Entretien avec Lucas Boutin, acrobate dans « Traces » des 7 Doigts de la main, repris à Bobino à Paris

« Traces » © Michael Meseke

« Une ode à la création et à la solidarité »

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

La compagnie Les 7 Doigts de la main reprend « Traces » à Bobino jusqu’au 23 avril. Bien loin du cirque traditionnel, ce spectacle vitaminé nous en met plein la vue, entre voltige de haut niveau, performances issues de tous les arts, humour et émotions. C’est avec une grande complicité que ses interprètes – tous exceptionnels – défient les lois de la gravité pour laisser une empreinte indélébile. Rencontre avec l’un d’entre eux, Lucas Boutin.

La troupe compte sept interprètes. Comment êtes-vous arrivé dans cette aventure ?

J’ai été engagé en 2011, suite à une audition. Je venais de finir ma formation à l’école de Londres Circus Space. Ma spécialité est le mât chinois, mais je touche un peu à tout. C’est ce que recherchait la compagnie. J’ai donc déjà beaucoup voyagé avec les membres de ce collectif québécois, car Traces, créé en 2006, a été présenté plus de 1 700 fois devant 900 000 spectateurs, dans 25 pays et près de 200 villes à travers le monde.

Que raconte le spectacle ?

Réfugiés dans un abri de fortune, les personnages attendent une catastrophe imminente. Comment vivent-ils ce qu’ils pensent être leurs derniers instants ? Leur temps est compté pour effacer tous regrets et laisser des traces.

Comment s’affirme la vie sur la scène ?

En fait, la création apparaît comme antidote à la destruction. Les corps, vecteurs des impulsions créatives et des désirs, sont littéralement projetés sur scène. Les personnages se battent contre la montre. Cette énergie débridée draine tout le spectacle. Les performances sont autant de battements de cœur qui déclenchent des émotions de toutes sortes. Même si tous les interprètes sont eux-mêmes, ils racontent une histoire. Les prestations sont théâtralisées avec dérision. C’est explosif et vital, spectaculaire et poétique, drôle et sensé. Comme la vie !

« Traces » © Alexandre Galliez
« Traces » © Alexandre Galliez

Depuis sa création, en 2006, ce spectacle ne résonne-t-il pas encore plus fort ?

Sans doute, car les conditions de vie sur notre planète, au sein de nos sociétés, se sont bien dégradées. Traces nous rappelle l’importance de vivre chaque instant, de penser à l’autre. Aux autres. On peut y voir une ode à la création et aussi à la solidarité, une valeur importante à laquelle tiennent les membres de notre collectif. Ces individus sont unis par des liens tangibles, comme les interprètes de cirque, et en particulier les membres des 7 Doigts de la main.

Traces ne manque ni d’audace ni de créativité ! Pourquoi n’est-il pas un spectacle de cirque comme les autres ?

Les cofondateurs Shana Caroll, Isabelle Chassé, Patrick Léonard, Faon Shane, Gypsy Snider, Sébastien Soldevila et Samuel Tétreault ont souhaité créer un « cirque à échelle humaine », plus intime et familier, où l’extraordinaire surgit du quotidien, où des hommes et des femmes restituent avec leurs mots, leurs danses et leurs acrobaties, une part de leur humanité. Cela donne un cirque singulier, un cirque d’auteur qui explore de vastes territoires artistiques.

Concernant Traces, les interprètes s’expriment à travers les acrobaties de haute voltige, mais aussi la musique, le chant et le dessin. Chacun a plusieurs cordes à son arc, car chaque art donne une chance de laisser leur empreinte. En brouillant ainsi les frontières entre les disciplines, Shana Caroll et Gypsy Snider ont cherché à atteindre d’indéfinissable, le viscéral, l’extraordinaire, l’intime et l’universel en chaque être humain. La modernité réside aussi dans le mélange des techniques traditionnelles et des arts de la rue. L’esthétique est très actuelle.

La prise de risques sous-tendue par l’urgence profite plutôt bien au cirque, non ?

L’adrénaline est un bon carburant. Les tours de force s’enchaînent sans temps mort. Il y a des respirations poétiques, des moments où l’on reprend notre souffle, mais le rythme est très soutenu. Comme nos personnages, nous vivons intensément chaque instant. Cela demande beaucoup de travail, car, techniquement, cela doit être irréprochable. 

Propos recueillis par
Léna Martinelli

Lire : « Traces », de la compagnie Les 7 Doigts de la main, Casino de Paris (critique).

Lire « Cuisine et confessions », des 7 Doigts de la main, la Cigale à Paris (critique).

Lire « Séquence 8 », du collectif Les 7 Doigts de la main, les Nuits de Fourvière à Lyon critique).

Lire « la Vie », de la compagnie Les 7 Doigts de la main, le Cabaret sauvage, la Villette à Paris (critique).


Traces, des 7 Doigts de la main

Site : www.7doigts.com

Mise en scène et chorégraphie : Shana Carroll et Gypsy Snider

Avec : Kevin Beverley, Lucas Boutin, Anne‑Marie Godin, Yann Leblanc, Harley Mc Leish, Kai Johnson Peady, Emmeng Song

Entraîneur acrobatique : Francisco Cruz

Conception du décor : Flavia Hevia

Adaptation du décor : Les 7 Doigts de la main

Lumières : Nol Van Genuchten

Costumes : Manon Desmarais

Vidéo : Paul Ahad (Media-Fx) et André Biron (Neo6)

Accessoires : Bruno Tassé

Entraîneur de skateboards : Yann Fily‑Paré

Professeur de piano et de guitare : Raphaël Cruz et Ben Nesrallah

Coordinatrice artistique : Marceline Goldstein

Photo en une : © Michael Meseke

Photo : © Alexandre Galliez

Bobino • 14‑20, rue de la Gaîté • 75014 Paris

Réservations : 01 43 27 24 24

Site du théâtre : http://bobino.fr

Courriel de réservation : billetterie@bobino.fr

Du 3 février au 23 avril 2016, du mercredi au samedi à 21 heures, représentation supplémentaire le samedi à 16 h 30, relâche du dimanche au mardi

Durée : 1 h 30

De 26 € à 58 €

Tout public

https://www.youtube.com/watch?v=eg51KAGtY0c&feature=youtu.be