« Cyrano intime », d’après Edmond Rostand, Théâtre Pixel à Paris

rideau-rouge

Rimez, jeunesse !

Par Franck Bortelle
Les Trois Coups

Source inépuisable pour les metteurs en scène de tous horizons, adapté plusieurs fois au cinéma et au théâtre, le chef-d’œuvre de Rostand est multiple. Récit chevaleresque, histoire d’amour, « Cyrano de Bergerac » par la complexité de ses personnages et la splendeur de ses vers tient encore et toujours le haut du pavé. Yves Morvan a choisi de resserrer sa mise en scène sur le caractère intime de l’œuvre. Aidé par une troupe de jeunes comédiens à la niaque indéniable, il réussit « son » Cyrano. Un spectacle pour tous.

Ragueneau entre en scène, s’attable devant une feuille blanche, plume à la main. Il va nous raconter une histoire. Il ébauche quelques vers de mirliton, qui ne valent pas tripette comparés à ceux du héros. Tiens, le voici qui entre, le héros, précédé de son légendaire appendice nasal, le plus célèbre de tous les temps, avec celui de Cléopâtre. Le reste de l’histoire, inutile de le raconter. Tout le monde connaît… Nous voici durant une heure et demie dans l’intimité du beau Cyrano, enlaidi par sa péninsule au milieu de la figure.

Yves Morvan a choisi l’ellipse pour « son » Cyrano. Avec des interventions itératives de Ragueneau en narrateur, il maintient le fil dramatique de l’œuvre, en ne conservant du texte que ce qui tient dans un décor unique, sobre, quasi inexistant : l’intimité. Les personnages d’abord et avant tout. Les mots, rien que les mots. Les plus beaux, les plus enflammés, les plus douloureux : ceux de Cyrano à sa Roxane, ceux de Cyrano pour sa Roxane.

La mise en scène est alerte, d’une totale fluidité. D’un jeu de lumière désarmant de simplicité, le flash-back est assuré, les personnages sautent d’une époque à l’autre. Pas de coupure, pas de temps mort. Pour répondre à ce travail où le rythme s’impose, il fallait de la vivacité chez les comédiens. On l’a. Certes, quelques maladresses se font sentir parfois, mais la foi en leur métier et la fougue du jeu que ces jeunes passionnés véhiculent dans cette énième adaptation du chef-d’œuvre de Rostand l’emporte sans coup férir. 

Franck Bortelle


Cyrano intime, d’après Edmond Rostand

Mise en scène : Yves Morvan

Assistante  : Myrtille Prat

Avec : Mathilde Arnaud, Myrtille Prat, Julien Buda, Mathieu Gorges, Romaric Maucœur, Lula Suassuma

Théâtre Pixel • 18, rue Championnet • 75018 Paris

Réservations : 01 42 54 00 92

Samedi 10 novembre 2007 à 20 h 45

Samedis 1, 8, 15 et 22 décembre 2007 à 17 h 45

Tous les dimanches jusqu’au 16 décembre 2007 à 19 h 45

Durée : 1 h 30

14 € | 9 €