« Clean City », de Anetsis Azas et Prodromos Tsinikoris, Le Radiant-Bellevue à Caluire et Cuire

« Clean City », de Anetsis Azas et Prodromos Tsinikoris © Christina Georgiadou

Litanie documentaire

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

Au programme du festival Sens Interdits figurent les représentants d’une nouvelle génération théâtrale grecque. Ils rendent compte de la situation imposée aux travailleuses étrangères dans leur pays en crise.

Immigrées d’Afrique du Sud, de Moldavie, d’Albanie, de Bulgarie et des Philippines, ces employées racontent leur propre histoire. Esclaves modernes d’une société sexiste et raciste, elles ont échappé à leur condition de femmes de ménage et sont devenue comédiennes. Leurs récits témoignent du parcours douloureux et kafkaïen qu’elles ont subi pour obtenir permis de séjour et emploi. Leur spectacle, à proprement parler, relève d’une forme de théâtre documentaire où textes et images vidéo procèdent à l’inventaire des situations d’exploitation vécues par les immigrées à Athènes. Tiraillées entre l’envie de réussir et la nostalgie de leur patrie d’origine, elles finissent par nous dire que le théâtre les a sauvées du désespoir et de la solitude. Les mots sont justes, la présence physique des protagonistes contient une émotion palpable, mais la linéarité de la dramaturgie affaiblit l’impact du contenu. L’addition des témoignages, la quasi-absence d’échanges entre partenaires, la rareté d’éléments contradictoires risquent de lasser les spectateurs. Notamment ceux qui, comme moi, critiquent la façon dont l’État et la société grecs méprisent et humilient les migrants étrangers.

Qui nettoie le théâtre ?

D’entrée de jeu et avec malice, la question est posée au public : qui nettoie le théâtre ? Percutante introduction qui rappelle à chacun qu’en France, comme en Grèce et sans doute ailleurs, les lieux de culture sont nettoyés principalement par des femmes immigrées. Nous laissons bien souvent nos mouchoirs froissés, nos programmes oubliés, nos bouteilles d’eau en plastique entamées qu’elles ramasseront. Puis, en quittant la salle, nous entamerons aussitôt nos échanges cultivés. À cet instant, la possibilité que le spectacle s’engage sur la voie d’une dialectique qui piège le public dans ses propres contradictions semble s’annoncer. Mais non. La litanie des expériences subies par les cinq agentes d’entretien s’enclenche, seulement interrompue par deux chansons et quelques pas de danse esquissés. Terrible piège que celui qui ne laisse plus à l’auditoire que l’hésitation entre compassion pour les personnes les plus solidaires, ou condescendance pour les moins concernées. Dommage, vraiment dommage. Cette rencontre artistique entre un pays où sévit le groupe néo-nazi Aube Dorée et celui que gangrène le Front National, cette forme de théâtre documentaire, laissaient espérer plus d’émotion et d’exigence critique.

Michel Dieuaide


Clean City, de Anetsis Azas et Prodromos Tsinikoris
Recherche, texte et mise en scène : Anetsis Azas et Prodromos Tsinikoris

Dramaturgie : Margarita Tsomou

Avec : Mabel Matchidiso Mosana, Rositsa Pandalieva, Fredalyn Resurreccion, Drita Shehi, Valentina Ursache

Coréalisation : Festival Sens Interdits
Durée : 1 h 15
Photo : © Christina Georgiadou

Radiant-Bellevue • 1, rue Jean Moulin • 69300 Caluire-et-Cuire

Les 24 et 25 octobre 2017 à 20 h 30

De 23 € à 12 €

Réservations : 04 72 77 40 00

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