Baptiste Trotignon et Minino Garay en concert, 1988 Live Club à Rennes

Baptiste Trotignon © Jean-François Picaut

Joyeuse connivence

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Pour son concert jazz du mois de janvier, le 1988 Live Club (Rennes, Ille-et-Vilaine) accueillait Baptiste Trotignon et Minino Garay pour un duo de haut vol. La soirée a séduit la nombreuse assistance.

C’est Minino Garay qui ouvre les festivités avec des percussions corporelles et vocales, à la manière de Bobby McFerrin, sur la Répétition, une composition de Baptiste Trotignon extraite de son album Song Song Song (Naïve Jazz, 2012). Le titre est enchaîné avec Awake, tiré du même album, en une sorte de suite, comme très souvent dans ce concert. Les percussions sont d’abord aux avant-postes jusqu’à ce que le piano passe au premier plan et finisse par occuper tout l’espace avec le chant de Trotignon. Le public est déjà sous le charme du pianiste à la fois mélodique et percussif avec une pulsation puissante.

Minino Garay, qui n’utilise que peu de percussions (une caisse claire, un tambourin, un tom basse, un cajon équipé d’une pédale de grosse caisse, des sonnailles à un pied et des congas), raconte que le duo est né, il y a déjà quelques années, au festival de jazz de Cordoba (Argentine) et il poursuit avec la Peregrinacion, un traditionnel extrait de la Misa criolla. Il assure le chant tout en effectuant un travail plein de délicatesse aux balais. Le jeu ample de Trotignon, surtout dans les graves, donne une vraie profondeur à ce classique argentin archiconnu.

Suivent deux pièces de Carlos Gardel, Sus ojos se cerraron et son célèbre Volver, dans un arrangement de l’accordéoniste Lionel Suarez. Dans ce dernier morceau, le piano de Baptiste Trotignon atteint la plénitude du chant. Sa maîtrise et son art éclatent dans For Heaven’s Sake. Cette ballade traditionnelle plutôt lente est interprétée en utilisant toute l’étendue du clavier. C’est un miracle d’équilibre entre mélodie, rythme et harmonie. Vamos (B. Trotignon) lui succède. C’est une pièce rapide que Minino Garay accompagne de simples percussions à mains nues sur son cajon. Un régal. Trotignon joue de dos par rapport à lui (et à une grande partie du public), mais la connivence entre eux est si forte qu’il suffit de voir le large sourire de Minino Garay et sa réactivité pour la percevoir quasi charnellement.

Commentaires élogieux

À l’entracte, la salle ne bruit que de commentaires élogieux sur la prestation des deux artistes. Et la seconde partie débute avec un solo de Minino Garay sur Chorinho pra ele d’Hermeto Pascoal qu’il interprète debout en ne se servant que de ses pieds et d’un triangle : du grand art. Ce qui suit est un des sommets de ce concert avec deux emprunts à West Side Story : Maria, dont Baptiste Trotignon sait rendre le caractère poignant sans une once de guimauve, et America.

On enchaîne avec la très belle Chanson d’Hélène (Jean‑Loup Dabadie), interprétée par Philippe Sarde dans les Choses de la vie, le film de Sautet. Arrive alors un autre moment d’émotion avec What a Wonderful Word, chanson créée par Armstrong. Le piano traduit toute la douceur de la mélodie tandis que des variations vont jusque la fureur. Une salle debout et un tonnerre d’applaudissements concluent le concert.

On entendra néanmoins encore deux rappels, Gone et Odo borrogodo de Trotignon, deux pièces plutôt festives qui viennent couronner une soirée comme on les aime, où, au-delà de toute technique, s’imposent le talent et le plaisir de jouer. 

Jean-François Picaut


Baptiste Trotignon et Minino Garay en concert

Avec : Baptiste Trotignon (piano et voix), Minino Garay (percussions et voix)

Photo : © Jean-François Picaut

1988 Live Club • 27, place du Colombier • 35000 Rennes

Site : www.1988liveclub.com

Tél. +33 (0)7 86 15 09 89

Samedi 31 janvier 2015 à 21 heures

Durée : 2 heures

15 € | 12 € | 7 €