dimension spirituelle, elles touchent les âmes et engagent les corps. Les interprètes incarnent des personnages, travaillent la matière, suscitent des émotions variées. Les acteurs, danseurs, musiciens réveillent notre sensibilité, donnent vie à l’invisible.

En concevant un festival dans ce lieu singulier, quelle était votre gageure ?

Créer des formes en adéquation avec le lieu et les missions du Collège des Bernardins. Ce lieu impressionnant est chargé d’histoire et sa reconstruction a permis de conserver son architecture exceptionnelle. Nous voulons en révéler des aspects méconnus par des formes artistiques originales.

C’est très inspirant, d’autant que la ligne éditoriale du Collège des Bernardins est incarnée dans son histoire : elle se traduit par l’invitation à une meilleure compréhension du monde et de l’humanité, une exploration sans limite de ce qui échappe au regard en faisant dialoguer l’art, les sciences humaines, la théologie et la quête de sens, avec la volonté d’ouvrir à tous ce lieu d’échanges, de recherche, de formation et de création. Idées et esprits aiment à s’y rencontrer.

L’art est en mesure de transformer l’invisible en expérience sensible, surtout que nos propositions se prêtent à l’éveil. On aurait pu présenter des spectacles de façon frontale. Il nous a semblé plus intéressant d’inventer des formes en lien avec l’architecture des lieux et qui stimulent l’imaginaire, les sens. Ainsi, OVNI a-t-il été adapté en déambulation. Le public assistera à des séquences sous les voûtes cisterciennes. Autre forme itinérante : le Sacre, d’ailleurs imaginé par un collectif des arts de la rue habitué à créer in situ. Cette version revisitée du grand classique d’Igor Stravinsky sur la communion des corps et des voix, composition collective dansée et chantée a capella, permet de traverser des espaces différents.

© Collège des Bernardins

Il sera également possible de se libérer de ses secrets en les déposant dans une boîte aux lettres, dont la clef a été perdue. Envoyer un message à personne, voilà de quoi inspirer Mathieu Simonet qui aime transformer nos vécus, nos angoisses et nos rêves en formes performatives. Depuis plus de vingt ans, il crée des dispositifs dans des lieux culturels, des écoles, des prisons ou à l’hôpital afin d’inciter le maximum de personnes à se sentir légitimes à écrire.

Comment ces artistes habiteront-ils le lieu ?

De façon dynamique et en mouvement, comme ce que nous venons d’évoquer, aussi de façon méditative : Marc Melià propose une écoute consciente de musique électronique ambiante. Là, c’est le son qui guide l’esprit. En immersion dans la nef, la scénographie lumineuse de Claire Gondrexon et Fanny Laplane est pensée comme une expérience contemplative.

Le public est donc invité à traverser différents états de présence. De façon novatrice, ces artistes nous permettront, non seulement de parcourir le lieu, mais de participer à des performances ou ateliers. Nous pensons que ces propositions toucheront les gens. L’art n’a-t-il pas cette capacité extraordinaire de donner forme à l’inconnu ?

Propos recueillis par
Léna Martinelli


1ère édition, du 20 au 22 mars 2026

Collège des Bernardins • 20, rue de Poissy • 75005 Paris
Pass 35 € ou 70 €
À l’unité : de 12 € à 28 €
Réservations : en ligne ; Tel. :01 53 10 74 44 
Inscription obligatoire, y compris pour les propositions gratuites

À découvrir sur Les Trois Coups :
Entretien avec Lorraine de Sagazan, par Juliette Nadal
« Mon côté Wertheimer », Chloé Oliveres, par Léna Martinelli
« Ovni », d’Ivan Viripaev, par Michel Dieuaide

Photo de une : © Ghislain d’Orglandes

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