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« Super Objets », Cie Les Maladroits, Le Mouffetard, Paris

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Super Objets : Méga objoie !

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Installation facétieuse non dénuée de mélancolie, « Super Objets » des Maladroits nous embarque dans une BD en 3D digne des « Mythologies » de Barthes ou de fantaisies dadaïstes. Ce délicieux babil de babioles anime le théâtre de nos imaginaires et égratigne notre société de consommation. Chouette !

« Une installation ? Mais non ! », « Moi, je veux du théâtre ! » « Ben oui, qu’est-ce qui leur arrive aux Maladroits ?  Z’ont laissé leurs histoires au placard ? ». Voilà l’échange que pourraient avoir Marc et Sophie (pas les personnages de série, quoi que…) au sujet de la nouvelle création de la Cie Les Maladroits dont ils sont des protagonistes. On leur répondrait alors qu’ils n’ont qu’à repartir dans leur case, puisqu’ils les aiment. Il y en a plein dans la proposition. On rétorquerait surtout que le mot « installation » ne doit pas leur / nous faire peur.

Le Mouffetard, avec ses petites pièces, ses coins et recoins a en effet plutôt l’air d’un antre dadaïste que d’un sanctuaire de l’art contemporain. Dans ce nouveau Cabaret Voltaire, l’installation a des airs modestes : façon bricolage et bidouillage heureux. Elle a adopté l’allure ludique d’une BD en 3D mais sans autres effets spéciaux que ceux des associations insolites et des malins réemplois. On y décèle, certes, de prestigieux héritages, mais aussi un goût pour la culture populaire des fanzines, des détournements à la Fabcaro. Si vous venez en famille, peut-être qu’un air de conte flottera dans les yeux des plus petits. Parce que dans les salles du Mouffetard, la vie secrète des objets semble se dévoiler. Pas sûr d’ailleurs que ces derniers ne jasent pas à votre sujet une fois que vous aurez le dos tourné.

La vie secrète des objets

En tout cas, ils en ont des choses à raconter. Seuls, en duos ou en groupes, ces objets du quotidien sont judicieusement placés sur des bandes de papier blanc où émergent des bulles (on dira des phylactères, si on veut être sérieux) qui leur prêtent voix. Souvent cocasses, ces prises de paroles se déclinent dans une grande variété : depuis la bulle de pensée isolée « ceci est une pipe », qui suffit à convoquer une histoire… de l’art, jusqu’à l’historiette cauchemardesque de Michel déroulée sur une bande, en passant par les colloques sentimentaux de couples de porcelaine. Alors, oui, les pièces bruissent d’histoires dont nos objets sont les héros, des histoires qui résonnent des vieilles armoires de nos parents ou grands-parents : nos histoires aussi, donc.

Objets de culte, objet de femmes (femmes objets ?), objets volés comme on a volé des territoires, objets de hasard comme chez les surréalistes, de désir mortifère de sociétés consuméristes… C’est une histoire complexe dont on rit, comme on en pleurerait parfois. Et on y retrouve bien la générosité, l’engagement et la tendresse de la compagnie. Après nous avoir conté nos passés : la guerre d’Espagne avec du sucre, les luttes sociales des années 70, celle-ci interroge notre avenir. Pas étonnant que le parcours commence par une réflexion douce-amère et humoristique sur… la fin.

Théâtre d’objets : un objet de théâtre !

Car il y a bien une dramaturgie ici, de même qu’on décèle un travail sur la lumière qui permet, par exemple, de ressentir un combat revisité entre un David et un Goliath aux airs menaçants de pelleteuse. Mise en page est aussi mise en scène ! Et on est ravi par l’invention déployée :  autour des formats des papiers ou de l’accrochage, autour des jeux sur le noir et blanc et la polychromie. Et si la mise en scène des objets est maline, elle nous laisse aussi toute la place pour nous raconter nos histoires : petit théâtre imaginaire et précieux. Si on ajoute une fantaisie verbale digne de Ponge, Harakiri, on comprendra, chers Marc et Sophie, que vous voir mérite bien un détour !

Les Maladroits ont donc cette adresse d’écrire leur histoire en la renouvelant. Si l’œil des spectateurs s’éprend, s’habitue et se lasse, comme celui des amoureux parfois, ces artistes ont l’art de garder la flamme. 🔴

Laura Plas


Super Objets, de la cie Les Maladroits

Auteurs-plasticiens : Benjamin Ducasse, Valentin Pasgrimaud, Hugo Vercelletto et Arno Wögerbauer
Porteur du projet : Valentin Pasgrimaud
Durée : environ 45 minutes
Dès 8 ans

Le Mouffetard, Centre national de la Marionnette • 73, rue Mouffetard • 75005 Paris
Du 16 au 26 novembre 2023, le mardi et le mercredi à 17 heures, 18 heures et 19 heures, le jeudi et le vendredi à 17 heures, 18 heures, 19 heures et 20 heures,
De 3 € à 6 €
Réservations : 01 84 79 44 44 ou en ligne

Tournée ici :
• Du 20 mars au 18 avril 2024 au Théâtre de Laval, CNMa, Laval (53)

À découvrir sur Les Trois Coups :
Camarades !, de la cie Les Maladroits, Le Mouffetard, par Laura Plas
11e nuit de la marionnette, festival MARTO, Théâtre Jean Arp, par Léna Martinelli

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