« Dunsinane », de David Greig, Théâtre national populaire à Villeurbanne

« Dunsinane » de Baptiste Guiton © Michel Cavalca « Dunsinane » de Baptiste Guiton © Michel Cavalca

La drôle de guerre d’Écosse

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

La mort des tyrans n’apporte pas la paix aux peuples. C’est ce que nous apprend tous les jours l’actualité politique. David Greig fait un détour par l’histoire pour nous en apporter à son tour la démonstration implacable.

« Dunsinane » est le nom de la colline où les troupes anglaises ont mis à genoux le roi écossais Macbeth. David Greig imagine que sa veuve, Lady Macbeth, est vivante, retranchée sur ses terres, mère d’un héritier de la couronne qu’elle espère rétablir sur le trône. En regard, celui que les Anglais entendent faire régner n’est qu’un pantin grotesque.

Dunsinane nous transporte dans le château de feu Macbeth qui abrite encore Gruach. C’est le nom historique de Lady Macbeth, dont Shakespeare a fait un personnage, et l’Écossais David Greig ne l’appellera jamais autrement. La brûlante actualité européenne semble s’inviter dans la pièce.

Plus que les conflits entre clans avides du pouvoir, plus que les intrigues de cour, David Greig va surtout s’appliquer à montrer le mortel ennui, l’insécurité permanente des troupes d’occupation que rien dans la réalité n’aide à se sentir victorieuses.

« Dunsinane » de Baptiste Guiton © Michel Cavalca
« Dunsinane » de Baptiste Guiton © Michel Cavalca

Labyrinthe

Pour mettre en images ce monde clos et dur, Quentin Lugnier a inventé une scénographie métallique dont les couleurs se réduisent à l’éclat gris de l’acier et les bruits à ceux des chaînes et des verrous. Tout en pans verticaux et mobiles, le décor évoque un labyrinthe crépusculaire et dangereux. De jeunes guerriers en surgissent à l’improviste, qui cherchent à tromper le désœuvrement par des rires, des chants et des invectives.

Parmi eux, un jeune soldat se détache. Il est très jeune, presque un enfant. Parfois il s’avance vers le public, quêtant une explication, essayant d’en donner. L’acteur Luca Fiorello incarne ce personnage sans émotions, marqué par les dégâts de cette drôle de guerre écossaise. Son jeu sobre et sa présence sensible le rendent lumineux et émouvant.

Remarquons dans cette distribution impeccable : Gabriel Dufay, le général blessé qui aimerait tant mener une guerre propre ; son second, tout en contrastes, joué par Vincent Portal ; enfin, Clara Simpson, femme sans pouvoir, femme de pouvoir un peu sorcière et toujours aux abois.

Le spectacle ira en s’améliorant. Car le texte de David Greig, perdu parfois dans des intrigues connexes, qui ajoutent de la confusion, mériterait d’être légèrement resserré. Son principal mérite est, en donnant la parole aux humbles dans la guerre, d’en pointer les illusions et les ravages. Il rappelle une vérité qui, de siècle en siècle, ne se dément pas : plus que la haine du tyran, les peuples ont celle de l’occupant, pour toujours étranger. 

Trina Mounier


Dunsinane, de David Greig d’après Macbeth

Texte publié aux Presses universitaires du Midi

Traduction : Pascale Drouet

Mise en scène : Baptiste Guiton

Avec : Gabriel Dufay, Vincent Portal, Pierre Germain, Luca Fiorello, Logan de Carvalho, Clara Simpson, Tommy Luminet, Tiphaine Rabaud-Fournier et les élèves de seconde année d’Arts en scène (Clément Bigot, William Burnod, Tom da Silva, Ludovic Payen, Léo-Paul Zaffran)

Scénographie et accessoires : Quentin Lugnier

Durée : 2 h 20

Extrait vidéo

Photo © Michel Cavalca

Théâtre national populaire • 8, place Lazare-Goujon • 69100 Villeurbanne

Du 23 janvier au 8 février mai 2020, mardi, mercredi, vendredi à 20 h 30, jeudi à 20 heures, samedi à 18 h 30, dimanche à 16 heures, relâche le lundi

De 9 € à 25 €


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