« Cirkopolis », du Cirque Eloize, le 13ème Art à Paris

« Cirkopolis », par le Cirque Eloize © Ambra Vernuccio

La ville en folie

Par Anne Cassou-Noguès
Les Trois Coups

Le Cirque Eloize (prononcez Elwaz), compagnie canadienne qui s’est imposée sur la scène internationale ces dernières années, s’installe sur la toute nouvelle scène du 13ème Art, à Paris. Un nouveau spectacle sur le monde du travail qui met le public en alerte maximale !

Dès le lever du rideau, on découvre des images vidéo sur un immense écran. Des roues gigantesques, qui rappellent celles des Temps modernes de Chaplin, et une ville réduite à l’état d’usine semblent écraser le seul personnage présent sur scène, assis à un bureau presque caché derrière une haute pile de papier. D’emblée, le spectacle donne le ton. Il ne s’agira pas d’enchaîner les numéros et les performances, mais de dire quelque chose du monde. Le cirque se place au service d’un discours sur la ville, le monde moderne, le travail. C’est peut-être ici la faiblesse et la force de ce spectacle.

Faiblesse parce que le discours critique est convenu. Le monde du travail est hostile et nie la spontanéité de l’humain. On n’a malheureusement pas attendu le Cirque Eloize pour en être convaincu. Cependant, ce qui nous semble surtout un prétexte plus esthétique qu’idéologique, donne son rythme et son énergie à Cirkopolis.

En effet, dans le cirque traditionnel, la tension retombe entre chaque numéro, à cause des applaudissements. De plus, l’accumulation de performances finit par lasser. Ici, au contraire, la vidéo et la dimension narrative assurent une continuité dans le spectacle, elles maintiennent le spectateur en alerte.

« Cirkopolis », par le Cirque Eloize © Ambra Vernuccio
« Cirkopolis », par le Cirque Eloize © Ambra Vernuccio

Des performances spectaculaires

La ville se donne à voir sous tous ses aspects, tout comme les disciplines circassiennes. Ainsi, quand le travail paraît colossal, les circassiens recourent à la roue allemande pour affirmer leur puissance. Quand le travail semble écraser les employés, un mât chinois jaillit aussitôt du sol et permet aux artistes de défier la gravité. Après le rythme aliénant, un numéro de jonglerie très poétique permet de souffler un peu.

Après une ouverture extrêmement dynamique où un groupe de travailleurs presque transformés en robots envahit la scène dans un ensemble étonnant, la scène devient d’ailleurs onirique. Une femme seule succède au groupe. La légèreté de la roue Cyr fait alors oublier l’agressivité de la marche forcée, la couleur d’une robe vaporeuse remplace le gris des uniformes.

Mais le plus souvent, nous allons aussi au cirque pour retenir notre souffle. Et le Cirque Eloize est à la hauteur de nos attentes. Le public est impressionné par la maîtrise des agrès, le mât chinois, la corde, la roue Cyr et la roue allemande. Surtout, les corps des artistes sont prodigieux. Ils se tordent et se contorsionnent selon des angles et des logiques improbables. Ils s’élèvent dans les airs défiant toute gravité. La vidéo qui suggère sans cesse la hauteur, le vertige, le mouvement, soutient tous ces numéros et contribue à les rendre plus sensationnels encore.

« Cirkopolis », par le Cirque Eloize © Ambra Vernuccio
« Cirkopolis », par le Cirque Eloize © Ambra Vernuccio

Enfin, les interprètes donnent l’impression de passer une soirée formidable en notre compagnie. L’entente et la confiance en l’autre, nécessaires pour la réalisation des acrobaties, semble se propager dans la salle. Il ne s’agit plus seulement de concentration, mais de complicité. Les circassiens nous sourient et se défient avec humour, à tel point que nous avons l’impression de participer au spectacle, d’être emporté dans leur danse vertigineuse.

En somme, même si la salle du 13ème Art n’offre pas une parfaite visibilité, même si l’art du cirque s’est suffisamment renouvelé au XXIe siècle pour que l’on ne soit plus surpris de la modernité de la proposition artistique, même si la dimension critique du spectacle est un peu naïve, on passe une excellente soirée avec le Cirque Eloize. Alors, ne boudons pas notre plaisir. 

Anne Cassou-Noguès


Cirkopolis, du Cirque Eloize

Metteurs en scène : Jeannot Painchaud et Dave St-Pierre

Avec : Colin André-Hériaud, Selene Ballesteros-Minguer, Pauline Baud-Guillard, Julius Bitterling, Ashley Carr, Aaron DeWitt, Rosita Hendry, Jonathan Julien, Frédéric Lemieux-Cormier, Alexie Maheu, César Mispelon, Arata Urawa, Jérémy Vitupier, Antonin Wicky.

Durée : 1 h 30

Du jeudi 5 au dimanche 29 octobre, du mardi au samedi à 21 heures, le dimanche à 15 heures (relâche le lundi)

De 26 à 63 euros

Réservations ici

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