« Éloge de la pifométrie », de Luc Chareyron, le Lucernaire à Paris

Éloge de la pifométrie © Nina Faure Éloge de la pifométrie © Nina Faure

Une « bonne dose » d’humour

Par Sonia Déchamps
Les Trois Coups

Luc Chareyron – ingénieur diplômé et porte-parole de l’É.N.S.I.P. (École nationale supérieure des ingénieurs en pifométrie) – est là pour nous entretenir avec sérieux de cette science – non moins sérieuse – qu’est la pifométrie, une science inconnue de prime abord et pourtant utilisée fréquemment par chacun de nous. Postulat de départ intrigant, séduisant pour une pièce qui ne l’est pas moins. C’est le sourire aux lèvres que l’on sort de la salle à la fois séduit, mais – admettons-le – en restant un peu sur sa faim.

Vaste sujet que la pifométrie… Science de l’absurde ? Que nenni ! C’est avec une démarche tout ce qu’il y a de plus scientifique – démonstrations, décortications sémantiques, exemples, équations au tableau – que Luc Chareyron nous expose les tenants et aboutissants de cette science du quotidien.

Sur scène, il est ce scientifique passionné, à la fois plein d’entrain à l’idée de partager sa passion, mais aussi mal à l’aise face à une audience, attaché à ses notes, nerveux… Ce personnage, que campe avec brio Luc Chareyron, s’essouffle assez rapidement dans une première partie. Alors qu’il nous présente les différentes mesures de pifométrie (il ne faut pas croire, il s’agit d’être précis dans l’imprécis !), à chaque expression vient se greffer un exemple. Or, du fait d’une panne du matériel informatique censé projeter un diaporama, il se retrouve à mimer chaque scène et là… rapidement, le soufflé retombe.

Si la situation dans laquelle se trouve le chercheur prête, dans un premier temps, à rire, celle-ci trouve ses limites dans sa propre logique. En effet, embarrassé par cette panne, il ne peut pour être crédible, se laisser emporter tout d’un coup par ses exemples, les rendre vivants… Ce côté chercheur un peu « coincé », avec ses tics – tant verbaux que physiques, certes bien trouvés – au bout de quelques exemples ne suffit plus à porter le comique des mots. C’est dommage, il semble que ces saynètes, somme toute assez nombreuses, auraient pu être drolatiques. Elles auraient également pu trouver plus de force comique si elles avaient été plus fortement ancrées dans le quotidien de tout un chacun, prenant davantage le spectateur à partie qu’elles ne le font déjà.

C’est dans un second temps, qui vient donc justement peut-être un peu tard, que notre homme commence à prendre confiance en lui. Porté par sa passion, il se sépare de ses fiches. Tout devient alors plus rythmé et l’exposé trouve un second souffle. Plus entraînant et donc portant davantage la force comique des mots, le spectacle prend une autre ampleur. Luc Chareyron se lance alors réellement dans le sujet, lâche ses notes, passe en revue les origines de la pifométrie, nous expose nombre de théories (dont celle – notable – de l’insondabilité de la connerie, équations à l’appui). Il part dans ses « délires » scientifiques – qui n’en sont pas pour lui –, nous entraînant dans son sillage. Un petit grain de folie supplémentaire et les sourires se seraient transformés en réels éclats de rire.

Le potentiel comique de Luc Chareyron est certain. Dans une mise en scène minime, cadrant tout à fait avec la volonté de faire de cette conférence une conférence tout ce qu’il y a de plus conventionnel, il incarne parfaitement, et jusqu’au bout, cet amoureux et fervent défenseur de la pifométrie. En outre, il ne se contente pas d’être drôle, il est aussi touchant dans sa recherche du partage de cet amour (douce moquerie de ces chercheurs qui nous entretiennent de sujets avec une passion qui semble, à nous, novices, démesurée). On peut cependant regretter qu’il ne parte pas plus loin dans la folie, et que le rythme ne varie pas plus souvent.

C’est avec un réel plaisir que l’on assiste à cet Éloge de la pifométrie, mais aussi avec un petit sentiment de frustration : on sent que ce qui a été amusant, plaisant aurait pu être hilarant. Allez ! Encore un chouia – « terme utilisé puis importé par les travailleurs d’Afrique du Nord immigrés en France dans les années 1960 » apprend-on – de folie, et le tour est joué ! 

Sonia Déchamps


Éloge de la pifométrie, de Luc Chareyron

www.pifometrie.net

Mise en scène : Luc Chareyron

Avec : Luc Chareyron

Photo : © Nina Faure

Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Métro : Vavin, Notre-Dame-des-Champs ou Edgard-Quinet

Réservations : 01 45 44 57 34

Du 7 janvier au 28 février 2009 à 19 heures, du mardi au samedi

Durée : 1 h 20

20 € | 15 € | 10 €