« Cantates et concerto comiques français », par Dominique Visse et l’ensemble Café Zimmermann, Théâtre de la Ville à Paris

Dominique Visse © D.R.

Quand musique rime avec comique

Par Céline Doukhan
Les Trois Coups

Le précédent concert de Dominique Visse au Théâtre des Abbesses avec son ensemble Clément-Janequin avait été enthousiasmant. En serait-il de même pour cette nouvelle représentation en compagnie cette fois du Café Zimmermann ? Pari tenu haut la main !

Qu’allait donc mijoter cette fois Dominique Visse dans ce programme de « cantates et concertos comiques français » ? L’homme est à la fois un chanteur génial et un comédien hors pair, capable d’entraîner avec lui les musiciens et le public pour le suivre dans de folles escapades, qui nous ramènent plusieurs siècles en arrière aux côtés de compositeurs sortant des sentiers battus. Ce qui n’empêche pas cet extraordinaire bateleur de savoir se mettre en retrait quand il le faut.

Première étape du voyage, le Concerto comique no 24 de Michel Corrette (1707-1795), qui permet aux musiciens (deux violons, un clavecin, violoncelle, viole de gambe, guitare et flûte) d’ouvrir le bal par une exécution enlevée, rythmée et élégante. Un hors-d’œuvre de luxe avant d’attaquer le plat de résistance de cette première partie : la cantate Dom Quichotte de Philippe Courbois. C’est à ce moment que Dominique Visse entre en scène, fidèle à son look de pirate, crinière blanche, bijouterie argentée scintillant à ses oreilles, ses doigts et ses poignets. L’homme se tient derrière son pupitre, tenant ses mains croisées devant lui. On parierait volontiers que cette attitude d’écolier sage ne va pas durer. Le premier violoniste a déjà enlevé son veston. Ça va chauffer au Théâtre de la Ville, foi de contre-ténor ! Si de pathétiques accents traversent ces lamentations de l’homme de la Manche à sa Dulcinée, tout cela n’est pas sérieux, comme le souligne l’intervention burlesque de Sancho : « Mordi faut-il pour un ingratte / Passer tant de nuits sans grabat / Palsangué, grattons qui nous gratte / Autrement à bon chat bon rat » ! Tout cela avec la diction ad hoc : r roulé, oi prononcé é et pluriels en s bien sonores. Coup d’œil dans le public : c’est une mer de visages heureux, sur lesquels flottent des sourires à la fois amusés, bienveillants et admiratifs.

Dominique Visse

À ce premier morceau de bravoure succède la Sonnerie de Sainte-Geneviève-du-Mont-de-Paris, de Marin « Tous les matins du monde » Marais, une pièce instrumentale qui permet aux musiciens de faire une nouvelle fois montre de leur talent. Par opposition au morceau précédent, on passe ici à une pièce au rythme lancinant, où les variations de la viole et du violon autour du motif répété par le clavecin et le luth font résonner des accents nobles et pleins de sentiment.

Grisé par cette première partie, on se réjouissait d’entendre la suite très prometteuse de ce programme avec la cantate la Matrone d’Éphèse. Quel régal ! Dans cette pièce, Dominique Visse pouvait donner libre cours à ses talents de comédien : il jouait cinq personnages ! Avec des variations de position et surtout de voix incroyables, le chanteur emporte définitivement le morceau. Sans que jamais la qualité du chant n’en pâtisse, celui-ci se double d’une comédie irrésistible à laquelle même les musiciens ont du mal à résister tant ils semblent parfois sur le point d’éclater de rire. L’histoire de cette veuve joyeuse et de son nouveau prétendant, un soldat chargé de garder un pendu qu’il finit par se faire voler (!) nous fait rire comme si elle avait été écrite hier.

Puis, après une longue série d’applaudissements et une nouvelle parenthèse instrumentale, ce concert euphorisant se conclut par la Sonate de Pierre de la Garde (1717-1792). Dans cette œuvre satirique, un compositeur-maestro vaniteux non seulement tyrannise ses musiciens trop prompts à massacrer son œuvre intemporelle, mais, dit-il, « cette plainte est touchante quoique j’en sois l’auteur, moi-même, elle m’enchante » ! Il est vraiment plaisant de voir que ce petit chef-d’œuvre d’autodérision sert de conclusion à une prestation savamment préparée et interprétée tout en étant on ne peut plus divertissante. Un véritable pied de nez aux créateurs de tout poil parfois un peu trop oublieux du public ! Tous les spectacles devraient être comme celui-ci : c’est-à-dire, comme le disait La Fontaine, à la fois « plaire et instruire ». 

Céline Doukhan


Cantates et concerto comiques français, par Dominique Visse et l’ensemble Café Zimmermann

Avec : Pablo Valetti et Mauro Lopes-Ferreira (violons), Friederike Heumann (viole de gambe), Petr Skalka (violoncelle), Éric Bellocq (luth et guitare), Céline Frisch (clavecin), Diana Baroni (traverso et flûte)

Théâtre de la Ville • 2, place du Châtelet • 75004 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

www.theatredelaville-paris.com

Métro : Châtelet

Samedi 7 mars 2009 à 17 heures

17 € | 12 €