« Dragging the Bone », de Miet Warlop, Théâtre Les Ateliers à Lyon

« Dragging the Bone » © Reinout Hiel

Le plateau de la méduse

Par Élise Ternat
Les Trois Coups

Quel plaisir de se rendre désormais au Théâtre Les Ateliers pour y découvrir quelques-unes des propositions contemporaines qui manquaient cruellement à la scène lyonnaise (à l’exception des Subsistances, bien entendu). À cet égard, « Dragging the Bone », dernière performance de l’artiste belge Miet Warlop présentée du 3 au 6 mars, est une pure bouffée d’air créatif.

C’est un bien étrange rituel auquel la jeune artiste belge nous convie ici. En effet, depuis plusieurs années, Miet Warlop a su se faire connaître des scènes européennes par ses performances, dotées d’un univers plastiquement fort et d’un humour pour le moins décalé.

Sur le plateau, c’est un ensemble d’éléments hétéroclites qui répondent à un ordre méticuleusement agencé, mais dont les ressorts nous échappent encore. Véritable maîtresse de cérémonie, la jeune femme se meut à divers côtés de la scène, œuvrant ici ou là au déplacement d’un objet, à la manipulation d’un autre. C’est à partir d’un remarquable travail sur les textures et les matières que l’alchimie opère : ainsi, le dur se révèle caoutchouteux et le mou devient solide. Chaque action de l’artiste entraîne avec elle tout un lot de conséquences qui ne tardent pas à se faire entendre à l’autre bout de la scène. Dès lors, bien plus qu’une succession de tableaux, on observe toute une série d’actes qui se préparent, se répondent, interagissent tels les ingrédients d’une étrange recette. À l’instar d’une méduse, Miet Warlop pétrifie et transforme tout ce qui l’entoure. Ici, la charge symbolique affectée aux objets est très forte. À cet égard, chaque transformation a une signification, et nombreuses sont les thématiques questionnées. En interrogeant sans cesse nos a priori, l’artiste belge nous prouve à quel point nos sens et perceptions nous trompent.

Transformisme pour corps et objets

Loin de s’arrêter en si bon chemin, Miet Warlop va jusqu’à donner de sa personne, considérant son corps à la manière d’une matière plastique, semblable à une partie de décor, vecteur d’illusions et de surprises. À ce travail s’associe tout un univers sonore composé de musiques décalées et de nombreuses cassures de rythme, permettant d’aller du rapide au lent, de l’intimiste au froid. À noter également le passage d’une ambiance monochrome à l’emploi d’éléments de couleur. Ainsi, l’atmosphère austère des premiers moments s’allège peu à peu à mesure que la performance évolue. Le petit théâtre de Miet Warlop est un transformisme permanent pour corps et objets. Chaque métamorphose s’apparente à une naissance, à la manière d’une éclosion ou d’une mutation. Par son humour et son esthétique, Dragging the Bone est un véritable bijou d’inventivité. Et c’est toute une poésie qui se dessine dans cette spectaculaire exploration intérieure à la fois hypnotique, drôle et terriblement troublante. 

Élise Ternat


Dragging the Bone, de Miet Warlop

Conception, direction, sculptures et performance : Miet Warlop

Assistante sculpture : Barbara Vackier

Assistante costumes : An Breughelmans et Sofie Durnez

Musique : Stefaan Van Leuven et Stephen De Waele

Lumières et techniques : Babette Poncelet

Œil extérieur : Danaï Anessiadou et Nicolas Provost

Manager : Carl Gydé

Stagiaire costumes et sculptures : Margré Steensma et Elleke Frijters

Construction : Collin Temple et Jeoren Dreezen

Production : Iren wool VZW / Production déléguée, diffusion : Latitudes Prod (Lille)

Technique : Niels Leven

Photo : « Dragging the Bone » | © Reinout Hiel

Théâtre Les Ateliers • 5, rue Petit-David • 69002 Lyon

Réservations : 04 78 37 46 30

Site du théâtre : www.t-la.org

Du 3 au 6 mars 2015 à 20 heures

Durée : 50 minutes

20 € | 15 € | 12 €

Tournée :

  • Du 26 au 28 mars 2015 – Kaserne Basel (CH)
  • Les 1 et 2 avril 2015 – HAU – Berlin (DE)
  • Les 16 et 17 avril 2015 – T.J.P. – Strasbourg (FR)
  • Mai 2015 – Festival Actoral – Toulouse (FR)
  • Le 4 juin 2015 – La Condition publique, Roubaix (FR) dans le cadre du festival Latitudes contemporaines