« Celtic Blues », avec Rihannon Giddens, Théâtre national de Bretagne, à Rennes

Rihannon Giddens © DR Rihannon Giddens © DR

« Celtic Blues » : un enchantement 

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

La semaine d’avant Noël aura été faste pour l’Orchestre symphonique de Bretagne. Le 20 décembre, il s’est vu attribuer le titre d’Artiste de l’année aux Victoires de la région. Les 21 et 22, il a connu un vrai triomphe pour son concert « Celtic Blues », autour des chansons de la magnifique chanteuse, Rihannon Giddens.

Comme l’a souligné Marc Feldman, son administrateur général, la Victoire attribuée à l’Orchestre est la « récompense d’un travail acharné sur le terrain » pour faire entrer la diversité musicale dans la pratique de l’O.S.B. et pour la partager avec l’ensemble du territoire breton. Une volonté que l’on retrouve dans la programmation de Rihannon Giddens, dont M. Thomas White, conseiller diplomatique auprès de l’Ambassade des U.S.A., souligne à quel point « elle incarne à merveille la diversité américaine ».

Celtic Blues, c’est un projet que Grant Llewellyn, le directeur musical de l’O.S.B., a conçu comme un écrin pour les chansons de Rihannon Giddens qui s’intercalent entre des œuvres de compositeurs afro-américains. Darker America, Mother and Child, Sérénade pour orchestre de William Grant Still (1895-1978) annoncent, adoucissent ou renforcent les chansons qui les suivent. James Reese Europe, plus connu chez nous sous le nom de « Jim Europe », est l’introducteur du jazz en France pendant la Première guerre mondiale. Son Castle House Rag, spécialement arrangé par Guillaume Saint-James, est une joyeuse transition rythmée vers la fin du concert.

Rihannon Giddens © DR
Rihannon Giddens © DR

La musique de Rihannon Giddens est aussi métissée que son identité afro-américaine, irlandaise et indienne occaneechi. Elle a reçu une double formation en musique lyrique classique et musique traditionnelle américaine. Son répertoire puise dans la tradition des chansons de protestation des années 1970 (dans le sillage des Joan Baez et Bob Dylan), dans le blues, le jazz et, avec un bonheur égal, dans la musique de sa Caroline du Nord native, comme dans celle de l’Irlande de ses ancêtres. Elle n’est jamais dans l’imitation folklorique mais toujours dans l’appropriation originale.

Un charisme exceptionnel

Elle ne s’en cache pas, sa musique est engagée. Elle ne prêche pas pour autant. Et si elle fait appel à notre intellect, elle ne dédaigne jamais le domaine des émotions, que tous les humains partagent. On ne s’étonnera pas de trouver dans ses thèmes favoris le combat pour les droits civiques, avec la reprise actualisée de Birmingham Sunday (chanson de Richard Fariña popularisée par Joan Baez) et de Freedom Highway (titre éponyme de son dernier album) un tube des Staples Singers, deux incontournables des marches pour la liberté et l’égalité des années 1960. Elle adapte aussi la Spanish Mary de Bob Dylan.

Ses propres compositions évoquent la mère esclave dont on a vendu l’enfant et qui nourrit le fils du maître, les prisonniers qui triment dans la construction d’une route, la protestation d’une femme esclave qui proclame : « Vous pouvez prendre mon corps, mes os, mon sang mais pas mon âme », etc.

Son interprétation de Tomorrow is my Turn, la version anglaise, très différente dans le texte, de L’Amour, c’est comme un jour, une chanson de Charles Aznavour, est pleine de détermination et d’espoir. Elle rejoint ainsi la grande interprétation historique de Nina Simone.

Qu’elle chante une berceuse, un chant de lutte et de revendication, une chanson d’amour ou interprète une musique à danser, Rihannon Giddens se livre totalement. Sa vivacité sur scène, sa générosité, sa simplicité, son engagement exceptionnels lui confèrent un charme, un charisme, rares. Pieds nus, elle se laisse emporter par la danse qu’elle interprète. Se souvenant de ses passages à l’opéra, elle incarne par son visage et tout son corps l’histoire qu’elle raconte. Elle maîtrise sa voix puissante, avec une tessiture confortable, et la plie avec aisance à toutes les nuances qu’elle veut exprimer. Elle s’accompagne avec bonheur au fiddle (violon traditionnel) et au banjo du XIXe siècle.

Enfin, sous la direction de Grant Llewellyn, l’Orchestre symphonique de Bretagne déploie, dans différentes formations, toute l’aisance et le brio qu’il a su acquérir dans différents styles. 

Jean-François Picaut


Celtic Blues, avec Rihannon Giddens

Direction musicale : Grant Llewellyn

Avec : Rihannon Giddens (voix, fiddle et banjo), Guillaume Saint-James (saxophone soprano) et l’Orchestre symphonique de Bretagne.

Durée : 2 heures

Photo : Rihannon Giddens © DR

Théâtre national de Bretagne • salle Vilar • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Les 21 et 22 décembre 2017 à 20 heures

De 13 € à 33 €

Réservations : 02 99 31 12 31