Entretien avec Gérard Vantaggioli, metteur en scène de « Moi, Dian Fossey », Théâtre du Chien‑qui‑Fume à Avignon

Gérard Vantaggioli © Marie Barral Gérard Vantaggioli © Marie Barral

Pierre, Gérard, Stéphanie : un trio hardi

Par Marie Barral
Les Trois Coups

Après avoir consacré dix‑huit ans de sa vie à la protection des gorilles, l’Américaine Dian Fossey (1932-1985) a été retrouvée sauvagement assassinée dans sa caverne. Dans « Moi, Dian Fossey », la primatologue surgie d’outre-tombe témoigne de sa passion pour les grands frères des hommes.

En adaptant le récit de Pierre Tré‑Hardy, le metteur en scène Gérard Vantaggioli a sûrement monté une pièce pédagogique qui tournera largement dans les associations militantes et le milieu scolaire. Cependant, lui s’est avant tout attaché à créer un spectacle d’une élégante beauté, servi par une comédienne de grande allure, Stéphanie Lanier. La primauté de ce souci esthétique sera sûrement ce qui servira le plus efficacement le propos écologiste. Entretien avec Gérard Vantaggioli, dans le théâtre avignonnais qu’il dirige, le Chien qui fume.

Comment vous est venue l’idée de monter une pièce sur la primatologue Dian Fossey ?

Avec Stéphanie Lanier, nous connaissions bien Pierre Tré‑Hardy, notamment pour son dialogue entre Pagnol et Raimu joué par Michel Galabru et Philippe Caubère [Jules et Marcel]. Aimant cet auteur, nous avons voulu monter son texte sur Dian Fossey. J’ai un peu coupé et arrangé le texte avec l’accord de Pierre, afin d’aller à l’essentiel. Il ne s’agissait pas, pour un seul-en-scène, de monter un spectacle d’une heure et demie.

Moi, Dian Fossey est à la fois l’histoire d’une passion scientifique, un documentaire sur les gorilles, un récit de résilience (celui d’une petite fille mal-aimée)et une leçon d’écologie. Comment résumeriez-vous la pièce en deux lignes ?

Les gorilles pourraient être remplacés par n’importe quelle espèce, l’humaine y compris : l’histoire de Dian Fossey rappelle que tous les êtres vivants sont potentiellement en danger, en voie de disparition. Même si je ne suis pas un militant écologique, je suis très sensible à ce sujet, qui nous concerne tous.

Au-delà de la lecture du texte de Pierre Tré‑Hardy, en quoi a consisté votre travail préparatoire afin de mettre en scène cette histoire vraie ?

Avec Stéphanie, pour nous imprégner de cette histoire, nous avons beaucoup lu sur le sujet et revu le film Gorilles dans la brume de Michael Apted (1988) adapté du récit autobiographique de Dian Fossey. Nous avons travaillé longtemps « à la table » avant que Stéphanie ne monte sur le plateau. Quelques éléments de mise en scène illustrent notre souci de véracité historique : la perruque de Stéphanie qui la rend brune comme Dian Fossey ; la brume qui envahit la scène, élément à la fois esthétisant et réaliste puisqu’elle est très présente dans la région rwandaise où a travaillé la primatologue. Cependant, je ne voulais pas que la comédienne soit une pure imitation de Dian Fossey : il importait avant tout de faire passer son message.

Votre mise en scène est d’ailleurs symbolique : point d’animal sur scène, mais un arbre qui avance derrière la comédienne et que l’on imagine être à la fois un gorille, la nature et l’ombre de Dian Fossey. Qu’aviez-vous en tête ?

Cet arbre n’est pas aussi mort qu’il en a l’air puisqu’il avance. Il symbolise donc l’espoir et la vie, mais également l’esprit de la narratrice, qui s’exprime post-mortem. Dans son récit, les animaux sont humanisés tandis que les hommes agissent comme des bêtes, mais, ainsi que l’illustre le texte de Pierre Tré‑Hardy, la pensée de Dian Fossey n’est pas manichéenne. Cette scientifique était une femme optimiste, y compris face à la race humaine. Je pense qu’il ne pouvait en être autrement pour se consacrer ainsi, dix‑huit ans durant, à la protection des gorilles.

Les ombres chinoises, la brume et les lumières qui matérialisent la jungle, avec au milieu le superbe visage de la comédienne : vous créez un plateau très esthétique, presque un tableau. Comment travaillez-vous : à partir d’une image mentale ? En construisant la pièce avec l’auteur lui-même ?

Pierre Tré‑Hardy m’a laissé complètement carte blanche pour la mise en scène. J’ai construit ce spectacle à partir d’une idée forte. Cette idée surgie comme un déclic, je me suis forcé à la tenir tout au long de la création. Un tel procédé me paraît indispensable dans la création de tout seul-en-scène, afin d’éviter l’éparpillement ou l’adoption d’une scénographie banale (comme celle d’un comédien qui naviguerait sur le plateau un peu au hasard). Dans le cas de Moi, Dian Fossey, Stéphanie, suivie par l’arbre, avance selon une ligne droite, une ligne de vie : c’est cette idée qui donne à la scénographie sa consistance. 

Propos recueillis par
Marie Barral


Moi, Dian Fossey, de Pierre Tré‑Hardy

Adaptation et mise en scène : Gérard Vantaggioli

Avec : Stéphanie Lanier

Création lumière : Franck Michallet

Musique originale : Éric Breton

Son et images : Laurent Préyale

Régie vidéo : Jérôme Meysen

Régie son : Raphaël Papetti

Photo de Gérard Vantaggioli : © Marie Barral

Production : Théâtre du Chien-qui-Fume

Théâtre du Chien-qui-Fume • 75, rue des Teinturiers • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 05 51

www.chienquifume.com

Du 6 juillet au 28 juillet 2013 à 15 h 55

Durée : 1 h 15

17 € | 12 €