Entretien avec Apolline Quintrand, directrice du Festival de Marseille

Apolline Quintrand © Yohanne Lamoulère

« Ne jamais céder à la facilité, en accompagnant le public ! »

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

En vingt ans, Apolline Quintrand a su allier exigence et générosité pour faire du Festival de Marseille, danse et arts multiples, une référence en matière de danse contemporaine.

Le Festival de Marseille vient de s’achever. Pouvez-vous nous expliquer comment s’est déroulée cette 20e édition ?

Dans un climat de plénitude et de joie. C’est une édition qui a réparé les turbulences et le traumatisme de l’annulation quasi totale de l’édition 2014 en raison du mouvement des intermittents. Cette édition avait aussi une portée singulière, car elle marquait le 20e anniversaire du Festival. Et l’anniversaire fut à la (dé)mesure de nos attentes. Une belle réussite.

Votre manifestation a-t-elle des missions spécifiques ?

Le projet artistique est essentiel, mais la mission culturelle de service public qui s’y attache l’est tout autant. Le Festival porte depuis vingt ans une programmation exigeante : il a pris les risques qui s’imposaient pour soutenir de nombreux artistes, peu ou pas connus, et a mis en place des moyens importants afin que tous les publics soient concernés par ses choix artistiques.

Vous qui l’avez porté depuis ses débuts, comment le Festival de Marseille a-t-il pu devenir un évènement majeur pour le rayonnement de la P.A.C.A. et une manifestation de premier plan dans le réseau international des grandes plateformes de la création contemporaine ?

En respectant précisément cette ligne de travail et cette éthique fondamentale qui ont été de ne jamais céder à la facilité, d’avancer parfois radicalement, mais en expliquant toujours nos choix et en accompagnant le public. Le Festival de Marseille a su aussi se nourrir de l’histoire de sa ville portuaire, industrielle, multiculturelle.

Vous arrivez au terme de votre mandat de directrice. Quel bilan tirez-vous de ces années passées au service du Festival de Marseille ?

J’ai créé le Festival en 1996, et sa forme pluridisciplinaire, ouverte aux autres arts, avec la danse comme axe principal, a été un socle précieux pour le faire évoluer, le garder en phase avec les préoccupations et questions que suscite le monde contemporain. J’ai su convaincre un public qui n’était pas acquis et qui est devenu notre réussite la plus gratifiante.

Selon quels critères avez-vous établi vos programmations ?

La qualité et la force du propos de l’artiste sont les premiers déclencheurs. Ils sont le ferment de l’inspiration et de la ligne donnée à chaque édition. Peu importe la forme, si celle-ci fait sens et ouvre un espace mental, poétique, politique, social, humain.

Cour de la Vieille-Charité, jardins et studios du Ballet national de Marseille, ancienne salle de boxe, salle Vallier, La Criée, bourse de commerce, Friche de la Belle-de-Mai, Théâtre Sylvain, salle du Silo ou Mu.C.E.M… Pourquoi vous êtes-vous déployée sur autant de lieux ?

Pour être en phase avec cette ville protéiforme qui brasse un million d’habitants et de nombreuses cultures. Faire bouger le Festival dans des lieux atypiques et variés permet d’aller à la rencontre de publics différents et de donner un autre relief à certaines propositions d’artistes.

Quels types de public touchez-vous et comment les avez-vous renouvelés ?

Nous touchons un public très large qui ne se cantonne pas aux inconditionnels du spectacle vivant, qui est diversifié socialement et de plus en plus jeune grâce à la charte Culture (minima sociaux) et aux actions pédagogiques menées toute l’année avec les scolaires. Pour créer et fidéliser des spectateurs, il faut se montrer attentif et intégrer des problématiques qui leur sont propres, qu’elles soient d’ordre culturel, social, matériel, physique.

Vous placez aussi l’accessibilité des spectacles à tous les publics comme une des priorités, jusqu’à intégrer le handicap dans votre dernière programmation.

Depuis une dizaine d’années, le Festival a en effet multiplié certains outils (boucles magnétiques, programme en braille et typo spécifique, vidéos en L.S.F., audiodescriptions, etc.). Puis nous avons franchi des étapes : mise en place d’ateliers mixtes avec des personnes handicapées et valides sur de longues périodes et, enfin, cette année, la présence dans la programmation de compagnies professionnelles, comme Candoco, avec des danseurs non valides.

Qui va prendre votre succession à la direction ?

Il s’agit de Jan Goossens qui quitte le prestigieux K.V.S. (Théâtre Royal flamand de Bruxelles) après l’avoir dirigé quinze ans et accompli un travail tout à fait remarquable. Nous sommes en phase et en complicité sur les fondamentaux qui ont guidé nos carrières respectives. Sa candidature est un gage pour moi que l’engagement intellectuel, artistique et militant du Festival de Marseille va vivre intensément dans les prochaines années. J’accompagne sa programmation jusqu’en juillet 2016 en toute confiance et avec beaucoup d’enthousiasme. 

Propos recueillis par
Léna Martinelli


Festival de Marseille, danse et arts multiples

Du 14 juin au 17 juillet 2015

17, rue de la République • 13002 Marseille

Renseignements : 04 91 99 00 20

Site : http://festivaldemarseille.com/

Photo d’Apolline Quintrand : © Yohanne Lamoulère