« Barbara‐Fairouz », par Dorsaf Hamdani, Carré Sévigné à Cesson‐Sévigné

Dorsaf Hamdani © Jean-François Picaut Dorsaf Hamdani © Jean-François Picaut

L’émotion à fleur de voix

Par Jean‑François Picaut
Les Trois Coups

Barbara et Fairouz, deux divas, chacune dans son style, mais avec un écho au‑delà de leurs mondes respectifs. La grande chanteuse tunisienne Dorsaf Hamdani entreprend aujourd’hui de réunir ces deux femmes, dont on ne sait même pas si elles se connaissaient. Le résultat est magique.

Rassembler Fairouz et Barbara, ses deux chanteuses tutélaires, était un vieux rêve pour Dorsaf Hamdani. C’est maintenant une réalité discographique (Barbara-Fairouz, Accords croisés, 2014, distribution Harmonia mundi) et c’est aussi une tournée qui a fait halte à Cesson-Sévigné.

Imaginé par le directeur artistique Daniel Mille (accordéon), un écrin musical d’une simplicité biblique (guitares, oud, accordéon, violon et percussions) accueille les chansons croisées. La proximité des deux femmes éclate dans les thèmes retenus par Dorsaf Hamdani : la passion amoureuse, la souffrance du deuil ou de la solitude, l’espoir tenace.

La chanteuse tunisienne possède une voix avec une tessiture étendue, des graves somptueux et des aigus très clairs. Sa science musicologique se sent dans ses interprétations ciselées. Et son expressivité couvre avec aisance toute la gamme des émotions.

Un chant qui touche au plus profond

C’est une chanson de Fairouz, Jerusalem, qui ouvre le concert. Un prélude à la guitare, rejointe par l’accordéon qui joue dans le souffle avec de légers froissements des balais du batteur, donne le ton. Une longue vocalise suivie d’un parlé-chanté en arabe est accompagnée par un accordéon très mélancolique. Puis le chant s’élève, de la plénitude des graves au soleil à peine voilé des aigus. Un violon orientalisant introduit Dis, quand reviendras‑tu ? qui est aussi accompagné au bendir joué avec de minibalais de cuisine et, pourtant, ce traitement ne défigure en rien la chanson de Barbara qui garde intacte sa charge émotive.

Tel est le miracle réalisé sur toutes les chansons par les arrangements de Lucien Zerrad (guitare, oud). L’orchestration de Daniel Mille a réussi la synthèse des deux univers culturels en gommant les fioritures de chacun. Le chant de Dorsaf Hamdani cherche toujours à toucher au plus profond, là où tous les hommes sont semblables. Elle enchaîne avec Zourouni sans qu’on ait la moindre impression de rupture.

Après ces moments un peu sombres, le Nissan légèrement dansant de Fairouz est bien venu. Le solo d’accordéon, plein de légèreté, avec une délicate touche élégiaque, correspond bien à ce mois du printemps. Et on retombe dans la mélancolie avec une version de Nantes à procurer le frisson, suivie d’une berceuse, Yalla Tnam, occasion d’un solo particulièrement talentueux d’oud.

La fin du concert sera nettement plus enjouée

À l’exception de la Solitude, dotée de remarquables arrangements, la fin du concert sera nettement plus enjouée avec notamment une version, plus gaie que l’original, de Göttingen. Façon de dire peut-être sa foi en un partage des cultures plus serein que ce que donne à voir l’actualité.

Il faut faire un sort à un très long solo de tambourin légèrement arrangé. Yousef Zayed (percussions, oud) s’y montre d’une virtuosité étourdissante. On se demande comment il est possible d’atteindre une telle musicalité avec un instrument aussi simple.

Ensuite, avec l’enchaînement d’Atini, Ce matin-là, Addich Kanfi, Gare de Lyon et al Bint el Chalabeya, c’est l’heure de la gaieté et de la fête. Dorsaf Hamdani prouve à ceux qui en auraient douté qu’elle excelle autant dans le registre léger que dans l’expression dramatique. On est frappé de voir comment, sans copier Barbara, elle retrouve certains de ses accents et inflexions.

Pour terminer le concert, les musiciens nous offrent un bœuf endiablé où les solos succèdent aux joutes à deux : jolie prestation de Zied Zouari (violon et alto). Avec un brin de facétie, peut-être pour illustrer la leçon de métissage culturel véhiculée par le concert, Daniel Mille introduit quelques mesures de Take Five dans cette improvisation sans que personne ne s’en s’émeuve. 

Jean‑François Picaut


Barbara-Fairouz, par Dorsaf Hamdani

Un disque Accords croisés / Harmonia mundi, 2014

Photo : © Jean‑François Picaut

Carré Sévigné • 4, mail de Bourgchevreuil • 35510 Cesson‑Sévigné

Réservations : 02 99 83 11 00

Jeudi 13 octobre 2016 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

30 € | 28 € | 20 €