« Cyrano de Bergerac », d’Edmond Rostand, les Nuits de Fourvière, l’Odéon

« Cyrano de Bergerac » © Hervé All « Cyrano de Bergerac » © Hervé All

Avec panache !

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Beau lancement des Nuits de Fourvière avec un « Cyrano de Bergerac » sensible et juste monté par Georges Lavaudant, qui fait ici démonstration de son exigence artistique. Et Patrick Pineau est magnifique dans le rôle-titre.

Le temps était (miracle !) de la partie : le ciel était étoilé et la température se prêtait au théâtre en plein air… Le décor du petit amphithéâtre, l’Odéon, se prête de plus fort bien aux aventures chevaleresques, aux duels et autres embuscades dans la nature des cadets de Gascogne… À l’intérieur de ce décor naturel magnifique, celui imaginé par Jean‑Pierre Vergier, plutôt minimal, est d’une grande efficacité. Georges Lavaudant, aux lumières, sa passion de toujours, le transforme, avec une pointe d’ironie, à chaque changement d’acte, en palais féerique façon Disneyland…

Plusieurs Cyrano de Bergerac rivalisent sur les planches ces temps-ci. Aussi était-on fort curieux de savoir ce qu’allait donner celui-ci… D’autant que, par le passé, de nombreuses interprétations ont marqué les mémoires. Et que le personnage, tout comme la pièce qui porte son nom, est devenu un mythe dont on connaît les répliques fameuses : la tirade du « nez » est en effet un exercice redouté et celle des « non merci » qui lui succède un morceau de bravoure, une déclaration romantique que n’auraient désavouée ni Ruy Blas ni Don Quichotte.

Car Cyrano est d’abord un héros romantique. Desservi par un physique (et surtout par un nez) si ingrat que cet homme courageux pour ne pas dire téméraire, fier pour ne pas dire ombrageux, portant sur les petitesses du monde un regard sans complaisance, tremble comme un enfant devant le regard de celle qu’il aime, devient faible au point de céder à tous ses désirs et naïf…

Un héros romantique, alliant grotesque et grandeur

Ce vaillant et rude soldat est en effet amoureux en secret et sans espoir de Roxane, qui va le choisir pour confident de ses propres amours pour un jeune homme charmant, mais de si peu d’épaisseur… qu’il va demander à Cyrano d’écrire ses lettres à sa dulcinée en son nom. Et voilà comment le personnage devient l’intermédiaire indispensable aux deux tourtereaux, tissant son propre échec, mais aussi trouvant là exutoire à ses épanchements… Le drôle est que Roxane va finir par aimer l’auteur des missives sans savoir qui il est. La mort de Christian cèlera la supercherie. Et notre héros mourra dans les bras de sa bien-aimée aux yeux enfin mais trop tard dessillés.

L’interprétation de Patrick Pineau, quelque peu déconcertante au début, fait de Cyrano un personnage de comédie qui fait rire de lui-même pour éviter qu’on s’apitoie. Cyrano joue la grande gueule, cultive son style décalé, toujours prêt à en découdre pour l’honneur, mais se moquant de lui-même d’abord avant de devenir l’objet de moqueries… Dans le même temps, sous cette carapace de clown gueulard, se cache une âme généreuse, un naïf, un Don Quichotte qui croit encore aux rêves et vit de chimères. Patrick Pineau en fait un héros attachant et complexe, et sa prestation, constamment juste, suit les grandes transformations à l’œuvre chez son personnage qui font de l’histrion du départ un personnage tragique. Toute la distribution, très homogène, est d’ailleurs remarquable. Et le mérite en revient à Georges Lavaudant qui, tout en signant ici une mise en scène somme toute assez classique, montre son habileté à diriger les acteurs ainsi qu’à imposer à la pièce un rythme qui fait qu’on ne s’ennuie pas un instant. On vibre au contraire à cette histoire, et surtout l’on se délecte d’entendre aussi bien dite la belle langue d’Edmond Rostand. 

Trina Mounier

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mise en scène d’Yves Morvan.

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Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand

Mise en scène : Georges Lavaudant

Dramaturgie : Daniel Loayza

Avec : Patrick Pineau (Cyrano), Marie Kauffmann (Roxane), Frédéric Borie (Christian), Gilles Arbona, François Caron, Olivier Cruveiller, Astrid Bas, Emmanuelle Reymond, Pierre Yvon, Laurent Manzoni, Alexandre Zeff, David Bursztein, Loïc‑Emmanuel Deneuvy, Julien Testard, Maxime Dambrin, Bernard Vergne, Marina Boudra

Décor et costumes : Jean‑Pierre Vergier

Assistante costumes : Géraldine Ingremeau

Son : Jean‑Louis Imbert

Assistant son : Régis Sagot

Lumières : Georges Lavaudant

Vidéo : Mathias Szlamowicz

Maître d’armes : François Rostain

Maquillages et effets spéciaux : Sylvie Cailler

Perruques : Jocelyne Milazzo

Assistante à la mise en scène : Fani Carenco

Photos : © Hervé All et pour Georges Lavaudant © D.R.

Construction des décors et réalisation des costumes : Ateliers de la M.C.93, maison de la culture de Seine-Saint-Denis

Coproduction L.G. Théâtre ; M.C.93, maison de la culture de la Seine-Saint-Denis ; les Nuits de Fourvière / département du Rhône ; les Gémeaux à Sceaux, scène nationale

Avec la participation artistique du Jeune Théâtre national et de la Maison Louis-Jouvet / École nationale supérieure d’art dramatique de Montpellier

Création mondiale

Les Nuits de Fourvière 2013

www.nuitsdefourviere.com

Réservations : 04 72 32 00 00

Du 4 juin au 12 juin 2013 à 21 h 30 à l’Odéon

Durée : 2 h 30

28 € | 20 € | 11 €

Tournée :

  • Du 15 juin au 17 juin 2013 : Printemps des comédiens à Montpellier
  • Du 4 octobre au 22 octobre 2013 : M.C.93 à Bobigny
  • Du 26 octobre au 31 octobre 2013 : Piccolo Teatro à Milan
  • Du 7 novembre au 16 novembre 2013 : le Grand T à Nantes
  • Du 27 novembre au 30 novembre 2013 : Espace des arts, scène nationale à Chalon-sur-Saône
  • Du 5 décembre au 15 décembre 2013 : les Gémeaux à Sceaux
  • Du 17 décembre au 20 décembre 2013 : Scène nationale de Sénart
  • Du 7 janvier au 11 janvier 2014 : Théâtre de l’Archipel à Perpignan
  • Du 15 janvier au 18 janvier 2014 : la Criée à Marseille
  • Du 22 janvier au 24 janvier 2014 : maison de la culture à Amiens
  • Du 6 février au 9 février 2014 : Sortie ouest à Béziers
  • Du 12 février au 14 février 2014 : la Filature, scène nationale à Mulhouse