« Dream », de Julien Lestel, Salle Pleyel à Paris

Dream-Julien-Lestel © Philippe Escalier

Un « Dream » tonique

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Créé à l’Opéra de Massy, le public parisien a pu assister à une représentation exceptionnelle de « Dream » à la Salle Pleyel. Une chorégraphie musclée et élégante soutenue par de belles images.

Bien qu’il compte déjà une vingtaine de créations à son répertoire, nous n’avions pas encore eu l’occasion de découvrir le travail de Julien Lestel. Après une formation au sein de l’École de Danse de l’Opéra national de Paris, où il décroche un Premier prix, celui-ci a multiplié les collaborations prestigieuses (l’Opéra de Paris, à Monte-Carlo, Zürich ou encore au Ballet national de Marseille où il a été danseur Étoile), avant de créer, en 2007, sa propre compagnie. Treize ans après, Dream marque un tournant : « On repart vers de nouvelles directions en se sentant plus forts, plus libres », précise-t-il. C’est sans doute ce changement de cap qui nous a interpelés.

Dream-Julien-Lestel
© Lucien Sanchez

Rêves inavoués, passions inassouvies… Dans Dream, Julien Lestel explore les territoires parfois inconnus de nous-mêmes, là où tout est possible, entre nos angoisses et nos désirs les plus fous. Plonger dans cet imaginaire révèle des images saisissantes de beauté. Avec une touche raffinée, les jeux d’ombres et de lumières sculptent l’espace et subliment les corps, en soulignant les contrastes.

Puissance et grâce

Parmi les références du chorégraphe, Jiří Kylián, Ohad Naharin ou encore Crystal Pite. Excusez du peu ! Reste que le chorégraphe impose son style, où se côtoient puissance et sensualité, de beaux atouts mis en valeur par la technique virtuose des interprètes, une douzaine de danseurs issus d’horizons différents.

Tout en restant fidèle au néoclassicisme qui caractérise la compagnie, chacun révèle ici sa singularité. Les emprunts contemporains créent de salutaires ruptures permettant de coller à notre époque dans une plus grande liberté. Dans Dream, on retrouve l’aspect performatif des danseurs, lesquels repoussent toujours plus loin les limites de leurs corps, la précision du geste, mais aussi les chutes au sol, les vibrations, pulsions et tensions extrêmes exprimant doutes ou mal-être. C’est la partition du compositeur islandais Jóhann Jóhannsson, entrecoupées de parties confiées à Ivan Julliard, danseur au sein de la compagnie, qui soutient l’ensemble.

Les tableaux s’enchaînent sans temps morts. Les ensembles sont bien structurés, tandis que les duos expriment la quintessence de l’amour, entre lyrisme échevelé et corps à corps sensuels. Non seulement Julien Lestel aime le côté athlétique de la danse, mais il souhaite que ce rêve éveillé suscite des émotions. Entre l’entrée en matière impétueuse, les pas de deux flamboyants, et la séquence finale pleine de volupté, quel chemin parcouru ! Sans oublier que l’apparition d’Alexandra Cardinale, artiste de l’Opéra de Paris invitée, est un moment de grâce. Un ravissement qui achève de nous plonger, en effet, dans un état propice à la rêverie.

Ce fameux tournant qu’évoque Julien Lestel promet d’autres belles créations. D’ailleurs, en parallèle de la tournée de Dream, Mosaïques, sera donnée dans quelques mois à l’Opéra de Massy, les 21 et 22 avril 2020. À suivre aussi ! 

Léna Martinelli


Dream, de la Compagnie Julien Lestel

Chorégraphie : Julien Lestel

Avec : les onze danseurs de la Compagnie Julien Lestel et Alexandra Cardinale de l’Opéra de Paris (artiste invitée)

Musique : Jóhann Jóhannsson et Ivan Julliard

Costumes : Patrick Murru

Salle Pleyel • 252, rue du Faubourg Saint-Honoré • 75008 Paris

Le 16 janvier 2020

Tel. : 01 60 13 13 13

Durée : 1 h 20 sans entracte

De 28 € à 95 €